Le Malgache de Joannonville
Hocien Dellalou

Par La Rédaction
Publié le 08 Jan 2020
La Révolution algérienne n’a pas livré tous ses secrets. Les Moudjahidine encore vivants représentent de véritables « archives » qu’il faudrait exploiter avant qu’ils quittent ce bas monde. « Dépoussiérer » leurs mémoires est certes un exercice difficile mais fort utile, en ces temps où le révisionnisme fait du chemin.
Hocine Dellalou à la zone Sud
Hocine Dellalou, photo récente
Hocine Dellalou à droite avec un Moudjahid de Tébessa
École des cadres de l’ALN 1958. Hocine Dellalou, troisième à partir de la gauche
Houari Boumediene avec les dirigeants du FLN
Le défunt Gaïd Salah au maquis
Le défunt Gaïd Salah au maquis en compagnie de ses frères d’armes
Zone Nord 1959 de g.à dr. : Boughar Ali, Hocine Dellalou, Zeghloul Mohamed (Belamani), Abdelli Abdelkader, Chorfi
Avec le chef Zakaria lui remettant le message du cessez-le -feu
Zone saharienne. Hocine Dellalou au premier plan

Hocine Dellalou, ancien maquisard s’est volontairement prêté à cet exercice lors d’une rencontre précieuse à plus d’un titre. A plus forte raison que celui-ci a gardé intacte sa mémoire et de surprenantes facultés de narration. A peine avons-nous entamé les discussions qu’il s’est transporté dans le temps qu’il remonte avec aisance jusqu’à s’arrêter à ses origines, ses parents, sa naissance, son enfance, son départ pour la France et son enrôlement dans les rangs de l’ALN. Il commence par évoquer sa ville, Annaba, et son apport dans la guerre de libération qu’il estime considérable. C’est cette ville qui l’a vu naître en 1942, date du débarquement des alliés en Algérie durant la Seconde Guerre mondiale. Boucher et maquignon en même temps, son père, Bouaicha, s’occupait de subvenir aux besoins de sa famille. Quant à sa mère, Rahli Ouanassa, elle gardait la maison comme l’écrasante majorité des femmes de cette époque. Son enfance, il l’a passée à jouer au football contre les jeunes de son quartier, Joannonville, cité Seybouse actuellement. Il fréquentait également l’école du même quartier dans laquelle il fera long feu. Garnement, Hocine Dellalou faisait voir de toutes les couleurs aux Français de son âge. Il était bagarreur et ne se privait pas de le montrer à chaque fois que la situation l’exigeait. La montée du nationalisme à la fin des années 1940 lui a ouvert les yeux. Et malgré son jeune âge, il voulait à tout prix voler de ses propres ailes. La guerre de libération éclatée, son père avait peur pour lui et, dans le but de le préserver des dangers de la guerre, il l’avait poussé à quitter le pays. C’est ainsi qu’en 1956, Dellalou débarquait à Paris, à Strasbourg-Saint-Denis, où il rejoint ses amis d’enfance. « Nous étions 16 à 18 à occuper le même dortoir dans un sous-sol », se remémore-t-il pour expliquer la dureté de la vie en France, à l’époque coloniale. Sa vie va basculer quand il commence à travailler à la SNCF, la société des chemins de fer où il ne tardera pas à croiser son destin. « Je ne suis pas resté longtemps à la SNCF mais je me rappelle avoir intervenu auprès du chef de gare pour le recrutement d’une femme française qui est d’ailleurs devenue mon amie. » Adepte de Bacchus, Dellalou a eu la visite de trois hommes du FLN qui l’ont sermonné, voire menacé. « Tu n’as pas honte de boire de l’alcool alors que ton pays est colonisé et que tes frères et sœurs meurent chaque jour », lui disent-ils avant de le convoquer pour lui montrer la voix à suivre. « En réalité, ils m’ont investi de la lourde mission d’abattre un traitre, à Saint-Denis. Ils m’ont remis l’arme que je devais utiliser. Une fois le traitre repéré, j’ai sorti cette arme et sans hésitation aucune, j’ai appuyé sur la gâchette. Aucune balle n’est sortie malgré mon insistance alors j’ai utilisé mes mains pour lui administrer la tannée de sa vie. » L’arme n’était pas chargée. C’est en fait un test d’évaluation à l’issue duquel Dellalou a été recruté par le FLN. « Un examen extrêmement risqué mais fort utile pour connaître les intentions des éventuelles recrues. » Identifié lors de ce faux attentat, il a désormais la police française aux trousses. En 1957, il prend le chemin du retour. Il rentre à Annaba avec la ferme intention de rejoindre le maquis. D’ailleurs, Il n’avait pas le choix car son nom était désormais connu et qu’à tout moment, il risquait d’être arrêté, voire emprisonné. « Un voisin tunisien m’a alors conseillé de traverser la frontière si bien évidemment je cherchais à sauver ma tête. » Hocine rejoint alors un groupe de maquisards, dirigé par Chadli Bendjedid, officier de l’ALN, de ce qui est communément appelé la Base de l’Est. « Au lieu de passer la frontière, j’ai été avec un autre Moudjahid dont j’ai oublié le nom, retenu pour s’occuper du secrétariat. » Hocine faisait des incursions sporadiques dans le territoire tunisien soit pour s’approvisionner en denrées alimentaires ou bien ramener des armes. La nostalgie de sa région commençait à lui peser et au cours de l’une de ses missions, il prend la décision de rejoindre la zone nord, où il rencontrera plus tard Ahmed Gaïd Salah, chef d’Etat-major et vice-ministre de la Défense nationale décédé le 23 décembre 2019. « J’ai voulu partir à la Wilaya II, côté l’Edough et Séraidi, une région que je connais très bien. Ma tentative d’évasion a échoué à Ghardimaou où j’ai été arrêté par un groupe de moudjahidine », raconte encore si Hocine. Incarcéré, il n’a dû son salut qu’à l’intervention de Houari Boumediene. « Lors d’une inspection à l’infirmerie, le chef de l’État-major général (EMG) a ordonné ma libération. J’ai rejoint la Wilaya II, escorté par un commando. Et à toute fin utile, il m’a remis une mitraillette et quelques munitions. » Son tempérament aventurier va le mener encore une fois en Tunisie. Le passage des frontières étant fort périlleux, il tombera dans une embuscade qui a failli coûter la vie aux éléments de son groupe. « Nous nous sommes retrouvés face-à-face avec l’ennemi et sans l’intervention de Mohamed Betchine et sa compagnie, nous aurions laissé des plumes », relate Hocine Dellalou, blessé lors de cet accrochage avec un autre moudjahid répondant au nom de Aissa Bouchlaghem. A cette époque, Boussouf était en Tunisie en quête d’éléments capables de renforcer le MALG. Plusieurs moudjahidine seront ainsi choisis pour rejoindre l’école des cadres, ouverte en la circonstance à Kef, ville tunisienne frontalière à notre pays. Mohamed Belamri dit Zeghloul, Bachir Lahrèche, Abdelkader Abdelli, Ali Boumghar et bien évidemment Hocine Dellalou sont entre autres les nouveaux stagiaires de la DVCR, la DDR et les transmissions, trois branches du MALG. « Après le stage, j’ai été muté à la zone nord dans le 56e bataillon, dirigé par Amar Chekal. » Parti en mission à Tunis puis à Tripoli, il sera encore une fois muté à la zone sud (sud de Tébessa jusqu’à Oued Souf et toute sa région) en 1960, juste après les accords d’Evian. « J’étais investi de deux missions principales. En plus d’être chargé du renseignement, j’étais tenu de percer les messages ennemis et éventuellement les décoder », dira Hocine avec fierté. Il travaillait sous la coupe de Ferhat Hmida Tayed, plus connu sous le sobriquet de Zakaria et avait le moudjahid Chaâbane Belbel, son inséparable compagnon dans toutes les missions qu’il a eues à remplir. Il restera dans cette zone jusqu’à la proclamation du cessez-le-feu. « Nous avons réussi à déjouer tous les plans expansionnistes et les visées de Charles de Gaulle sur notre Sahara ». A l’indépendance, Hocine Dellalou restera quelques années au sein de l’armée (ANP) avant de rentrer et s’installer définitivement dans sa ville natale, Annaba. A la fin de cet entretien, notre moudjahid a tenu à rendre hommage à notre armée, garante de l’unité nationale et dira pour conclure. « Nous avons fait notre devoir, maintenant, c’est aux nouvelles générations de prendre le relais pour construire l’Algérie, pour laquelle se sont sacrifiés des centaines de milliers de chouhada ».
Zoubir Khélaifia

DOSSIER

Les années de feu

L’état de guerre avant le Congrès de la Soummam

FIGURES HISTORIQUES
GRANDES DATES

L’ALGERIE RETROUVE SES REPÈRES AMAZIGHS

Yennayer, le retour aux sources des Banu Mazigh

MEMOIRE

Morte sur l’autel de la liberté

Chahida Mansouria « Soraya » Bendimered

MOUVEMENT NATIONAL