Le maillon faible
Mohamed Khider

Par Fateh Adli
Publié le 08 avr 2019
Pionnier du mouvement national, Mohamed Khider accompagna toutes les phases décisives et cruciales vécue depuis la création de l’Etole nord-africaine, pour finir à la crise de pouvoir de l’été 1962, dont il était l’un des principaux protagonistes, en passant par le PPA auquel il adhéra dès 1934.
De g. à dr. :  Ait Ahmed, Khider, Hassani, Ben Bella et Amar Ouamrane
Mostefa Lacheraf

Mais c’est en tant que membre de la Délégation extérieure du MTLD, puis du FLN que Mohamed Khider s’est illustré. Avec Ahmed Ben Bella et Hocine Aït Ahmed, il constitua le triumvirat politique le plus homogène et le plus efficace de l’histoire du mouvement national, mais que les vicissitudes de l’Histoire vont malheureusement séparer à l’Indépendance. Ce politique né fut l’un des rares militants engagés pour l’indépendance de l’Algérie à avoir refusé la clandestinité, et à accepter de s’engager dans l’action politique légale, à travers le MTLD qui faisait, alors, office de vitrine politique du parti nationaliste. Ce qui lui permit vite de devenir député d’Alger en 1946 à l’Assemblée nationale française, où il occupa des postes importants. Mais cela ne l’empêcha guère de s’engager corps et âme aux côtés des militants dits «radicaux», favorables dès le départ à la lutte armée. Et c’est à ce titre qu’il assistera à la fameuse réunion du Comité central à Zeddine qui entérinera, comme on le sait, l’option de la lutte armée, par la création de l’Organisation Spéciale.
Homme politique, mais aussi d’action, il prit part, en 1949, au plan de braquage de la poste d’Oran, avec ses «inséparables» compagnons de lutte : Ben Bella et Aït Ahmed. Suspecté par les autorités coloniales, il décida de quitter la France en 1951 pour Le Caire, où étaient déjà exilés de nombreux militants nationalistes algériens.
Après avoir été, un court moment, adjoint de Chadli Mekki, responsable de la section algérienne du bureau du Maghreb (qui regroupait les partis nationalistes algérien, tunisien et marocain), il lui succéda en tant que représentant du MTLD. Et c’est en Egypte, que Hocine Aït Ahmed et Ahmed Ben Bella, eux-mêmes pourchassés par la police coloniale, vont rapidement le rejoindre pour former avec lui une solide équipe qui fera date dans le déploiement politique et diplomatique de la Révolution algérienne.
Dès 1954, Khider participera à la création du Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA), qui devait annoncer le déclenchement de l’insurrection armée pour le 1er Novembre de la même année, tout en intensifiant son activisme diplomatique à travers les capitales arabes et européennes. Et c’est investi de la confiance de ses compatriotes qu’il rencontra, en 1955, un envoyé du premier ministre français Guy Mollet, pour ce qui est aujourd’hui considéré comme la première négociation réelle entre le gouvernement français et les représentants de la Révolution algérienne.
Durant les deux premières années de la guerre, Khider et ses deux coéquipiers formaient, à eux seuls, un véritable corps diplomatique au service de la Révolution. Cet élan fut brusquement stoppé à la suite de son arrestation dans un détournement d’avion, le 22 octobre 1956, avec ses quatre compagnons Aït Ahmed, Ben Bella, Mostefa Lacheraf et Mohamed Boudiaf. A la création en 1958 d’un gouvernement provisoire, Mohamed Khider sera nommé, au même titre que ses codétenus, ministre d’Etat, en signe de reconnaissance pour son poids et son influence politiques.
A l’Indépendance, Mohamed Khider surprendra tout le monde en s’alliant avec le tandem Ben Bella-Boumediene, qui prit le pouvoir dans des conditions contestées alors notamment par le GPRA et certains chefs de wilayas de l’intérieur. Mais on lui reconnait aujourd’hui sa perspicacité, son sens de la politique et, surtout, le mérite d’avoir réussi, à la tête du Bureau politique du FLN, à éviter l’aggravation des fractures qui menaçaient alors de plonger le pays dans la guerre civile.
Encore une fois, on fait appel à ses dons de négociateur et de fin politique pour prendre part aux pourparlers entre le Bureau politique du parti et ses adversaires des Wilayas III et IV, pour essayer de trouver un terrain d’entente. Sur le terrain, Khider fut à la tête de la campagne de sensibilisation menée à Alger contre les affrontements fratricides par les partisans du Bureau politique, tout en poursuivant son travail de structuration du parti à travers des «comités électoraux» et des «comités de vigilance».
Son alliance avec Ben Bella ne durera pas longtemps, puisque dès le début 1963, il claque la porte du parti à la suite de divergences avec son ancien compagnon qu’il accusait ouvertement de «dérive autocratique». Sa démission porta un grand coup à la crédibilité du gouvernement fraichement installé, et brisa la confiance qui avait été laborieusement conquise. Elle fera bientôt des émules, puisque le président de l’Assemblée nationale, Ferhat Abbas, le suivra deux mois plus tard, en même temps d’ailleurs qu’Aït Ahmed qui, lui, attendait le moment propice pour porter l’estocade au pouvoir de Ben Bella.
Craignant pour sa vie, Mohamed Khider prend rapidement le chemin de l’exil, en choisissant de s’établir en Espagne. Mais, quatre ans plus tard, il connaitre une fin tragique, puisqu’il sera assassiné le 3 janvier 1967 à Madrid, dans des conditions mystérieuses.
Adel Fathi