Quand chlef naît sur les ruines de l’antique Castellum

Par Hassina AMROUNI
Publié le 26 fév 2014
Habitée depuis des milliers d’années, la région du Chélif a d’abord connu la présence des Berbères maures appartenant au royaume des Massaessyles puis, elle passera sous la domination de la Maurétanie césarienne, avant que s’y installent les Phéniciens.
Ruines du vieux palais à Ténès
Vestiges à Ténès
Porte de Ténès
Bab el Bhar
Orléans ville, Chlef actuellement
Orléans ville, Chlef actuellement
Le phare du Cap de Ténès

Ces derniers, réputés pour leur activité marchande établissent dès leur arrivée des comptoirs côtiers comme celui de Ténès-Carthenna (Carth signifiant cap et Thenna, étant le nom de la rivière qui traversait la région).  C’est sur l’actuel emplacement de la ville que les Romains établissent à leur arrivée, au cours du Ier siècle de l’ère chrétienne leur ville garnison, nommée Castellum Tingitanum. Après deux siècles de faste, la cité déclinera doucement, avant d’être transformée en décombres par un très fort tremblement de terre.
Au Ve siècle après J.-C., la région chélifienne constitue la principale composante du royaume indépendant Amazigh de l’Ouarsenis.

Arrivée des Arabes et naissance d’El Asnam

Au VIIe siècle, plus exactement entre 675/682 apr. J.-C. (53/62 l’hégire), les Arabes arrivent dans la région, sous le commandement d’Abou El Mouhadjir Dinar. Ils y trouvent de nombreuses sculptures sur pierres, parmi les ruines, d’où son appellation d’El Asnam. C’est d’ailleurs à cause de toutes ces statues, assimilées aux idoles païennes que les Arabes n’iront pas s’établir sur l’emplacement de l’antique Castellum mais dans la région. Cette dernière sera donc, tour à tour, habitée par les tribus Zenâta et Meghraoua principalement.
Vers 740, Maïssara El-Maghraoui, dans un acte de rébellion contre le pouvoir omeyyade, va déclencher une bataille qui sera connue sous le nom de « bataille des nobles » et, à la suite de sa victoire, il se proclame calife «Ghazwat El-Achraf».
En octobre 1016, Badis Ibn Mansour Ibn Bologhine fait subir à son oncle paternel, Hammad Ibn Bologhine, une honteuse défaite au cours d’une bataille engagée sur les bords de l’Oued Chlef.
En 1207, une autre bataille sanglante se déroulera dans la vallée du Chélif et va opposer le sultan almohade Nasser et Yahia Ibn Ghania l’aghlabide. Ce dernier subira un échec cuisant. Mais il restera dans la région du Chélif où il mourra en 1233, tué par Hamama. Trois ans plus tard, en 1238, les Hafsides parviennent à occuper le pays, y compris la région chélifienne qu’ils investiront à partir de 1312. 
Dès le XVe siècle, les Ouled Kosseir une des tribus Djouads (noblesse militaire) s’installent dans la vallée du Chelif, conduits par  Hamou El Kosseiri, non sans en avoir d’abord délogé les tribus berbères autochtones. Les Ouled Kosseir seraient des descendants des Beni Makhzoum (Khaled Ibn El Walid), une affiliation contestée par certains historiens qui considèrent qu'elle appartient à la confédération des Suwayd Ibn Zoghba des beni Hillal et seraient donc des cousins des méhals, une autre noblesse militaire. Bien implantée dans toute la vallée, cette tribu va acquérir encore plus de puissance et de richesse, allant même jusqu’à se soulever contre le bey d’Oran en 1774 pour une histoire d’impôts. La tribu occupera toute la vallée et bénéficiera même d’une grande indépendance vis-à-vis de l’autorité turque et ce, jusqu’à l’arrivée de l’occupant français. Ralliant ensuite la cause de l’Emir Abdelkader dans sa lutte contre le colonialisme français, les Ouled Kosseir se voient confisquée la plus grande partie de leur terres.

Arrivée des troupes françaises

Continuant leur progression à travers toute l’Algérie, les troupes françaises pénètrent dans la vallée du Chelif, le 16 mai 1843. Le général Bugeaud ordonne alors la construction d’une ville sur la rive gauche du Chelif. Culminant à 140 m d’altitude, la ville verra le jour sur l’emplacement de l’ancienne cité romaine, le lieu-dit El Asnam. Une fois bâtie, on lui choisit le nom d’Orléansville, en hommage à Ferdinand duc d’Orléans, fils du roi de France, décédé, une année auparavant dans un accident de voiture en France.
Terre inhabitée, la région de Chlef verra une ville prendre forme peu à peu. Les nouveaux maîtres des lieux utilisent pour cela des pierres et des matériaux provenant de la cité romaine.
En février 1854, par arrêté du ministre de l’Instruction publique et des Cultes des vicariats s’installent dans plusieurs villes dont Orléansville afin de répandre le christianisme au sein de la population autochtone. Cette dernière résistera contre les multiples tentatives d’évangélisation, voire d’acculturation jusqu’au 1er novembre 1954, date à laquelle le peuple algérien décide de prendre les armes pour mettre enfin un terme définitif à plus d’un siècle d’injustice.

Hassina Amrouni
Source :
Mohamed Tiab, historien du Cheliff in www.chlef.biz