D’Ali Mellah à Si El-Haouès : batailles sur tous les fronts
Wilaya VI

Par Djamel BELBEY
Publié le 27 juin 2013
Combattants de la Wilaya VI
Ali Mellah
Si El-Haouès
Colonel Chaâbani

La Wilaya VI a connu de prestigieux chefs militaires. Ce fut d’abord le colonel Ali Mellah (Si-Chérif), puis, remplacé en 1957 à la suite de son assassinat, par le colonel Ahmed Benabderrazak, (Si El-Haouès), tombé au champ d’honneur en compagnie du colonel Amirouche, le 29 mars 1959 à Djebel Thameur près de Bou Saâda et enfin le jeune colonel Mohamed Chaâbani. Cette région a aussi connu l’ouverture d’un autre front militaire sous le nom de « Front du Mali », confié à un groupe d’officiers parmi les plus compétents à l’instar de Abdallah Belhouchet, Mohamed Chérif Messaâdia, Ahmed Draia et Abdelaziz Bouteflika dit « Si Abdelkader ».
Ces chefs historiques, dont la qualité est reconnue y compris par l’ennemi, ont dû faire face, en sus des difficultés géographiques et topographiques de la région, constituée de vaste étendues désertiques au climat rigoureux, en comparaison avec un faible peuplement et de financement, aux maquis des traîtres à la nation Kobus et Bellounis et aux manœuvres et complots coloniaux pour séparer le Sahara du reste de l’Algérie.
Dans cette wilaya, les tentatives d’organiser la révolution remontent à mars 1956, lorsque sur ordre des responsables du FLN, notamment Mustapha Benboulaïd et Si Ziane Achour, Mohamed Djeghaba et Meziane Sandel ont entrepris des contacts avec les populations du sud, de Oued M’Zab, jusqu’à Ain Salah en vue d’organiser la population, de rassembler des armes et de former des commandos. Un autre groupe, sous le commandement de Mohamed Rouina, envoyé dans la région, a réussi à mettre sur pied une compagnie de combattants qui a eu recours aux actions de commandos pour venir à bout des problèmes qui ont limité l’implantation des unités de l’ALN dans cette région.

Mellah Ali (dit, Si-Chérif)

Le premier chef historique désigné lors du congrès de la Soummam 1956 est Ali Mellah. Natif de Kabylie, ce militant du PPA a d’abord, en tant que responsable de la basse Kabylie, participé au déclenchement de la guerre de libération du 1er novembre 1954. Il dirigea les troupes de l'ALN, au printemps 1955 dans la région Bou Saâda-Djelfa. Délégué de la zone Sud au congrès de la Soummam, Ali Mellah est désigné membre du CNRA chargé de la Wilaya VI (Sahara) sous le nom de « Si Cherif » dans le Sud algérien en mars 1957. Cela eut lieu dans une conjoncture marquée par d’importants changements pour les régions sahariennes. Ainsi, le 10 janvier 1957 vit la création d’une Organisation commune des régions sahariennes (OCRS), ayant pour mission de réglementer, de diriger et de contrôler les politiques tendant à « la mise en valeur, au développement économique et à la promotion sociale » de ces zones désertiques. Le 13 juin, un ministère du Sahara, fut créé et confié à un ministre en l’occurrence Max Lejeune, qui exerçait en outre les fonctions de délégué général de l’OCRS. Puis le 7 août 1957, les quatre « Territoires du Sud Algérien », jusque-là toujours considérés « territoires militaires », furent érigés en deux départements sahariens des « Oasis » et de la « Saoura », entités administratives identiques aux départements métropolitains. Cette institutionnalisation du Sahara visait à assurer l’intégration du Sahara à la suite du déclenchement de la révolution armée. En août 1957, Ali Mellah est assassiné sur ordre de Cherif Saïdi, un ancien sergent de l'armée française en Indochine, qu’il a lui-même nommé pour combattre sous ses ordres, et qui refusait tout responsable non originaire du Sud. Un meurtre qui traduit « les résurgences d'attitudes régionalistes ou tribales liées à ce manque de liaison et d'échanges entre wilayas de l'intérieur », comme le décrit M. Téguia.
Abderrahmane Mira est alors envoyé en Wilaya VI après la mort de Si Cherif et nommé commandant, mais pour une courte durée. Abderrahmane Mira dut faire face au cours de l'été 1959 à une réaction de jeunes officiers au moment où s'abat sur la Kabylie le plan Challe. Infatigable, dur pour lui-même comme pour ses hommes, Abderrahmane Mira est tué au combat le 6 novembre 1959, au nord d'Akbou, à la tête de ses commandos.

Ahmed Ben Abderrazak, dit « Si El-Haouès »

Au début de l’année 1958, le CCE a décidé la réorganisation de la Wilaya VI, dont la responsabilité a été confiée à si El-Haouès, de son vrai nom Ahmed Ben Abderrazak. Le nouveau commandement de la Wilaya VI, avait pour mission de contrecarrer les manœuvres et complots coloniaux pour séparer le Sahara du reste de l’Algérie. Un objectif qui avait été largement atteint. L’état-major de la Wilaya VI était constitué d’hommes de valeurs, dont Amor Driss, qui commandait déjà en 1956 2000 hommes dans les régions de Djelfa et de Laghouat. L’adoption de la méthode de guérilla a ainsi porté ses fruits comme le montrent les batailles à l’instar de celle de Metlili, ou les nombreuses attaques menées par l’ALN à djebel Maimouna au sud de Bou-Saâda, ou encore celle de Gerdache dans les environs de Touggourt, le 28 octobre 1958. Il y eut également les batailles des monts d’El Gaada, d’el Karma et Geuribaâ, les 17 et 18 septembre 1961, batailles qui se sont étendues jusqu’aux monts de l’atlas saharien, sans omettre de citer la bataille de djebel Thameur, durant laquelle les colonels Amirouche et Si El Houes tombèrent au champ d’honneur. D’autres batailles et accrochages, ayant causé d’énormes pertes à l’ennemi, ont également eu lieu à djebel Menaâ entre Djelfa et Bou Saâda.
Nommé en avril 1958 commandant de la Wilaya VI (Sahara), Si El-Haouès, originaire de Khenchela, installe son PC dans la région des oasis, qui comprend Ouled Djellal, Touggourt, Ghardaïa, Ouargla. Il s’est vu confier en même temps l’ouverture d’un autre front militaire sous le nom de « Front du Mali », confié à un groupe d’officiers parmi les plus compétents à l’instar de Abdallah Belhouchet, Mohamed Chérif Messaâdia, Ahmed Draia et Abdelaziz Bouteflika dit « Si Abdelkader ». Il avait été chargé d’organiser l’action militaire contre les intérêts militaires dans cette zone. Il s'attaque avec succès, à l'aide des wilayas limitrophes, aux troupes de Bellounis. Ce sont les commandos de la Wilaya IV qui ont réussi à noyauter son armée et fini par l’exécuter. Il étend ensuite l'implantation du FLN de Biskra aux Ouled Nail, puis au djebel Amor et aux Monts Ksour. Si El-Haouès réussit à réaliser la jonction avec les groupes installés à la frontière marocaine.
Il participe à la rencontre interwilayas « dite des colonels de l’intérieur », convoquée par Amirouche du 6 au 12 décembre 1958 dans la région d'El Milia. Il proteste contre l’isolement, le manque d'armes et décide avec Amirouche de se rendre à Tunis. Ils meurent tous deux dans une embuscade tendue par les troupes françaises à Bou-Saada le 28 mars 1959.

Djamel Belbey

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