Un camouflet pour les troupes coloniales
La grande bataille de Fellaoucène

Par Hassina AMROUNI
Publié le 05 sep 2019
Le 20 avril 1957, la localité de Fellaoucène, dans le massif des Trara a été le théâtre d’une rude bataille où les troupes de l’ALN ont fait subir un véritable camouflet aux troupes coloniales françaises. Retour sur ce chapitre sanglant de notre vaillante Révolution.
Déploiement de l’armée française dans le massif des Trarla à Fellaoucène
Troupes de l’armée française en action dans le massif des Trarla, région de Fellaoucène
Moudjahidine de l’A.L.N, Zone 2 Wilaya V

En ce 20 avril 1957, coïncidant avec le 16e jour du mois de Ramadhan, les troupes des trois chefs militaires de l’ALN, en l’occurrence Moulay Ali, Tetouane et Mouh Benabdellah (nom de guerre) sont engagées dans une violente bataille contre la soldatesque française. Cette dernière recourt à un important arsenal militaire à savoir deux bataillons d’infanterie, des chars, des blindés, une trentaine d’avions de combat et 12 hélicoptères pour déloger les moudjahidine retranchés dans les maquis et venir ainsi à bout de l’action militaire de l’ALN dans cette région de la Wilaya V.
Le bilan de cet affrontement est lourd, surtout du côté ennemi, puisqu’il déplore la perte de quelques 500 soldats (d’autres avancent le chiffre de 700 morts) et 400 blessés, en sus des pertes matérielles. Du côté de l’ALN, une trentaine de martyrs tomberont au champ d’honneur.
Dans un témoignage datant de 1993 (*), l’un des rescapés de cette bataille, Si Ahmed Sarhane, membre de l’A.L.N, de la zone 2 Wilaya V fait dérouler le fil des souvenirs. Il raconte que « le 20 avril, c’était le mois de Ramadhan, le commandement des troupes de l’A.L.N., constituées de trois compagnies, dirigée par Moulay Ali, Tetouane et Mouh Benabdellah -les deux premiers sont morts au combat- s’est réuni et a décidé de faire échec à l’opération de ratissage menée par les forces de l’armée française. Notre effectif était de 19 sections comprenant chacune 18 hommes. Les armes dont nous disposions se limitaient à quelques fusils- mitrailleurs automatiques et des fusils ordinaires. Quelques jours auparavant, l’ordre fut donné aux sections de se disperser sur toutes les crêtes afin de prendre les positions stratégiques, de creuser des tranchées et de n’ouvrir le feu qu’une fois les troupes françaises suffisamment engagées dans la zone montagneuse. La journée du 14 avril, les sections se sont dispersées en direction de divers endroits pour mieux recevoir les troupes du général Salan, qui avait juré après un accrochage le 17 avril à Oued Sbâa (Beni-Ouarsous) d’assainir la région en mobilisant deux bataillons de 25.000 hommes environ ».
Le jour « J », aux premières lueurs de l’aube, les troupes coloniales ouvrent le feu sur le lieu de retranchement des moudjahidine. Les tirs de mortiers se font assourdissants et répétés. Si Ahmed Sarhane explique qu’à ce moment précis, les sections de l’ALN tentent de descendre un peu plus afin d’échapper au déluge de feu mais elles sont surprises par les troupes de l’infanterie. « Certaines de nos sections s’accrochèrent avec l’ennemi et les autres se replièrent vers les positions initiales. Les salves d’obus reprirent et redoublèrent d’intensité pour briser l’encerclement des troupes françaises par les djounoud mais elles ne parvinrent pas à desserrer l’étau. C’est à ce moment qu’intervint l’aviation. L’action destructrice de celle-ci avait visé nos positions arrières, particulièrement nos soldats qui sont restés dans leurs tranchées ».
D’après le même témoin, l’erreur qui sera fatale aux moudjahidine, c’est le fait d’avoir recouvert les tranchées de feuilles et de branchages d’arbres. Celles-ci, une fois asséchées étaient devenues facilement repérables en raison du contraste de couleurs avec la verdure fraîche de la forêt. Les tirs d’obus se font sans relâche mais les membres de l’ALN ripostent vaillamment, tenant ainsi jusqu’à la tombée de la nuit. «La pénombre a permis au restant des sections de l’A.L.N de se replier de la zone de combat et de se disperser vers d’autres points. Ce n’est que durant la journée du 21 avril que l’ennemi a commencé à évacuer ses morts et ses blessés par hélicoptère. Ce même jour, huit de nos hommes, restés sur place, se sont accrochés avec les forces adverses et ont tenu longuement contre elles. Cinq d’entre eux sont tombés au champ d’honneur et trois sont retournés sains et saufs», se souvient encore l’ancien membre de l’ALN.
Si du côté de l’ALN, on déplorera la perte d’une trentaine de martyrs dont les commandants Moulay Larbi et Tetouane, du côté français, la bataille de Fellaoucène sera un nouveau sur le terrain des combats avec des pertes beaucoup plus importantes. Témoins des événements, les villageois s’en souviennent :
« le succès de la bataille de Fellaoucène a été immense». « J’ai vu les hélicoptères de l’armée française transporter par dizaines les corps de soldats tués au cours de cette bataille. Le sang coulait même du ciel à chaque décollage des aéronefs», raconte l’un d’eux.
Après cette bataille dont sortiront les troupes de l’ALN victorieuses, les troupes françaises reviennent à la charge quelques jours plus tard. Dans leur abjection et leur lâcheté la plus totale, ils s’attaquent aux pauvres villageois, détruisant leurs maisons et brûlant leurs terres et les forêts environnantes au napalm. Les habitants sont ensuite transférés dans des centres de regroupements où ils sont parqués tel du bétail sous étroite surveillance.
Malheureusement, les troupes coloniales qui pensaient ainsi pouvoir porter atteinte au moral des moudjahidine n’ont fait qu’exacerber leur détermination et leur engagement pour leur patrie.
Hassina Amrouni

Source :
(*) témoignage accordé à l’APS
http://ethnopolis-net.over-blog.com/2015/08/bataille-de-fellaoucene-20-a...

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