Le Moudjahid Benmaouche Ali
Évocation de l’un des héros de la wilaya III historique

Par La Rédaction
Publié le 10 juin 2019
Nous évoquons aujourd’hui le Moudjahid Benmaouche Ali, fils de Smail Ali Ou-Boudjemaa et de Mekhloufi Fatima dite Laaldja, sœur d’un autre héros, le Chahid Mekhloufi Mohand Tahar, tous deux originaires de Toudja, wilaya de Béjaïa. Issu d’une famille honorable assez modeste vivant du travail de la terre, très connue dans le douar Ibourdjiouen, Ali est né le 28 janvier 1934 au hameau d’Aïth-Ali (Toudja) et décédé le 16 février 2018. Il a suivi sa scolarité à l’école de Toudja jusqu’au niveau de certificat d’études primaires en compagnie du Chahid Abdelhafid Ihaddaden, qui fut le premier ingénieur atomicien du tiers monde, assassiné le 11 juillet 1961 par les services secrets français qui ont abattu l’avion dans lequel il voyageait entre Prague et Rabat avec six de ses camarades universitaires.
A droite : son père Aami Smail N’Ali Ou-Boudjemaa
Le Moudjahid Benmaouche Ali
Chahid Abdelhafid Ihaddaden
Benmaouche Ali
Benmaouche Ali en médaillon
Benmaouche Ali en médaillon
Benmaouche Ali, officier des douanes
A gauche, Benmaouche Ali, ses fils Nasser et Fatseh assis avec son épouse

Son père lui-même instruit, voulait que son fils poursuive ses études au-delà du CEP, mais les conditions de discrimination appliquées aux indigènes à l’époque l’ont empêché d’aller plus loin. A 18 ans (1952), il était déjà marié et a commencé à travailler pour aider sa famille à subvenir à ses besoins. Il a même émigré en France où il est n’est resté que deux années. En 1954, il est incorporé d’office au service militaire jusqu’à 1956, date de son retour à Toudja. Alors qu’il était encore militaire, il a rendu de précieux services à la Révolution sous formes d’armes, de munitions et de tenues. Dès sa libération au mois d’avril 1956, il rejoint les cellules actives du FLN au sein desquelles il a accompli un excellent travail d’organisation pour le compte de l’ALN. Identifié, recherché et traqué par l’armée française, il a fini par rejoindre ses frères de combat au maquis au mois de mai 1957, laissant derrière lui une femme et deux enfants (cinq et deux ans). Dans les rangs de l’ALN, il n’a pas tardé à se distinguer par son courage, son habileté, son dévouement, sa force de caractère et son esprit de discipline, en plus de son expérience très appréciable en tant de Fidaï et dans le service militaire. De la zone de Toudja où il a participé à de nombreuses batailles mémorables à l’aide d’un fusil mitrailleur anglais de marque Bren, il a été muté vers la fin de l’année 1958 au secteur de Tamelaht dans la région de Bouira. Blessé à plusieurs reprises, il a échappé à chaque fois miraculeusement à la mort. En 1959, sauvé d’une grave blessure qui l’avait invalidé partiellement, il a été nommé comme commissaire politique du secteur de Beni-Mansour où il à gagné très rapidement le respect et la confiance de la population locale.
Connu au maquis sous le pseudonyme d’Ali N’ Toudja, il avait pris ses nouvelles fonctions de commissaire politique à Beni-Mansour (Bouira) en 1959 où il a poursuivi le combat avec la même ardeur, le même courage et la même détermination toujours armé de son redoutable fusil mitrailleur. En 1960, dénoncé et encerclé par une section de l’armée française qui avait fait appel à d’importants renforts, il a tenté seul de tenir tête à l’ennemi dans une bataille inégale en réussissant à tuer de nombreux soldats. Ayant épuisé toutes ses munitions, gravement blessé et ne pouvant plus se mouvoir, il a pu détruire tous les documents administratifs qu’il avait par devers lui et à fracasser le fusil mitrailleur qui lui a sauvé la vie à plusieurs reprises contre un rocher pour ne pas le laisser aux ennemis, avant d’être arrêté dans un état comateux et conduit au campement de l’armée française. Après avoir subi les pires tortures et humiliations, il a été transféré une première fois à la prison de Beni-Mansour puis vers la prison de Tigzirt sur Mer où il est resté près de 08 mois avant d’être jugé, condamné à mort et incarcéré à la prison du Camps du Maréchal (actuel Tademaït) jusqu’à sa sortie de prison au mois de mars 1962, date du cessez-le-feu, en compagnie d’une quarantaine de ses frères de combat tous condamnés à mort. Les conditions de leur sortie de prison méritent d’être relatées en raison de leur caractère pour le moins rocambolesques. Le lendemain du cessez-le-feu décrété le 19 mars 1962, en se réveillant le matin, ils ont été surpris du calme absolu qui régnait inhabituellement dans la prison, sachant que le régime des condamnés à mort interdisait aux détenus tous moyens d’information. Ils ne savaient donc pas que la guerre était terminée et qu’ils avaient rapporté la victoire après tant de sacrifices. C’est là qu’ils se sont rendu compte qu’il n’y avait plus aucun gardien, aucun soldat, aucun chef dans la prison. Tout le personnel du pénitencier avait déguerpi dans la nuit sans faire de bruit et sans regarder derrière lui. Donnant libre court à leur joie, ils ont retrouvé la liberté en ouvrant eux-mêmes les portes de leurs cellules. Si Ali avait rejoint Tizi-Ouzou d’où il a été convoyé jusqu’à Bougie avec l’aide du Président de la JSK à l’époque, pour enfin rejoindre sa famille qui résidait dans cette ville. Mais le bonheur de la victoire pour Si Ali ne pouvait en aucun cas lui faire oublier un seul instant et durant tout le restant de sa vie, les crimes de la France coloniale du fait qu’il gardait dans son corps deux balles assassines, une logée au niveau du bras et l’autre à proximité de l’oreille, en plus de plusieurs éclats d’engins au niveau d’une jambe.
A sa sortie de prison le 20 mars 1962, Si Ali avait rejoint sa famille, son épouse et ses trois petits enfants à Bougie, laissés sous l’œil vigilant de son père Aami Smail N’Ali Ou-Boudjemaa, ce brave homme qui avait lui aussi été malmené et subi de dures souffrances à cause de l’engagement de son fils dans les rangs de la Révolution. Aami Smail était très proche de notre famille du fait qu’il travaillait avec mon père dans les ponts et chaussées, que son frère Akli Ali Ou-Boudjemaa était marié à une cousine Nna Yamina Kasmi et qu’il avait des parcelles de terrain à Laazib (au lieudit Bourdjouane) que mon père travaillait en association avec son ami Aami Akli N’Bijou. Entre la date du cessez-le-feu et celle de l’indépendance (05 juillet 1962) Si Ali a repris contact avec l’ALN qui l’avait chargé de revenir dans son ancien secteur de Beni Mansour où il était commissaire politique et qu’il appelait en plaisantant « ma juridiction de compétence » pour aider la population qui avait beaucoup de respect pour lui, à s’organiser en prévision de l’indépendance du pays. Une fois l’indépendance acquise, Si Ali, dont la modestie était légendaire, n’a pas hésité un seul instant à intégrer l’académie de Cherchel avec le grade de Sergent-Chef pour suivre une formation militaire dans le but de gagner ses galons par ses capacités. Lors du conflit de 1963 opposant Hocine Ait-Ahmed (FFS) à Benbella, il avait refusé de s’y impliquer de peur de se retrouver dans une guerre fratricide. Ce conflit entre frères de combat l’avait d’ailleurs marqué à vie. Au mois d’avril 1964, il avait quitté définitivement l’armée pour faire partie de la première promotion des Douanes de l’Algérie indépendante. Au sein de cette Institution, il fait une brillante carrière qui l’a mené d’abord à Alger, puis à Skikda et Bejaia, avant de prendre une retraite bien méritée au mois de mai 1996, avec le grade d’Officier de contrôle. Installé définitivement à Toudja, il s’était consacré avec dévouement et passion à l’entretien de ses vergers, dans la discrétion et l’humilité, qualités correspondant parfaitement à sa nature. Malheureusement, un accident cardio-vasculaire du 28 septembre 2013, l’a terrassé et l’a invalidé pendant les cinq dernières années de sa vie, jusqu’à sa disparition le 16 février 2018. Si Ali s’est acquitté honorablement de son devoir envers son pays et envers ses enfants auxquels il assuré la meilleure éducation possible. Après 1962, il s’était conduit comme citoyen exemplaire en s’interdisant de faire valoir sa qualité de Moudjahed pour bénéficier de certains privilèges ou de se faire passer pour un super-citoyen comme l’ont fait d’autres. Gloire éternelle à tous nos Martyrs et Moudjahidine.

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