Le jeune exalté à la droiture exemplaire
Mourad Didouche

Par Boualem TOUARIGT
Publié le 27 déc 2012
Mourad  Didouche
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Le 18 janvier 1955, tombait au champ d’honneur un personnage mythique de la Révolution algérienne, un jeune homme de moins de 28 ans, d’une grande passion, habité par une fièvre patriotique qui lui valut des commentaires particuliers de bien d’historiens. Mourad Didouche fut un révolutionnaire pur et dur, faisant fi de ses considérations personnelles et pour qui la vie ne devait que servir de moyen d’alimenter le grand feu de la révolte. C’était un homme de grande passion, qui se donna à la révolution, un grand exalté, droit et sensible, complètement dévoué à sa cause au point de s’imposer une rigueur morale exemplaire.
Il fut un citadin, immigré de la deuxième génération, fils de paysans arrivés à Alger au début du siècle dernier. Il fut un urbain, le seul parmi les six qui dirigèrent le déclenchement de la Révolution. Il avait été formé dans son adolescence par le militantisme des couches populaires urbaines dans le quartier de Belcourt (aujourd’hui Belouizdad) qui vit naître les premières organisations patriotiques radicales. Il avait fréquenté le collège technique d’Alger puis celui de Constantine. Sa famille avait acquis une relative aisance et une certaine notoriété dans son quartier. Elle possédait une gargote et un bain maure.
Mourad Didouche ne fut pas obligé de travailler et fut un permanent du MTLD. A moins de 16 ans, il fut militant du PPA, extrêmement actif dans le mouvement scout. En 1946, il fut de ceux qui créèrent à Belcourt le groupe Al Amal et l’équipe sportive Al Sari’ eriadhi. Il fut le principal dirigeant du cercle des jeunes du MTLD de son quartier qui fut une pépinière de militants de l’Organisation Spéciale qu’ils rejoignirent massivement, pour préparer le déclenchement de la lutte armée contre la domination coloniale.
En 1947, il participa activement à la campagne des élections municipales à Alger, puis se rendit dans l’Ouest lors du scrutin à l'Assemblée algérienne. A la fin de la même année, le Comité central jeunes de Belcourt, dont Mourad Didouche était le principal animateur, fut dissous par la direction du MTLD et tous ses militants furent versés dans l’OS. Ceux-ci avaient alors constitué sept brigades clandestines dans les différents quartiers populaires d’Alger : Belcourt, Ruisseau, La Redoute, Clos Salembier, Alger-Centre, Casbah, Bab El Oued, Saint Eugène, El Biar, Bouzaréa. Membre actif de l’OS dès la création de celle-ci, il s’engagea dans la préparation de la lutte armée et l’entraînement des militants. Arrêté, il parvint à s'enfuir du tribunal. Il fut condamné par contumace à 10 ans de prison. Toujours clandestin, il fut transféré à Paris où il fut l’adjoint de Boudiaf chargé de l’organisation à la fédération de France du MTLD. Les deux hommes se lancèrent à fond dans la préparation du déclenchement de la lutte armée.
En juin 1954, ils furent de retour à Alger. Avec Ben Boulaïd, ils organisèrent la réunion dite « des 22 », des militants sûrs et décidés de l’ancienne Organisation Spéciale, résolus à déclencher l’action armée dans les plus brefs délais. C’est Didouche, infatigable organisateur qui avait mis sur pied cette réunion, lui qui connaissait très bien Alger et son organisation clandestine. A cette réunion, il fut désigné parmi les six dirigeants de la révolution qui allait être déclenchée, chargé de diriger la région d’Alger. Il permuta quelque temps après avec Rabah Bitat et prit la direction de la région 2 (zone du Nord Constantinois).
Les six accélérèrent les préparatifs du 1er novembre 1954. Avec Boudiaf, Mourad Didouche rédigea les projets des premiers documents du FLN : la déclaration politique et l’appel de l’ALN. C’est lui qui fit contacter le journaliste Mohamed Laïchaoui qui devait mettre en forme les textes et s’occuper du tirage.
Le 18 janvier 1955, âgé à peine de 27 ans et demi, Didouche Mourad tomba au champ d’honneur au cours d’un accrochage au douar Souadek, près de Condé Smendou.
Mourad Didouche a été l’âme de la Révolution et un de ses symboles par son enthousiasme, sa foi, sa vigueur. C’était quelqu’un d’entier, complètement dévoué à sa cause, avec une grande passion. Lui, qui fut, aux dires des différents témoignages, un jeune homme simple et aimant la vie, s’imposa une discipline de vie exemplaire quand il rejoignit la lutte pour l’indépendance. Il s’engagea politiquement et se dévoua totalement à son but : la libération de ses compatriotes.
Il apporta à sa cause son exaltation, son dévouement excessif, sa passion sans bornes. En s’engageant dans la Révolution, il fit siennes les vertus qui allaient marquer son comportement : rigueur morale, frugalité, ascétisme, discrétion. Le jeune militant enthousiaste et naturellement exubérant, plein de vie, devint un révolutionnaire exalté, plein de fièvre et d’ardeur révolutionnaire, presque un mystique.
Il paraissait très jeune, éternel lycéen, faisant plus confiance aux sentiments et à la passion pour entraîner les autres. Il aurait très souvent parlé de devoir et de sacrifice: « Nous devons être prêts à tout sacrifier, y compris et surtout notre vie. Nous n’avons que très peu de chances, nous, de nous en sortir, de voir la révolution aboutir. Mais d’autres nous relaieront, nous remplaceront. »
Bien que jeune, il montra une grande maîtrise de la chose politique et avait une vision claire de la stratégie du mouvement : « Il faut qu’on sache que notre pays bouge. Il faut allumer la mèche Nous démarrons sans moyens. Les premières actions doivent avoir une grande importance psychologique… Il faut que la lutte continue le plus longtemps possible. Ce sera long avant l’indépendance.» On raconte qu’il aimait citer Mao Tsé Toung dont il rappelait les leçons de guérilla qu’il avait retenues : « Quand l’ennemi avance en force, je bats en retraite. Quand il s’arrête et campe, je le harcèle. Quand il cherche à éviter la bataille, je l’attaque. Quand il se retire, je le poursuis et le détruis. »
On rapporta aussi que ce mystique à l’activisme ascétique fut un homme droit et aussi un tendre qui pouvait être assailli de remords. Et c’était quelqu’un de droit. On lui avait demandé avant la Révolution de liquider à Alger Ougaras, un chef de milice de Kabylie au service du bachagha Aït Ali. Il fut prit de doutes et de scrupules au dernier moment et renonça à sa mission qu’il confia à un autre. Des témoins qui l’ont approché gardent de lui le souvenir d’un jeune homme respectueux des autres, attentionné, sensible à la douleur et aux malheurs de ses compatriotes.

Boualem Touarigt

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