Le tombeur d’Adjoul
Omar Benboulaïd

Par Fateh Adli
Publié le 10 juin 2019
A la mort du chef historique des Aurès, Mostefa Benboulaïd, le 22 mars 1956, toutes les anciennes rivalités entre différents «dauphins» ont refait surface. Néanmoins, ces derniers ont pu se réunir, au bout d’une semaine, pour examiner la situation à la suite de cette tragique disparition du chef, et désigner éventuellement un successeur. Il y avait là presque tout le monde, dont bien évidemment le redoutable trio Adjal Adjoul-Abbas Laghroub- Lazher Cheriet.
Colonel Amirouche et Omar Benboulaïd
Adjal Adjoul lâché par ses alliés se rend en famille à l’armée française le 5 novembre 1959
1- Mohamed Lamouri. 2- Amirouche Ait Hamouda. 3- Ali N’mer

A l’ouverture de la séance, Mohamed-Tahar Labidi, dit Hadj Lakhdar, proposa Adjal Adjoul comme commandant de la future Wilaya I, mettant en avant ses qualités de chef aguerri et inflexible, tout en essayant de convaincre ses «ennemis jurés», en tête desquels figuraient le frère du défunt chef, Omar Benboulaïd et son compagnon Messaoud Aïssi, présents à la réunion.
Tout allait bien, puisqu’à la fin de la réunion, les participants ont convenu d’installer un commandement collégial, en guise de solution provisoire. Ce commandement est composé de douze responsables. Or, tout commence à s’envenimer après l’initiative prise par Omar Benboulaïd, quelques semaines plus tard, d’entrer en contact avec les dirigeants de la Zone III (la Kabylie), au moment où ils préparaient le fameux congrès de la Soummam, prévu le 20 août. Profitant de la confusion qui régnait dans les Aurès et qui empêchait de fait une appréciation objective de la situation, Omar tenta de s’emparer des leviers de pouvoir de la Zone I, qui deviendra bientôt Wilaya I, conformément aux résolutions du congrès. Il entame alors, dès son retour, la constitution d’une délégation qui devait représenter les Aurès aux assises de la Soummam, dans le dessein de se faire adouber par ses pairs comme chef incontesté. Or, d’après les témoignages, sur leur chemin vers le congrès, la plupart des membres de la délégation ne tardèrent pas à montrer leur scepticisme sur cette «autolégitimation» jugée précipitée et préférèrent attendre les résultats du congrès sans y assister. Ce qui explique, d’ailleurs, l’absence de la Wilaya I à ces premières grandes assises de la Révolution.
La direction chargera ensuite le futur colonel Amirouche de communiquer les résolutions du congrès aux délégués absents de la Wilaya I, conduits officieusement par Omar Benboulaïd. Amirouche, promu entretemps colonel, avait aussi comme mission d’aider à former un commandement unifié de cette wilaya instable. Car la nouvelle direction nationale issue du congrès savait que le frère de Mostefa Benboulaïd voulait s’autoproclamer chef sans la caution des autres responsables des Aurès-Némamchas.
D’aucuns imputent l’échec du colonel Amirouche dans sa mission dans les Aurès à une manipulation d’Omar Benboulaïd, en lui désignant Adjal Adjoul comme le fauteur de trouble principal qui empêcherait le rétablissement de l’ordre au niveau de cette wilaya.
Omar Benboulaïd reçoit le colonel Amirouche en septembre 1956, alors que celui-ci entamait sa tournée d’inspection, vulgarisant les résolutions de la Soummam, confirmant leur affectation aux responsables des mintaqa (zones), et distribuant des grades, etc. Il écoute alors attentivement les rapports présentés par les Tahar Nouichi, Omar Benboulaïd, Ali Mechiche, Mohammed Lamouri, Brahim Kabouya et Hadj Lakhdar. C’est à ce moment-là qu’il apprend la dissidence d’Adjal Adjoul. Il demande alors à le rencontrer. Le rendez-vous eut lieu loin de tous les regards, vers la mi-octobre. Echec. Les deux hommes ne se sont entendus sur rien. C’est alors le début de la cabale qui poussera bientôt le dissident à se rendre à l’armée coloniale.
On reproche également au frère de Mostefa Benboulaïd, son zèle et son empressement d’imposer un homme, Bachir Chihani, au commandement de la région, après l’arrestation de Mostefa Benboulaïd. Car, c’est cette attitude qui, d’après nombre de témoignages, a exacerbé les rivalités qui couvaient entre les différents clans et responsables locaux, dont principalement Adjel Adjoul, même si en fait, il avait déjà la bénédiction du chef, avant son départ en Libye.
D’aucuns estiment qu’Omar Benboulaïd a fait tout cela dans le dessein de reprendre les rênes du commandement. Les partisans de cette thèse en veulent pour preuve son empressement à sacrifier les anciennes alliances tissées par son illustre frère sur l’autel d’une ambition ravageuse pour le pouvoir. Certains lui reprochent même la fin dramatique qu’a connue Bachir Chihani– exécuté comme on sait à la suite d’une parodie de procès quelques mois seulement après avoir été désigné commandant par intérim de la Zone I.
Rattrapé par l’Histoire, Omar Benboulaïd sera lui-même condamné à mort par contumace, par un tribunal révolutionnaire, en même temps qu’Ali Mahsas, alors que les deux hommes n’avaient pas les mêmes positions par rapport aux résolutions du Congrès de la Soummam. Le frère de Mostefa Benboulaïd y était plutôt favorable.
Le conflit entre Omar Benboulaïd et Adjel Adjoul devait logiquement prendre fin à la reddition de ce dernier. La question du commandement de la Wilaya I était désormais prise en charge par le CCE, qui décida de désigner Mahmoud Cherif commandant in abstentia depuis Tunis.
Les deux frères ennemis ont survécu à la guerre, malgré toutes les affres qu’ils ont subies. Omar Benboulaïd est mort dans un accident de voiture après l’Indépendance, tandis que Adjal Adjoul vécut dans l’anonymat total jusqu’à sa mort, en 1992.
Adel Fathi

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