Azeffoun, la coquette

Par Hassina AMROUNI
Publié le 09 juin 2019
Culminant à 465 m d’altitude, Azzefoun que l’on désigne parfois sous le nom de vieil-Azeffoun et d’autres fois sous le nom de village d’Azeffoun, est située à 65 km du chef-lieu de wilaya de Tizi-Ouzou, et à 85 km de Béjaïa.

Bordée par la mer Méditerranée au nord et par les chaînes montagneuses au sud, Azeffoun a depuis toujours été au centre des convoitises en raison de sa position stratégique. Selon l’écrivain Mohamed Hammoutène, la région a connu plusieurs invasions et des Phéniciens aux Français en passant par les Romains, les Iflissen et leurs descendants, les Ath Djenad leur ont opposé une résistance farouche pour les empêcher d’occuper leurs terres.
Il indiquera, encore, que les Romains qui auront bien du mal à imposer leur domination sur Azeffoun seront repoussés jusqu’au fin fond de la région. Aussi, c’est par Sidi Khelifa que ces envahisseurs parviendront à s’introduire dans les terres pour en exploiter les richesses. Ainsi, ils approvisionnent Rome en liège, caroubiers et autres produits disponibles en abondance sur place sans le moindre frais. Baptisée Ruzasus, la cité sera une base militaire avant d’être confiée vers le IIe siècle à un chef local, Aurelius Rusalen, ex prefectura.
Selon toute vraisemblance, Ruzasus, le nom romain d’Azeffoun, serait issu de la racine berbère Rzy, elle-même d’origine punique et qui signifie « rocher », « grand cap » ou « éperon rocheux ».
Ceci étant, l’origine du nom Azeffoun n’est pas clairement établie. Selon Ibn Khaldoun, il se rattacherait à celui d’une tribu berbère, tandis que la tradition locale le fait dériver du nom d’un poisson mais sans certitude. Une autre source vient, par ailleurs, établir un lien avec la langue arabe, en affirmant qu’Azeffoun viendrait du mot « Aziffoune » qui veut dire musiciens ou joueurs d’instruments de musique. Selon les partisans de cette version, parmi les Mauresques qui se sont installés dans la région en 1492, après la chute de Grenade en Andalousie, il y avait de nombreux hommes de lettres, artistes et musiciens. Les habitants originels de la région – les Amazighs – leur ouvrirent grands les bras et les aidèrent à s’installer et, jusqu’à ce jour, leurs descendants y vivent encore.
Lors de l’occupation française, une ville commencera à prendre forme sur les ruines romaines, à partir du dernier tiers du XIXe siècle (vers 1870). Elle sera baptisée Port-Gueydon, en hommage à l’amiral comte Louis Henri de Gueydon, gouverneur général d’Algérie d’avril 1871 à juin 1873. La ville sera érigée sur une colline descendant en perpendiculaire du mont Tamgout.
Peu à peu, des colons, avec femmes et enfants, arriveront de France, d’Italie, d’Espagne et de l’île de Malte. Lors d’un recensement fait par l’administration coloniale à cette époque, on dénombrera 367 familles françaises, 24 juives, des Italiens, des Maltes… et 7 familles kabyles.
La première infrastructure à être érigée dès l’arrivée des colons, c’est le port de pêche qui permettra aux nouveaux arrivants d’exploiter les fonds marins riches en poissons et crustacés.
L’autre source de revenu des habitants sera le charbon de bois, produit en abondance à partir des arbres des forêts de la région et acheminé à Alger. Azeffoun est alors surnommée « Mers lfeh’em » (Port au charbon). Après l’installation du gaz de ville à Alger, après 1914, cette activité sera abandonnée. Par contre, la pêche restera l’activité économique principale de cette région côtière.
En 1880, Port-Gueydon est érigé en commune de plein exercice et, très vite, elle figurera parmi les plus vastes de Kabylie du temps de l’administration coloniale avec ses dizaines de petits hameaux et villages disséminés sur son vaste territoire. Servant de point de jonction entre la Grande Kabylie et Bejaia, Azzefoun sera délimitée par Ighil Tafraout Jehma au sud-est et Timizart N’sidi Mansour au sud-ouest.
Le passé d’Azeffoun reste assez flou, car très peu évoqué dans les documents historiques contrairement à d’autres villes limitrophes. Cependant, on sait qu’à l’instar des autres villes d’Algérie, elle a, durant la période d’occupation française, subit toutes les affres d’un colonialisme inique et abject et ce, jusqu’au déclenchement de la guerre de Libération nationale où, elle se rebellera pour se libérer des chaînes qui l’avilissait.
Yacef Saâdi, P’tit Omar, Yacef Fatma, Mohamed Benaissa, Moh Saïd Ouali Oulmane, Mohamed Aouine et tant d’autres, tous enfants de la vaillante Azeffoun répondront avec courage et abnégation à l’appel de la patrie. Ils prendront les armes pour défendre un peuple dont l’honneur a été bafoué, dont la liberté a été confisquée et dont les droits ont été volés. Beaucoup mourront en martyrs, à l’image de P’tit Omar, Moh Saïd Ouali Oulmane…Gloire à nos valeureux martyrs.
Hassina Amrouni

Sources :
https://www.depechedekabylie.com/kabylie/144282-azeffoun-une-ville-au-pa...
https://www.vitaminedz.com/mohamed-hammoutene-revisite-l-histoire-de-la/...
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