Le fils prodige de Achaâcha
Portrait du chahid Abdelkader Belarbi

Par Hassina AMROUNI
Publié le 17 fév 2019
Nous connaissons mal notre histoire et encore moins bien les hommes qui l’ont faite. Notre glorieuse Révolution a été portée par des femmes et des hommes qui, à leur corps défendant, ont affronté l’ennemi pour libérer le pays du joug colonial. Certains demeurent malheureusement peu connus de la génération postindépendance et le chahid Abdelkader Belarbi dit « Kaddour » en fait partie.
Abdelkader Belarbi dit Kaddour
Benyoucef Benkhedda
UGEMA

Originaire de Achaâcha, petit village de la wilaya de Mostaganem, Abdelkader dit Kaddour voit le jour le 9 janvier 1930 dans la ferme familiale sise à Ouled Hadj Belkacem. Son père Moulay Belarbi est le bachagha de Achaâcha. Le petit Kaddour grandit dans un milieu aisé, il fréquente dès l’âge de 6 ans l’école du village « Picard »
(aujourd’hui, Khadra) et lorsque cette dernière est fermée par l’armée, quelques mois plus tard, après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, son père l’inscrit dans d’autres établissements scolaires entre Ténès et Mazouna, villes proches de Achaâcha. A l’école, Kaddour est un petit prodige et c’est toujours pour ses excellents résultats scolaires qu’il fait parler de lui. En 1950, son bac math en poche, il rejoint l’université d’Alger où il s’inscrit en licence de droit. Lorsqu’il décroche son diplôme en 1954, il part à Paris pour préparer un doctorat en sciences politiques qu’il obtient deux ans plus tard. Durant cette période, il fréquente les milieux nationalistes et se forge une identité engagée. Après avoir adhéré aux organisations estudiantines et politiques auxquelles il apporte un soutien considérable, il rallie dans une prochaine étape le PPA-MTLD et devient, en même temps membre dirigeant de l’Association des étudiants musulmans de l’Afrique du nord (AEMAN) et son représentant à Prague et en Europe de l’Est.
De l’autre côté de la Méditerranée, la guerre de libération est à son acmé et les soutiens au combat du peuple algérien se manifestent de toutes parts. Tout aussi concernés voire impliqués dans cette nouvelle page d’Histoire qui s’écrit en lettres rouge sang, les étudiants de l’époque s’organisent et œuvrent au lancement de l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA). Kaddour Belarbi en sera membre fondateur et premier secrétaire général. Parmi ses compagnons de l’époque, il y a lieu de citer Belaïd Abdesselam, Lakhdar Brahimi, Reda Malek, Mohamed Seddik Benyahia, Lamine Khane, Mahmoud Mentouri, Allaoua Benbaâtouche etc.
L’activisme de Kaddour Belarbi ne passe pas inaperçu aux yeux des autorités coloniales. Etroitement surveillé, il quitte la capitale française, au lendemain de la grève des étudiants qui a eu lieu en mai 1956. Il retourne dans son village natal de Achaâcha, l’un des fiefs de la révolution et zone névralgique de la Wilaya V. Sur place et avec l’aide de son frère Hadj Habib, il rallie les maquis de l’ALN, rejoignant le secteur du colonel Othman. Ce dernier, découvrant le parcours de Kaddour, lancera à son frère Hadj Habib : « Ton frère est une personne encombrante pour moi, c’est un intellectuel et sa place est à l’étranger parmi les responsable politiques ». Quelques mois plus tard, suite à des liens d’amitié tissés avec le colonel Si M’hamed Bougara, il est muté à la Wilaya IV. Très vite, il devient l’un de ses proches collaborateurs.
Abdelkader Belarbi connu sous son nom de guerre « Si El Mehdi » est tombé en martyr en 1959 sur les monts de l’Atlas blidéen, pas loin de Chréa, selon les témoignages de ses compagnons de luttes. Quelque 48 chouhada seront eux aussi sacrifiés sur l’autel de la liberté, en ce jour funeste.
Lors d’un hommage rendu à cette grande figure de la révolution, organisé au forum d’El Moudjahid en 2005, des proches compagnons du chahid Abdelkader Belarbi ont apporté des témoignages précieux sur son parcours et sa contribution à la guerre. Belaïd Abdesselam a indiqué, à cet effet, qu’il avait eu l’occasion de « présenter Kaddour à Benyoucef Benkhedda, alors qu’il était de passage à Paris. Kaddour lui a parlé de ses activités en qualité de militant de la cause nationale. Notamment du fait qu’il était en contact permanent avec un sympathisant de la cause qui occupait un poste important au sein du Gouvernement général de la République française. Ce personnage, qui activait dans l’ombre, nous livrait des renseignements de premier ordre », ajoutant encore que ce fonctionnaire, après sa mutation au ministère de la Défense nationale, a continué à transmettre des documents de première main comme cette « liste de l’ensemble des officiers qui avaient pris part à la guerre d’Indochine. Ces derniers ont été chargés de travailler sur la guerre antirévolutionnaire, un concept plus connu sous le nom de guerre psychologique. Abdelkader avait à son tour transmis ces documents aux militants de la Fédération de France. Malheureusement, il me semble que ces derniers ne leur ont pas accordé l’importance voulue (…). Kaddour était un homme de grande qualité. Il a noué des relations avec les étudiants d’extrême droite française ce qui a permis d’éviter toute confrontation avec la communauté algérienne en France. »
Si El Mehdi est devenu chahid à l’âge de 29 ans. Si, aujourd’hui, à cet âge, les rêves les plus fous sont permis, durant la révolution, le seul rêve partagé par des millions d’Algériens était celui de la liberté. Une liberté qui a été chèrement acquise grâce au sacrifice de nos valeureux chouhada. Gloire à nos martyrs.

Hassina Amrouni

Source :
https://www.reflexiondz.net/HOMMAGE-AU-FILS-PRODIGUE-D-ACHAACHA-Le-Chahi...