Sour El Ghozlane ou le rempart des gazelles

Par Hassina AMROUNI
Publié le 30 juin 2014
Si la fondation de Sour El Ghozlane remonte à plusieurs siècles avant J.-C., il n’en demeure pas moins que la région a connu, depuis des millénaires, une présence humaine. Un outil préhistorique (biface) a, en effet, été retrouvé à l’ouest de la ville, confirmant la thèse selon laquelle l’homme préhistorique y aurait vécu.
L’empereur Auguste
Biface trouvé à Sour El-Ghozlane (22 cm)
Une stèle romaine
Carte de l'Algérie Romaine montrant aussi le réseau des voies de communications
Une stèle romaine
roche romaine Auzia
Mausolée de Takfarinas
Le Duc d’Aumale, fils du roi Louis-Philippe et sa maison


En revanche, pour la fondation de la ville, les avis des historiens divergent. Certains l’attribuent aux Phéniciens, environ seize siècles av. J.-C., d’autres affirment que c’est Ithobaal 1er (887 - 856 av. J.-C.), roi de Tyr (au sud de l'actuel Liban) qui en est le fondateur, environ huit siècles et demi av. J.-C. Une certitude cependant, c’est que du temps de l’empereur Auguste (Gaius Julius Caesar Octavianus, connu aussi sous le nom d'Octave, 63 av. J.-C.-14 ap. J.-C.), Auzia – c’est le nom romain de Sour El Ghozlane – existait déjà et c’est Orelli qui en rapporte l’information dans ses Inscriptionum Latinarum (inscriptions latines gravées sur la pierre et collectées notamment lors de fouilles françaises). A l’origine numide, la ville deviendra donc en 33 av. J.-C. province romaine sous l’empereur Auguste.

Aux origines d’Auzia

Selon l’historien Tacite, connu pour être l’un des grands érudits de la Rome antique, Auzia a été construite sur un plateau de 800 mètres de long sur 350 mètres de large, et était cernée de bois et de rochers. A partir d’inscriptions latines, découvertes dans les environs, l’on apprit que les habitants adoraient à cette époque le dieu Auzius. La ville comptait alors quelque 3500 habitants. Il faisait bon y vivre dans un climat pur et sain.
Avec Rusguniæ, l’actuelle Bordj El Bahri et Equizétum, ville probablement construite à proximité du village actuel de Mansourah, près de Bordj-Bou-Arréridj, Auzia formait une confédération. Au 2e siècle, elle portait le titre de Municipe avant de devenir Colonia Septima Aurelia Auziense, colonie sous l'empereur Romain Septime Sévère. Si Tacite mentionne le Casetellum Auziense, indiquant que c’est le quartier général d’un commandant de frontière, l’historien grec d’expression latine, Ammien Marcellin, mentionnera lui aussi dans « Res Gestæ », sorte de suite de l'histoire de Rome écrite par Tacite, Castellum Auziense, indiquant que c’était le point de rencontre à Auzia. D’ailleurs, une borne militaire retrouvée par des colons français, durant l’époque coloniale, à environ une dizaine de kilomètres au nord-est de Sour El Ghozlane, au lieu dit El Abia porte l’inscription : « Limes Provinciæ Africæ » (Limites de la province Africaine).

Auzia envahie par les Vandales

Après avoir semé le chaos dans une grande partie de l’Europe – la Gaule, Rome... –, les Vandales, jusque-là invincibles, sont battus par les Wisigoths. Ils sont alors contraints de quitter le vieux continent en quête d’autres refuges et d’autres points d’ancrage pour se retrouver, se réunifier et surtout rebâtir leurs forces. C’est fort de quelque 80 000 hommes que le roi Genséric traverse le détroit de Gibraltar avant de débarquer en Tripolitaine (actuelle Libye, dénommée, à partir du IIIe siècle par les Romain, Regio Tripolitana). Ces nouveaux envahisseurs conquièrent la Numidie (Est de l’actuelle Algérie), la Bysacène (sud de la Tunisie) et la Proconsulaire (nord de la Tunisie). Hippone et Cirta résistent à leurs assauts dévastateurs, les obligeant à signer une trêve de trois ans, mais sitôt celle-ci arrivée à son terme, ils s’emparent des deux cités ainsi que de Carthage dont ils font la capitale de leurs territoires africains.
L’empereur Honorius envoie à la même époque le comte Boniface, général du Bas-Empire pour gouverner l'Afrique. Victime de manigances fomentées contre lui par Aétius, Boniface décide de se venger à sa manière. Refusant d’abord de quitter son gouvernement d'Afrique, il bloque ensuite les livraisons de blé africain à Rome, avant de s’allier à Genséric contre les Romains. Mais mal lui prit car les Vandales étaient un peuple de Barbares qui n’avaient ni foi ni loi. En effet, Genséric se retourne contre son allié qui se verra obligé de lui céder les trois Maurétanie, Sétifienne, Césarienne (dont la ville principale est Césarée, actuelle Cherchell), Tingitane (Tingis, actuelle Tanger) avant de prendre la fuite vers l’Italie où il trouve la mort lors d'un combat avec Aétius en 432.
Durant cette période, la ville d’Auzia n’échappera guère à la violence vandale qu’elle subira pendant plus d’un siècle. Et bien que ses habitant aient tenté à plusieurs reprises de se soulever voire de se révolter contre le joug des Vandales, ils ne parviendront, malheureusement, pas à s’en libérer, essuyant à chaque fois une cuisante défaite.

Arrivée des Byzantins puis des Arabes

Ce sont finalement les Byzantins qui parviendront à les chasser de toute l’Afrique du Nord. Le règne de ces derniers s’étalera de 534 à 647, soit plus de 100 ans, ils seront chassés à leur tour par les Arabes lors des foutouhate islamiques. Les troupes de Okba Ibnou Nafi Al Fihri font leur entrée par le côté oriental dans la seconde moitié du VIIe siècle (vers 697). Toutefois, aucun fait marquant ne viendra, à cette époque, perturber le cours de l’histoire d’Auzia qui sera administrée par les Berbères. Avec l’invasion des Maures, Auzia sera encore une fois appelée à se défendre contre cette nouvelle occupation de ses terres par des étrangers. Mais les Maures parviendront à exercer leur hégémonie sur l’Afrique. La religion musulmane remplace le christianisme et la ville d’Auzia cède au nouveau mode de vie imposé par les Maures. C’est là que le nom de la ville change, Auzia devenant « Sour El Ghozlane » (rempart des gazelles).
A leur arrivée dans la région, les Turcs y construisent un fort (bordj) près de Souk El Had. Ce poste militaire est destiné à surveiller les tribus environnantes ainsi que le marché qui était fréquenté par les Arabes de la région. Pour la construction de ce fort, les Turcs ont eu recours à des pierres prises sur le site de la ville antique. A l’arrivée des troupes françaises après 1830, le bordj sera presque entièrement détruit, n’ayant pas pu résister à l’érosion du temps.

La colonisation française

Après la conquête de plusieurs régions d’Algérie, les troupes françaises occupent militairement le site d’Aumale – désignation française de Sour El-Ghozlane. L’endroit est considéré comme stratégique car il permet la protection de la voie du Constantinois, l’accès aux Kabylies et aux tribus nomades du sud. Le premier poste militaire est installé en 1840 puis, le 27 mai 1843, la première pierre servant à la construction d’un camp retranché est posée par le duc d’Aumale, fils du roi Louis-Philippe. Trois ans plus tard, le 15 novembre 1846, une ordonnance royale fera de ce camp un centre de colonisation portant le nom d’Aumale. Devenu district le 31 janvier 1848, Aumale est désormais une commune à partir du 5 septembre 1859.
Au lendemain de l’indépendance, Aumale reprend son nom arabe.

Hassina  Amrouni

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