Abd-el-Kader ben Abd-Allah el-Medjaoui
1848 - 1914

Par La Rédaction
Publié le 18 nov 2014
Abdelkader ben-Abd-el-Llah ben Mohamed ben Abd-el-Krim El-Medjaoui, naquit en 1848 à Tlemcen, au sein d’une famille d’intellectuels et de théologiens de renom. La conjoncture historique liée à la colonisation française de l’Algérie força sa famille à quitter sa terre natale. Il y revint après avoir achevé ses études à El-Qaraouiyine, et s’engagea dans une autre forme de résistance et de lutte, celle de la lutte par le savoir et la science et de la préservation des déterminants identitaires.
Abd-el-Kader ben Abd-Allah el-Medjaoui
La grande mosquée de Constantine
Premier numéro d’el-Meghrib, article signé par cheikh El-Medjaoui
Première page du premier livre de cheikh  el-Medjaoui imprimé en Algérie

Constantine

Dès son arrivée à Constantine en 1869, il se mit à dispenser de façon discrète des cours dans la vieille ville. L’assistance se faisant dense, il fut repéré et installé à el-Ketteniya, d’abord comme mouderrès à la mosquée puis comme professeur à la medersa, où il était contrôlé et astreint à respecter les programmes officiels. Il poursuivit toutefois ses actions informelles d’éducation et d’enseignement auprès de ses coreligionnaires. Dès l’âge de 27 ans, il publia un opuscule dénonçant la politique française de déculturation et proposant un nouveau mode d’instruction en direction des indigènes. Ce livre fut à l’origine d’une violente campagne de dénigrement et des plaintes furent portées contre l’enseignant. Il surmonta l’épreuve grâce au soutien de ses étudiants et grâce à son recours à une certaine presse indigénophile qui lui permit de médiatiser l’épisode. Celui-ci prit alors une allure politique qui finit par se calmer. Ceci ne l’empêcha pas de poursuivre sa lutte contre le nouvel ordre établi et de publier ses travaux malgré les contrôles et la censure.
Après quelques années d’enseignement, en 1886, avec un groupe de délégués municipaux et de notables de la ville de Constantine, il interpella le Sénat et la chambre des députés pour s’opposer à un projet de loi qui devait entre autre et au prétexte de l’assimilation de masse des indigènes musulmans : délester ces derniers du cadre juridique religieux qui constituait leur statut personnel, soumettre les jeunes indigènes musulmans à la conscription obligatoire. La réaction des indigènes fut vive et le gouvernement dut rejeter ce projet de loi inquiet aussi de devoir accorder aux nouveaux citoyens non endoctrinés, des droits électoraux dangereux pour le système colonialiste.
En 1896, le Nadi Salah bey (Club Salah bey) était créé à Constantine. Association à caractère caritatif et de bienfaisance en direction des indigènes les plus démunis, ce « club » était dirigé par Mohamed-El-Mouloud Ben-el-Mouhoub, proche disciple de cheikh el-Medjaoui.

Alger


En 1898, Abd-el-Kader El Medjaoui est muté à la medersa d’Alger où il est « promu » à la division supérieure. Cette mesure le coupe un temps de ses réseaux d’activités, mais dès 1903, il participe activement, aux côtés de Mohamed Ben-Mostefa Ben-el-Khodj et de Mohamed Saïd Ibnou-Zekri, à la création du périodique El-Meghreb. Le premier article qu’il y inséra s’intitulait « El-Ilm » (La science).
 En 1904, la nouvelle médersa d’Alger est inaugurée. Il y a enseigné la théologie et l’exégèse coranique avec beaucoup d’abnégation. Cette fonction d’enseignant lui permettait et lui imposait de publier des ouvrages en direction des étudiants.
En 1908, il est nommé imam à la mosquée Sidi Ramdane ; cette nouvelle tribune lui permet de transmettre des messages religieux, sociaux, culturels et scientifiques malgré le contrôle qu’exerçait l’administration française sur les activités des mosquées.
Outre ses activités d’enseignant et de imam, il s’implique largement dans le mouvement associatif. Il est membre fondateur des associations Toufikiya et L’Avant-garde, de même qu’il soutient l’action de l’association Rachidia.

Publications


Erudit fécond, cheikh el-Medjaoui publie en Algérie, en Tunisie et en Egypte, de nombreux ouvrages en direction des étudiants : droit, linguistique, économie politique, théologie, astronomie, sociologie littérature… les thèmes sont variés et l’approche reste d’une limpidité et d’une compréhensibilité surprenantes qui font le bonheur de nombreux intellectuels musulmans. Ses écrits sont cependant sous-tendus par une nécessité sociopolitique et répondent à un besoin lié aux événements.
A titre d’exemple, en 1901, il publie aux éditions Zemith un ouvrage destiné aux étudiants en droit musulman, et dans lequel il propose quelques outils susceptibles d’uniformiser le travail des cadis. Durant cette période, El-Medjaoui est désigné membre d’une commission de codification du droit musulman que l’administration colonialiste avait mise en place et dont l’objectif officiel était l’unification et l’harmonisation des décisions des cadis à travers le territoire algérien.
En 1903, c’est un traité d’astronomie qu’il produit, traité dont l’objet concerne la détermination des saisons, les mois lunaires, les heures de prières etc. Ce travail fait écho à la loi sur la laïcité selon laquelle l’Etat français se désengageait des questions religieuses, ce qui laissait pressentir un désengagement par rapport à la pratique du culte musulman.
Membre fondateur du périodique el-Meghrib, il a en outre une importante œuvre journalistique dont les thèmes s’articulent autour des volets religieux, sociétal et éducatif, que l’on retrouve dans El-Meghrib et dans Kawkeb ifriqya.
Il est également l’auteur de poésie, dont celle destinée à son gendre Mehieddine Boutaleb.

Son décès


Cheikh El-Medjaoui était en visite à Constantine lorsqu’il décède dans la soirée du 25 septembre 1914, après avoir passé la journée dans la vieille ville avec ses proches et ses amis. Il fut accompagné à sa dernière demeure dans le cimetière central de Constantine, par une foule compacte qui compte, hormis ses nombreux amis, disciples et proches, de nombreux notables de la ville. Les oraisons funèbres faites par cheikh Ben-el-Mouhoub (mufti de la ville) et Abd-el-hamid Ibn Badis (alors jeune enseignant) témoignèrent de la place et du rôle qu’a joué, pendant plus de quatre décennies celui que l’on appelle cheikh el-djemèâa, car toujours soucieux de réunir les esprits, de rapprocher les hommes, d’unifier ses semblables.
La presse arabophone lui rendit un vibrage hommage, mais la guerre qui a éclaté finit par occuper le devant de la scène médiatique.

Samia Oulmane

GUERRE DE LIBERATION

Repère et Symbole

Le 1er novembre 1954

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