Ces moudjahidate d’Alger
Femmes Combattantes

Par Boualem TOUARIGT
Publié le 23 fév 2013
Femme algerienne
Fatima Zekkal Benosmane
Fatma Baïchi
Fadhila Dziria est debout à droite. Goucem Madani est assise à gauche, tenant le tambourin
Fatma Zohra Achour, dite Aouïcha
Fatma Zohra Achour, dite Aouïcha

Les femmes algériennes ont joué un rôle important dans la lutte pour l’indépendance nationale. Elles ont pris toute leur place dans la Révolution. On peut même dire que celle-ci a été très souvent un formidable accélérateur de la transformation sociale et culturelle. La femme algérienne, dans bien des cas a fait un grand bond occupant une place nouvelle dans la société.  La guerre de libération a bousculé dans bien des cas la place traditionnelle jusque-là occupée par la femme algérienne. C’est par la Révolution, dans ses aspects aussi bien militaires que politiques que la femme algérienne a fait irruption dans la sphère publique, dans le monde politique. En s’engageant dans la lutte pour la libérationde leur pays, les femmes algériennes ont grandement contribué à se libérer elles-mêmes des pesanteurs millénaires de la société et de ses archaïsmes. Elles ont ainsi contribué à faire de grands pas, d’une manière inégale selon les lieux et les circonstances à la société algérienne.

Jusqu’alors confinées dans la vie familiale et exclues de la vie publique, les femmes algériennes sont très vite intervenues dans les espaces alors disponibles pour elles. Dans leur grande majorité, elles ont été moussebilate, s’occupant à la place des hommes de tâches dont elles surent s’acquitter : héberger, cacher, soigner, nourrir, renseigner et aussi assurer les liaisons et transporter armes et médicaments. Rares ont été celles qui ont combattu les armes à la main.

Celles qui furent combattantes à Alger ont marqué leur combat. D’abord beaucoup d’entre elles, instruites, issues de familles aisées et de l’élite culturelle et sociale ont bousculé les clivages qui marquaient la société : elles sont allées vers leurs compatriotes des campagnes où elles n’ont pas été toujours facilement comprises et acceptées au début. Celles qui ont rejoint les réseaux urbains du FLN ont créé un brassage exceptionnel entre jeunes filles d’origine sociale différentes. Certaines ont été comprises, grâce à  beaucoup d’efforts, par les familles et qui ont soutenu leurs filles. Beaucoup de militantes ont vécu dans des milieux d’hommes où elles ont été consultées et associées à la décision. Leur présence fut très vite acceptée par tous et même banalisée. Tout ne fut pas toujours très facile. Bien des combattants courageux, mis devant des situations nouvelles réagirent différemment marqués par les pesanteurs de leurs milieux. Certains par contre, purent se départir de leurs ressentiments et accepter l’égalité entre des personnes de sexe différent, comme étant ordinaire. Le commandement des réseaux urbains nous montre que des combattantes participèrent pleinement, d’une manière tout à fait ordinaire et acceptée par tous, à la direction effective de la lutte.

Le mouvement national a très tôt pense à organiser la participation des femmes à la lutte, mais celle-ci fut extrêmement réduite. Avant la Révolution, leur participation fut extrêmement limitée. C’est la guerre de libération nationale qui allait créer des situations nouvelles.

Fatima Zekkal Benosmane

Elle fut la première dans bien des domaines.  Elle a été à la création de l’AFMA (association des femmes musulmanes algériennes) organisation féminine du PPA avec Mamia Chentouf et Néfissa Hamoud. Elle était issue d’une famille modeste d’un quartier populaire d’Alger qui compta plusieurs militants du mouvement national. Très jeune, elle eut une activité débordante dans le mouvement associatif féminin, organisant des manifestations culturelles, des concerts, des représentations théâtrales et des réunions nationalistes. En 1948, elle se marie avec un militant du PPA et s’installe à Tlemcen. Elle y anime une cellule féminine de l’AFMA. Elle rencontre des jeunes filles instruites qui se donnent à fond dans des activités culturelles qui attirent beaucoup de jeunes filles.
En 1954, elle est engagée à Alger comme speakerine à la radio télévision. Elle fut une pionnière.
Après le déclenchement de la Révolution, elle est en contact avec Abane Ramdane et les autres membres du CCE. Elle s’occupe des hébergements, des contacts. Elle est arrêtée après la grève des huit jours. Elle connut la torture à la villa Sésini. Avant d’être présentée au parquet, elle passe par la villa Mireille qui servait à rendre les prisonnières un peu plus présentables, puis au camp de Béni Messous. Elle est libérée après trois années. Elle reprit aussitôt ses activités. Fatima Zekkal Benosmane est décédée en 1990.

Fatma Baïchi

D’origine modeste, elle est née à la Casbah en 1931. Orpheline de père, elle fait des travaux de couture à la maison pour aider sa famille. Enfant, elle a baigné dans l’atmosphère nationaliste de la Casbah. Au déclenchement de la Révolution, elle s’occupe de contacts, de distribution de tracts et de ramassage des cotisations. Dans leur petite pièce de Saint Eugène qu’elle partage avec sa mère et ses trois frères, elle cache des armes et héberge des combattants en fuite  Dénoncée, elle est arrêtée en septembre 1957. Elle fut affreusement torturée, d’abord dans une villa à Saint Raphaël à El Biar, à l’école Sarrouy et au camp de Ben Aknoun. Elle fut emprisonnée à Barberousse puis à El Harrach. A son procès, en l’absence de preuves, elle écope de cinq ans avec sursis. Elle connut tout de même les camps de Béni Messous puis celui de Tefeschoun où elle resta jusqu’en mai 1960, au milieu de 200 moudjahidate emprisonnées. Elle y croisa notamment Néfissa Hamoud. Elle y connut une expérience particulière de solidarité et d’entraide. Les plus instruites donnaient des cours de français et d’arabe, d’autres y apprirent à coudre et à tricoter.
Après sa libération, Fatma Baichi cessa toute activité politique. Elle se maria en 1961 et vécut depuis retirée.

Goucem Madani

Née en 1918, Goucem Madani est une musicienne d’Alger. Elle est la sœur de la grande chanteuse Fadhila Dziria. Elle était alors relativement âgée par rapport aux autre moudjahidate. Elle s’engagea dans la lutte en transportant des armes en compagnie de Fatma Zohra Achour (surnommée Aouïcha) et qui faisait aussi partie de l’orchestre féminin de Fadhila Dziria.

Fatma Zohra Achour, dite Aouïcha

Goucem Madani a été arrêtée le 11 août 1957. Elle fut torturée et n’avoua rien. Elle joua parfaitement son rôle et on dit d’elle le jour du procès : « c’est un personne âgée et trop bête ». Elle s’en tira avec deux années qu’elle passa à Serkaji puis à El Harrach. Après avoir purgé sa peine, elle fut jetée dans un camp

Nassima Hablal

Est une des premières militantes du mouvement national. Elle était déjà dans les premières cellules de l’AFMA  (organisation féminine du PPA) avec  Mamia Chentouf, Sidi Moussa et Fatima Zekkal. Elles ramassaient des cotisations auprès des familles aisées, distribuaient la presse du PPA et organisaient des activités culturelles patriotiques.
Au tout début de la Révolution, elle était en contact avec des Algériens d’origine européenne dont des chrétiens de gauche avec lesquels elle fit un grand travail social en direction des populations algériennes des quartiers défavorisés.
Elle est en contact avec Abane Ramdane quand celui-ci arrive à Alger et s’installe à proximité du jardin d’essai. Elle s’occupa au début de travaux de propagande. Elle tapait les tracts qu’elle tapait au début chez elle et qu’elle allait tirer chez les Européens qui soutenaient le FLN, notamment dans des locaux du presbytère et chez les pères blancs à côté de Sidi Abderrahmane. Elle a assuré le secrétariat du CCE après le congrès de la Soummam.
Elle est arrêtée une première fois en avril 1955 sans que l’on trouve des éléments à charge, en raison de son adresse qui a été retrouvée sur Amara Rachid lors de son arrestation. Libérée, elle est permanente à l’UGTA où elle assurait la frappe du journal El Moudjahid qui était volumineux ainsi que celle de l’organe syndical, L’ouvrier algérien.
Elle est arrêtée le 21 février 1957. Elle a  fait alors la tournée des centres de tortures : la caserne d’Hussein Dey, El Biar, villa Sésini, Serkaji, El Harrach. A son procès, elle est condamnée à cinq ans. Après El Harrach, elle est transférée en France où elle fait la Roquette, puis les prisons de Rennes et de Pau. Dans ce dernier établissement, elle bénéficie avec Nelly Forget de quelques mesures d’assouplissement après interventions de Germaine Tillon. Elle obtint de se rendre à Paris où elle arrive à contacter Abderrahmane Farès qui l’aide à se rendre en Tunisie en l’accompagnant lui-même dans sa voiture jusqu’en Suisse. A Tunis, elle insiste auprès de M’hamed Yazid et elle est envoyée à Rocher Noir (Boumerdès) où l’exécutif provisoire venait de s’installer.

Boualem Touarigt

GUERRE DE LIBERATION

Repère et Symbole

Le 1er novembre 1954

GRANDES DATES
MEMOIRE
UNE VILLE, UNE HISTOIRE
CONTRIBUTION

Syphax et la rencontre de Siga

Ain Temouchent (206) AV J.C