CONSTANTINE AU CŒUR DE LA RESISTANCE
« SI MESSAOUD BOUDJERIOU OU LE COMBAT D’UN JUSTE »

Par La Rédaction
Publié le 02 mar 2015
Ce travail est une synthèse du livre d’Ahmed Boudjeriou, Mintaka 25- Constantine, 390 pages à compte d’auteur. Jamais une Médina n’a parlé de son histoire sans aborder les hommes qui ont façonné l’évolution et le brassage de sa population à travers les âges. Est-elle un bastion où la grandeur des hommes libres rend la ville aussi mystérieuse que mystique ? Elle a ses secrets intimes pour la qualifier à la fois comme énigme d’un royaume jadis numide et synthèse de civilisations plusieurs fois millénaires de sa fondation.
Commandant Si Messaoud Boudjeriou
Chahid Si Messaoud Boudjeriou, Commandant de zone, Wilaya II. (1930-1961)
Chahid Si Messaoud Boudjeriou, Commandant de zone, Wilaya II. (1930-1961)

Pour l’honnêteté intellectuelle, toutes les informations recueillies appartiennent au travail fourni par l’auteur dont il a le mérite d’avoir pu avoir toute cette masse de témoignages. Il appartient à tous ceux qui portent un intérêt pour l’histoire d’apporter d’autres versions en vue de le parfaire dans toute la modestie des uns et des autres et d’être indulgents pour les efforts de rédaction.

La Wilaya II a l’épreuve de l’Histoire

La Wilaya II mérite qu’on lui consacre de nombreux ouvrages parce que le Nord-Constantinois fut au centre des grands combats anticoloniaux à l’image des autres régions (Wilaya I, Wilaya III, Wilaya IV, Wilaya V, Wilaya VI, Wilaya VII et la Base de l’Est) de notre vaste pays, qui ont combattu pour que vive l’Algérie une et indivisible, libre et indépendante. A la recherche de sa généalogie mon ami Ahmed Boudjeriou qui avait publié un bel ouvrage « Mintaka 25 » qui relate la ville de Constantine à travers la vie d’un des héros de notre glorieuse Révolution, je veux parler de Si Messaoud Ksentini, un baroudeur au service de la Nation algérienne plusieurs fois millénaire.

Généalogie des ancêtres des Boudjeriou

C’est à travers sa ville natale capitale de la grande Numidie que nous allons évoquer le personnage à travers l’Antique Rocher de Cirta. Descendants d’une famille arabo-berbère, les ancêtres des Boudjériou les Mohamed ben Hachemi émigrèrent de l’Andalousie après l’inquisition et la Reconquista pour parvenir en Algérie par Sakiet El Hamra oua Oued Dhahab pour aboutir sur Aïn Témouchent, M’Sila et s’installèrent à Tadjemelouth aux environs de Constantine.
 Mais la famille des Boudjeriou finirent par opter pour les Ouled Rabah, branche des Béni Khatab, et s’établir en dernier ressort à Rouffach devenu Ibn Ziad. Cette bourgade, comme le décrit Ahmed Boudjeriou dans son livre Mintaka 25, s’appelait Rouffach (Haut Rhin) en souvenir des colons alsaciens qui ont habité cette contrée française. Ibn Ziad (Rouffach) est l’une des régions céréalières où jadis existaient des moulins à blé de Roy Saint Pierre, Nevel, les familles Grand Jean, Guerdon, Courtois et pour principaux agriculteurs Frey, Gaston Lochard et Zibergue.
On est dans le voisinage d’Aïn Kerma (Taddjmelouth), d’Aïn Tinn (Belfort) et de Azzeba (Delacroix) pas très loin du saint patron (el wali Assalah) Sidi Ahmed Cheïkh Zouaoui et celui de la zaouïa de Sidi Khlifa des Bencheïkh El Hocine qui auparavant s’installèrent à Béni Guecha. « L’aïeul de Si Messaoud Boudjériou Ali ben Mohamed ben Hachemi épousa sa cousine Yamina bent Amar ben Athmane et se rendit à Constantine à Ouinet El Foul » où on vendait dans la rahba, marché de blé et d’orge.
« La ville du vieux Rocher abritait dès 1885 différentes associations d’indigènes dont le cercle Salah Bey à Sidi El Djellis supplantant le lieu des mosquées de Sidi Sfar et Sidi Tlemçani détruites au lendemain de la prise de Constantine par les Français ».
Le père de Si Messaoud Ksentini, Amar ben Ali ben Mohamed, qui venait de s’installer à Aïn Kerma se marie avec la fille Allaouache Zohra dont la mère est une Boussouf. De cette union naquirent en 1930 Messaoud et en 1932 Mostefa dit Salah. Il exploitait déjà un taxi à Constantine où il tissa de nombreuses amitiés.

D’Ain El Kerma, l’antique Rocher

La famille de Si Messaoud s’installe alors au cœur de la Médina à la Rue Abdellah Bey (Seyda Hafsa) dans la Souika. Dans la persévérance de ses grands parents, Si Messaoud montre très jeune les qualités d’un meneur d’homme.
C’est dans cette vieille ville qu’il connaîtra Zighed Smaïn, les frères Betchime Mohamed Ahmed, Khelfallah Abdellaziz dit Mostefa Boutmira etc. Et c’est sur la placette de Sidi El Djellis que chaque matin les paysans, les Ghrezlas, qu’il rencontrera plus tard au maquis, venaient vendre les produits du terroir (l’ben, djben, lait et beurre…) autour de la légendaire fontaine publique.

Constantine, une ville qui façonne les héros

Mais bientôt Si Messaoud déménage à Sidi Mabrouk chez son oncle maternel Allouache Hmeïda, 46 rue Marcel Bel. Là il rencontre Aouati Mostefa, Kitouni Abdelmalek, les frères Benzebouchi Allaoua, Ali, Rachid, Dékious Salah, Abderahmane Belatreche etc. Chez les Mahsas il trouvera le soutien que lui prodigue Fatma Mahsas.
 On retient que Si Omar Bentchicou était en relation avec Si Rabah Bitat et Si Mohamed Boudiaf dans les différents séjours à Constantine. Didouche Mourad est désigné pour prendre en charge la Zone 2 qui deviendra la Wilaya II historique, Constantine, ville qu’il avait quittée en 1847. Le contact avec Zighoud Youcef est toujours maintenu.

Didouche Mourad, dit Si Abdelkader à Constantine

Une rencontre les réunira à la maison de Haddad Hamida cousin maternel d’Abdeslem Habachi à Sidi Bzar, comme spécifié dans le livre Mintaka 25 d’Ahmed Boudjeriou. C’est Bentobal qui accompagne Didouche Mourad (Si Abdelkader).
Abderahmane Guerras explique dans le livre d’Ahmed Boudjeriou le pourquoi du repli des historiques constantinois. « Loin de s’être dérobés, ils ont au contraire revendiqué pour eux et pour d’autres les responsabilités auxquelles ils ont légitimement droit. S’ils se sont montrés réfractaires, c’est tout simplement pour dénoncer les tricheries et manipulations de ceux qui ont la prise de certaines décisions capitales dans le dessein précisément de leur porter préjudice ».

Le Nord-Constantinois prêt pour la Révolution

Cependant, la Révolution éclatera sous l’autorité de Si Abdelkader, Didouche Mourad, dans le Nord-Constantinois avec Zighoud Youcef, le groupe de Smendou, sous la responsabilité de Bentobal à El Khroub avant de regagner sa ville Mila où se trouvait notamment Larbi Beredjem, Azeddine Benmebarek Maghlaoua Ramdane.
Keddid Mohamed et Si Saci à El Harrouch, Souk-Ahras Badji Mokhtar, Annaba Si Amar Benaouada. C’est enfin Si Messaoud qui sera chargé par Didouche et Zighoud pour distribuer la déclaration du 1er Novembre 1954 dans les boîtes postales et sous les portes à travers la ville de Constantine et ordre fut  donné de ne pas opérer d’attaque armée, et ce, dans le souci de préserver le groupe pour les mois à venir

Didouche Mourad coordonne les opérations

C’est ce groupe que Didouche installera pour diriger Constantine : Si Messaoud Ksentini Boudjeriou à la coordination, Aouati Mostefa responsable politique et finances secondé par Bouchrit Lakhdar dit  Ali  Kitouni Abdelmalek, Zighed Smaïn responsable militaire et des cellules de choc dirigée par Amor Talaâ secondé par Zaamouche Ali et Lakher Med Salah. Après avoir organisé la capitale de l’Est Algérien, Didouche et Zighoud vont s’atteler à continuer l’organisation des autres villes.
Lorsque la décision de faire de Constantine une ville qui doit préparer son arrière base dans le rif avoisinant le centre, c’est Si Messaoud qui sera choisi pour renouer avec les siens dans la zone montagneuse, chez les Boukhalkhal à Djebel El Ouahch, qui domine les bourgades avoisinantes.

Les hommes du 1er Novembre à Constantine

Si Mohamed Kadid reprend contact avec Abdelmadjid Kahlras, Abderrahmane Mehri, Mohamed El Hadi Tirouche, Salah Boubnider, Loucif Rabah El Oumma, Hacène Bouderbala alias Si Tahar Annabi pour renforcer Oued Zenati, Guelma, Bodj Sabat, Roknia et Ouled Habibi… A Souk-Ahras, Badji Mokhtar est tombé le 18 novembre 1954 au champ d’honneur. Et selon le témoignage de Mohamed Keddid, la bataille du douar Souadek, un feu nourri entre gendarmes, CRS et moudjahidine, s’est soldée par deux djounoud touchés ; Saïd Chougui a vu sa jambe fracassé et Ali Béloucif a été touché par une balle à la tête et a eu une jambe fracturée. Alertées, les forces coloniales viennent en renfort où le sous-préfet de Constantine Massoni aidé du colonel Terrasson, du commandant Maffi-Berthieu de la gendarmerie et capitaine Billant avec leur centaine de soldats, ont serré l’étau contre les moudjahidine.

Didouche Mourad, un géant, vient de tomber

Ces derniers se replient vers l’oued Boukerkar. Si Abdelkader Didouche Mourad et Cheïkh Boularas sont cachés derrière un talus. Une balle d’une rafale d’un soldat embusqué atteint la colonne vertébrale de Si Abdelkader Didouche Mourad le tuant sur le coup. Prévenu, Zighoud les rejoint et prend immédiatement possession des documents dissimulés chez Didouche Mourad.  Un héros vient de tomber, le digne fils de l’Algérie combattante. Les coups de feu se sont tus. Didouche Mourad chahid rencontrera Dieu dans Son Vaste Paradis. Il laissera aux générations la prémonition en ces termes : « … Et si nous venons à mourir, défendez nos mémoires ». La bataille du 18 janvier 1955 a été rude et Zighoud Youcef avec six survivants restèrent plusieurs heures grelottant au fond de l’eau.

« Si nous venons a mourir, défendez nos mémoires »

 Les militaires ignorant qu’il y avait des survivants emportent les blessés Saïd Chougui et Abderrachid Mosbah et les corps de Kerboua, Belkacem Bebghersallah, Naas Omar, Bouchriha Abbas, Ayache Youcef, Belloucif Ali et le chef de la Wilaya II Si Abdelkader Didouche Mourad. Le 19 janvier 1955, les corps des moudjahidine seront exposés à Aïn Skikda à la population dans le centre de Smendou.
 Messaoud Boudjeriou sur instruction de Zighoud donne ordre aux commandos d’attaquer la ville de Constantine. Un inspecteur des RG et le Casino feront les frais. Parmi les fidaï il y avait Allaoua et Abdelhamid Kerboua, Hamdani Bentobbal, Saïd Boukhenfouf et Ahmed Bouhafs. Abdelbaki Chouchane et Messaoud avec un couffin contenant des bombes artisanales rejoignent Ali Zaamouche. Avec Ahmed Boumezdad, ils poseront la bombe au manoir jouxtant le Casino, tandis que Abdelhamid Kherrouche dépose l’autre bombe dans le Bar « Chez nous ». L’explosion des deux bombes est entendue dans toute la ville. Tous ces fidayyine rejoignent le maquis. La Dépêche du Dimanche relate dans sa une les attentats commis la veille.

Zighoud Youcef succède à Didouche à la Wilaya II

C’est ainsi que Zighoud Youcef décide la désignation de Messaoud Boudjeriou secondé par cheikh Belkacem Kerris qui supervise le Nidham à partir de Djebel El Ouahch dès le 22 juillet 1955 en vue de la préparation de l’insurrection du 20 août 1955 dans tous le Nord-Constantinois. Zighoud fait part à ses compagnons Si Abdellah Bentobbal et Amar Benaouda du soulèvement qui aura lieu le samedi 20 août 1955 à midi.
 Les préparatifs ont commencé et durent 20 jours jusqu’au 12 juillet 1955n date de la première réunion à Boussator dans la commune de Sidi Mezghiche suivie de la deuxième à Djebel Zamane à Koudiat Daoud à 17 km de Skikda. Les responsables ont été désignés.

Les stratèges de l’offensive du 20 août 1955

  Zighoud Youcef et Abdellah Bentobbal dans le Nord-Constantinois Zone 2. Amar Benaouda nahia d’Annaba, Boubnider Salah nahia du Khroub, Mahjoub Laïfa nahia Aïn Abid, Beloucif Rabah nahia Oued Zenati, Boudjeriou Messaoud Constantine, Abdelmadjid Kahlras Smendou, Ali Kafi Sidi Driss, Smaïn Zighed et Amor Talâa Skikda, Zadi Chérif et Bakhouche Abdeslem Guelma, Amar Chettibi Collo, Derradji Larbi El Harrouche. (La répartition des membres de la Wilaya II a été évoquée dans la revue El Djeïch rapportée dans le livre d’Ahmed Boudjeriou Mintaka 25).
Le général Laurillot, nouveau commandant en chef de la Xe région militaire arrivé en pompe à Constantine trouve la capitale de l’Est algérien irréductible depuis les événements du 20 août 1955. Il sera suivi après par une inspection des généraux Jouhaux et Tessier à Constantine au lieu des Aurès compte tenu de l’état d’insurrection.

Zighoud Youcef  l’architecte du 20 août 1955

Vu l’importance de Constantine dans l’échiquier politique, Zighoud Youcef assiste en personne à la réunion devant désigner les combattants pour entreprendre les attaques du 20 août 1955 à Constantine. C’est Si Messaoud Ksentini qui prend la coordination avec Zaamouche, Aouati et Kherrouche et forme les groupes pour les opérations :
Le groupe de Abdelhamid Kerboua au faubourg El Kantara ; le groupe de Saïd Zaamouche dit Sebti à la rue Bienfait ; le groupe de Mustafa Filali à la rue Thiers ; le groupe Abdelhamid Kherrouche mission spéciale ; le groupe Laïfa Amor mission spéciale ;  le groupe Salah Lakher chargé des bombes ; le groupe Belkacem Kerris chargé de poser des drapeaux sur les mosquées ; le groupe Hacène Boudjbir mission spéciale. A partir des opérations du 20 août 1955, Si Messaoud Ksentini a montré sa compétence d’organisateur appréciée par Zighoud Youcef auquel il confie avec Si Salah Boubnider alias Sawt el Arab l’organisation de toute la région de Constantine.
Une fois monté au maquis, c’est Mustafa Aouati qui gère la ville de Constantine avec Amor Zaamouche dit Ali comme chef des groupes de choc. Abdelmalek Kitouni est chargé de collecter les fonds, alors que Noui Djehiche veille à l’envoi des vêtements et du matériel destinés au maquis.

L’evasion de Ben Boulaid de la prison du Koudiat

Il faut retenir que durant le mois de Novembre précisément le 13, il y a eu l’évasion de la prison du Koudiat de Constantine de Mostefa Benboulaïd, Tahar Z’biri et une trentaine parmi lesquels Hamadi Krouma, Ahmed Bouchmel, Lakhdar Mechri et d’autres…
Ainsi sont narrés les événements dans Constantine et ses environs dans l’ouvrage intitulé Guerre d’Algérie : Mintaka 25 Constantine, écrit par Ahmed Boudjeriou dans la spatialité de la ville de Constantine, remontant l’histoire insolite d’une ville rebelle, distinguée par sa résistance anticoloniale depuis Ahmed Bey.
C’est en fait une ville où hommes, femmes et enfants sont au cœur de la rébellion contre l’oppresseur. Il raconte la militance des gens depuis l’Etoile Nord-africaine, le PPA/MTLD, filiation du FLN, mais aussi celle des autres partis nationalistes. Il parlera de l’Association des oulémas en mettant en exergue le vénéré Cheïkh Abdelhamid Ibn Badis et le rôle qu’il a joué dans la préservation de la personnalité nationale et du socle identitaire.

Si Messaoud Ksentini dans la ville badissienne

 Mais les plus importants chapitres retracent en filigrane la vie des militants et moudjahidine de la wilaya de Constantine à travers le combat de Si Messaoud El Ksentini Boudjeriou. Un ouvrage qui donne à chacun des acteurs de la Révolution le rôle et les sacrifices des femmes et hommes qui ont lutté pour l’indépendance de notre pays.
 Le livre en question situe le contexte dans lequel Constantine a apporté sa contribution au déclenchement de la Révolution, les retombées de la scission du MTLD entre centralistes et messalistes et le désarroi de la Médina. A travers sa description des quartiers de la ville, ses ruelles, ses curiosités, il nous fait vivre dans l’intensité des événements la vie dans la Cité du grand Rocher.
 En parlant de Si Messaoud El Ksentini, il nous retrace le cheminement de l’homme de la bourgade de Rouffak aujourd’hui Ibn Ziad en passant par Aïn Kerma pour aboutir dans la ville badissienne, Constantine dans le feu de l’action à partir de Djebel Ouahch plaque tournante et base arrière du Fida. De cette périphérie s’organisera l’offensive révolutionnaire du 20 août 1955 à travers le valeureux Si Zighoud Youcef en plein jour contre les forces coloniales françaises.
 Alors que Constantine ne connaît pas de répit, l’auteur du livre nous plonge dans les événements de Mai 1956 notamment la grève des étudiants et lycéens, le groupe de Si Djellis, le groupe d’Abbad Ziadi, la grève des huit jours, le départ de Zighoud Youcef au Congrès de la Soummam, l’éventualité d’une attaque en prévision de la visite de De Gaulle et les relations entre la Wilaya II et la Wilaya III.

La guillotine, la torture au cœur de la Médina

Constantine sera érigée en zone autonome, en zone 5 Mintaka 25, ou le grand Constantine. La guillotine fait des siennes dans la Casbah de Constantine où plusieurs militants connaîtront la mort. L’arrestation de Hamlaoui et les tortures menées dans la ferme Améziane contre tout Algérien soupçonné d’appartenir au Nidham contraignent les fidaiyine à rejoindre le maquis au moment où Achour Rahmani Chérif meurt au champ d’honneur.

Fadhila Saadane et Meriem Bouatoura face au char blindé

Le char blindé entre dans la Médina face à la rue Cahoreau. Si Bachir Bourghoud, officier de l’ALN venant du maquis, prend contact en ville avec Hamlaoui et Mériem Bouatoura en ce mois de juin 1960. C’est à Sidi Djellis que Si Bachir Bourghoud et Si Amar Rouag renouent le contact à travers Fadhila Saadane et Meriem Bouatoura appelée Yasmina avec les fidayine Abdelkader Djeddou dit Bachir et Abdelhak Moussaoui. Hamlaoui fait venir Si Mohamed Kechoud chargé de trouver refuge à la rue Cahoreau à l’angle de la rue Colbert en plein centre ville, qu’il présente comme son bras droit à Si Bachir Bourghoud. Ahmed Boudjeriou raconte, selon les témoignages recueillis, comment a eu l’assaut contre nos fidayine où explosion, fusillades et grenades ont été échangés quand soudain le char blindé entre en action en lançant obus et bombes lacrymogènes sur le lieu où se réfugient nos héros.

Les héros meurent jeunes, Fadhila-Hamlaoui

 Si Bachir Bourghoud sera atteint à la tête, Mériem et Hamlaoui meurent sur le coup tandis que Mohamed Kechoud méconnaissable sera confronté avec Bourghoud à la ferme Améziane où ils reçoivent toutes les tortures les plus inhumaines (séances d’électricité, tuyau d’eau, supplices de la roue et brûlures de cigarettes).
Bourghoud connaîtra toutes les prisons (Koudiat, Douera dans l’Algérois, Chamil dans l’Oranie) au grand désarroi de sa mère Sassia, alors que Mohamed Kechoud sera condamné aux travaux forcés à perpétuité, le propriétaire du refuge, Touat Salah écopera de dix ans de prison.

Bourghoud, Kechoud et les sévices de la torture

Si Rouag Saïd dit Amar alias Si Mourad, officier de l’ALN, assure désormais la coordination de la Mintaka 25 et Si Messaoud voudrait que Constantine continue son combat dans la ville du vieux Rocher. La cellule de la rue Chevalier est activée à sa tête Kracha Zouaoui, frère de Hamoudi Kracha, en relation avec Tahar Benabbes et Khaled Abderahmane dit Baba Ali et ce avant leur arrestation. Kracha Zouaoui sera condamné à une lourde peine jusqu’à l’indépendance. Dès le mois d’octobre 1960, Abdelkader Sifi et Tahar Amamra se mettent en liaison avec Hamouda Kracha alors que Bouhalika Mohamed rejoint Si Rabah Filali. Constantine de nouveau reconstitue son organisation sur instruction de Si Messaoud Ksentini.

L’organisation du fida à Constantine

Le centre-ville est sous l’autorité de Abdelaziz Khalfallahdit Boutmira avec Kaddour Boumedous, Séghir Boufenara et Abdelmadjid Maghraoui dit Madjid Rousse. La région de Sidi Mabrouk est dirigée par Ammi Salah Dekkious, Si Rabah Filali, Kamel Benzerari, Mohamed Belmerkhi. La région de Bellevue 3 est sous la responsabilité de Abdellah Bouhroum, Ali Naija dit Abdelhakim, Kracha Mohamed Heddi dit Hamoudi, Khaled Ali dit Baba Ali et Adjabi Larbi.
 Ali Naidja qui se trouve dans le secteur de Collo avec Si Mohamed Dridi n’arrive au PC de la Zone 5 que quelques mois plus tard pour assister le Dr Toumi, d’où le surnom de Abdelhakim Naïdja. Kracha Hamoudi faisait partie des commandos, Kamel Benzerari, Mohamed Nabti en partance en Tunisie. A leur retour, Si Messaoud les réaffectent dans les groupes de la ville.

Les opérations « Pierres précieuses » et « Jumelles »

Telle est la situation de Constantine où de Gaulle avait programmé sa visite en décembre 1960 pour annoncer le « fameux Plan de Constantine », alors que les opérations « Pierres précieuses » et « Jumelles » n’ont pas remporté la victoire militaire attendue.  C’était le temps de la « Paix des braves », des camps de regroupements pour isoler l’ALN du peuple et de l’échec des premiers contacts avec le GPRA et les manifestations de Décembre 1960. Le projet de résolution présenté le 20 décembre 1960 par les 24 membres du groupe afro-asiatique obtient les deux-tiers des voix pour l’autodétermination du peuple Algérien à l’ONU.

Hamoudi Kracha, jeune baroudeur

Hamoudi Kracha, ce jeune baroudeur qui venait d’avoir 22 ans, a fait deux fois la traversée de la Tunisie pour l’armement du maquis. Il est rattaché auprès de Si Messaoud Ksentini avant d’être chargé d’une mission du PC de Collo-Sud vers le secteur de Bardo à Constantine dès le mois d’avril 1961 dans le cadre de la réorganisation militante de la ville. La mort du commandant Si Hocine Rouibah et de Said Bentobbal dans les monts des Beni Khattab/Jijel a amené la Wilaya II à apporter des changements. Le colonel Salah Boubnider alias Sawt Al Arab dirige la Wilaya II avec comme adjoints Si Tahar Bouderbala alias El Annabi, Abdelmadid Kahlras, Rabah Loucif dit Rabah El Oumma, Larbi Berdjem dit Larbi El Mili. Il préfère maintenir Si Messaoud à la tête de la zone du « Grand Constantine ».

Le colonel Salah Boubnider dirige la Wilaya II

Dans la zone III, c’est Chibout Soltane Brahim à ses côtés Si Saïd Hamrouche comme adjoint politique et Boudjemâa Salah aux renseignements et liaisons générales. La zone I de la Wilaya II est dirigée par Frikh Hmaïdia El Annabi avec comme adjoints Ahmed Lâaban, Cheïkh Ahmed Benabdelmoumen dit Lachheb, Salah Boulhart.
 Si Messaoud installe son PC au Douar Denaira dans la région d’Oum Toub (Aïn Kercha) à Dérader Tarouza. Il est encerclé par le régiment d’infanterie et du génie de Collo et des troupes aéroportées la veille du 27 avril 1961. A l’aube, l’encerclement est total et les avions de reconnaissance scrutent la forêt. Alors qu’il essaie de faire diversion, les coups de feu des mitraillettes crépitent vers les ravinements de l’Oued Bergoun. Les moudjahidine tels Ali Kébir, Brahim Boulouadnine tombent, Kamel Chaabane est happé par une rafale et s’écroule. Alors qu’il essaie de sauver les moudjahidate Loucif Mébarka et Saidi Siaf Sakina, Si Messaoud Ksentini voit Kamel Chaabane fauché par une rafale au genou. Mébarka tombe aussi atteinte par des tirs. Si Messaoud est lui aussi atteint par une mitrailleuse lourde. Il rejoint Didouche Mourad et Zighoud Youcef.

Si Messaoud Ksentini, martyr de la Révolution

Si Messaoud Boudjeriou El Ksentini est parmi les martyrs de la Révolution du 1er Novembre 1954. Il a su mettre son dynamisme, sa ruse et son intelligence pour déjouer toutes les tentatives des services de renseignements français. En fin stratège, il a su convaincre les plus hésitants des citoyens et organiser les réseaux révolutionnaires dans la ville de Constantine. Il meurt après avoir accompli dans la fierté son devoir devant Dieu et les hommes. Ne pouvant le récupérer, ses frères Mohamed-Tahar Adjali et Si Tahar Djouad ont pu tirer de sa poche son portefeuille taché de sang dans lequel il gardait jalousement sa carte d’officier remise par Si Abdellah Bentobal après le Congrès de la Soummam en 1956.
 A la mort de Si Messaoud, Constantine est face aux menaces de l’OAS. L’armée française reste complaisante avec les activistes pieds-noirs. Si Mostefa Boumira avec les différents fidayines tentent de contrer les ultras. Le long des rues stationnent les troupes de bérets noirs, sénégalais, bérets rouges, bérets verts, CRS, gardes mobiles, inspecteurs de police. La population vit les plus cruelles brutalités.

Si Abdellah Bouhroum fauché par une rafale

L’armée française est sur le qui-vive et Si Abdellah Bouhroum tire sur deux gardes mobiles qu’il atteint, mais finit par être fauché à la rue Damrémont par une rafale. C’est Abdelhakim Naidja qui prend la tête de la nahia II avec Hamoudi Kracha. Pas moins de 119 attaques furent menées par les fidayines de décembre à 19 mars 1962 à Constantine à travers tous les quartiers. Du côté des fidayine, Bachir Bennacer dit Si El Bachir Al Biskri meurt et le Dr Hacène Bourghoud est blessé. Le 31 décembre 1961, Hamoudi Kracha attaque le commissariat central. Alors que Rabah Djeddou, qui n’arrive pas à supporter la torture et son emprisonnement à la Ferme de la cité Améziane, absorbe une boîte de tabac et est hospitalisé. Il réussit à s’enfuir de l’hôpital après avoir blessé le brigadier qui le garde de son PM Mat 49.

Si Larbi Adjabi tombe au champ d’honneur 

Si Larbi Adjabi se soigne chez l’infirmière Zoubeida pendant que Si Naidja se positionne dans la cour. Une trentaine de soldats investissent les lieux, Si Larbi ouvre les feux avec une Mat 49, mais sera criblé de balles. Si Abdelhakim Naidja réussit à sortir du brasier vers la cité Hattabia. Il y trouvera refuge dans une classe où enseigne Azzouz Belguechi, se cachant parmi les enfants, dans les mains deux grenades et son fusil mitrailleur. Les soldats ont passé au peigne fin tous les endroits, sauf l’école. Après leur départ, Si Abdelhakim quitte les lieux pour la cité Mme Roques pour se réfugier chez Lakhdar Smati où Mme Smati lui propose de lui teindre les chevaux.
Il prend contact avec Mme Sadaoui Fatima-Zohra Tata, un élément de son réseau pour voir Si Larbi. Elle lui prend des photos de Si Larbi criblé de balle depuis la morgue. Les activistes de l’OAS tuent enfants, femmes et hommes. Le jeune Abdelghani Maaraf tombe sous les balles assassines. Abdelhamid Zadi est lâchement assassiné. Ahmed Benyahia tout jeunot échappe avec un groupe de collégiens à un tir des activistes alors qu’ils suivaient le cortège funèbre pour enterrer Zadi. Ils trouveront refuge chez la famille Assam Riri époux d’une Bencheikh Lefgoun.

Si Mostefa Boutmira impose aux Français le cessez-le-feu

L’enterrement des morts se fera le lendemain après que le calme est revenu. Les frères Allaoua Benzebouchi et Boubaker Mohamed-Tahar rejoignent le staff de la Nahia 3 après avoir été des membres actifs dans les Régions 3 et 4.
 Khalfallah Si Mostefa Boutmira avec Si Tahar Djouad tiennent la première réunion mixte franco-algérienne au lendemain du cessez-le-feu avec une commission chargée de maintenir l’ordre. Toute l’organisation politico-militaire est relatée dans toute sa composante humaine à la fin de l’ouvrage Mintaka 25. Tel est a été le destin des grands hommes.
 
Dr Boudjemâa HAICHOUR
Chercheur-Universitaire

GUERRE DE LIBERATION

Repère et Symbole

Le 1er novembre 1954

GRANDES DATES
MEMOIRE
UNE VILLE, UNE HISTOIRE
CONTRIBUTION

Syphax et la rencontre de Siga

Ain Temouchent (206) AV J.C