Le clash avec l’intérieur

Par Fateh Adli
Publié le 08 avr 2019
Les membres de la Délégation extérieure du FLN ont toujours focalisé sur eux les regards des chefs de l’intérieur. Ils sont tour à tour sollicités, notamment pour les armes, enviés, pour le train de vie qu’ils sont supposé avoir mené dans les capitales étrangères, alors qu’en réalité, ce n’est pas toujours le cas, et accusés aussi d’avoir abandonné les maquis, lorsque les moudjahidine venaient se plaindre du manque d’armes et de ressources, allant jusqu’à menacer d’arrêter le combat, comme cela fut le cas du chef de la Wilaya IV, le colonel Si Salah Zamoum.
Si Salah Zamoum
Abane Ramdane au congrès de la Soummam
Krim Belkacem
Ahmed Mahsas
Mohamed Khider

L’histoire de la révolution regorge de séquences où l’intérieur est mis aux prises avec l’extérieur et qui ont parfois tourné au vinaigre ou nourri des rancunes tenaces, à l’image de cette rivalité légendaire entre Abane Ramdane et Ahlmed Ben Bella. Pour ceux qui y voient l’expression d’une lutte de clan sur fond de course au pouvoir, le «clash» entre ces deux grands dirigeants de la Révolution cristalliserait un schisme bien plus profond entre deux visions politiques diamétralement opposées. La première est formulée par l’homme de la Soummam à travers sa fameuse devise adoptée par le congrès, et même officiellement par les instances qui en sont issues : «la primauté de l’intérieur sur l’extérieur». Les partisans de la deuxième vision, tout en émettant des réserves sur les conclusions des assises du 20 août, soupçonnaient les dirigeants de l’intérieur, et plus particulièrement Abane Ramdane, de vouloir organiser une «OPA» sur la Révolution, à l’effet d’imposer des choix organiques et idéologiques qui seraient loin d’avoir le consensus de tous les responsables et d’instaurer une direction hégémonique. C’est ainsi que Ben Bella et ses partisans, à l’image d’Ahmed Mahsas, ne se gênaient pas d’accuser Abane de nourrir des ambitions de pouvoir, faisant fi du caractère collégial de la direction. Certains sont même allés jusqu’à justifier l’assassinat d’Abane. Dans des déclarations à la presse, le premier président de l’Algérie indépendante affirme n’avoir jamais voué de la haine envers Abane, mais tente de justifier son exécution en 1957. « Je préfère Krim Belkacem à Abane Ramdane, a-t-il expliqué, mais pas au point de justifier son assassinat.» Et d’ajouter : « Je ne défends pas le groupe qui a tué Abane Ramdane, mais ils avaient dit à l’époque que s’ils ne le tuaient pas, lui, allait les tuer.»
C’est donc tout naturellement que la confrontation a été plus directe entre le responsable le plus en vue et aussi le plus audacieux du front de l’intérieur, Abane Ramdane, et le représentant le plus emblématique de la Délégation de l’extérieur, Ahmed Ben Bella. Mais comme l’explique un des compagnons d’Abane Ramdane, Mabrouk Belhocine dans son livre témoignage : Le courrier : Alger-Le Caire 1954-1956, les divergences de vues entre ces deux piliers de la Révolution peuvent s’expliquer par le facteur géographique. «Il est évident que des responsables d’un même mouvement, séparés géographiquement de 500 kilomètres, sont politiquement à des années-lumière les uns des autres, ceux qui sont dans la gueule du loup et ceux qui n’y sont pas», écrit-il.
En effet, Abane a toujours accusé Ben Bella et les autres membres de la Délégation extérieure (Mohamed Khider et Hocine Aït Ahmed notamment) d’être restés coupés de la réalité du terrain. Ces derniers avaient quitté l’Algérie dès le début des années cinquante, pour s’installer au Caire où ils siégeaient au bureau du Maghreb arabe, aux côtés des représentants des partis nationalistes tunisien et marocain, avant de représenter le MTLD, puis le FLN au déclenchement de la lutte armée. Abane leur reproche même de militer seulement pour l’« autodétermination » de l’Algérie. Dans une lettre datée du 15 mars 1956, il leur signifia clairement la position du front de l’intérieur : «Nous avons rayé de notre vocabulaire les expressions « peuple à disposer de lui-même » « auto-détermination » etc. Nous n’usons que du vocable «indépendance» alors que vous nous parlez très souvent d’autodétermination».
Les membres de la Délégation extérieure se sont, eux, toujours défendus de vouloir «brader» l’indépendance de l’Algérie, mais ne comptaient pas céder sur la « légitimité » que leur conférait « le contrat moral » qui existait entre les neuf chefs historiques qui ont préparé et proclamé l’insurrection armée contre l’occupation française.
Les divisions entre les deux camps se sont envenimées à la suite de la tenue du congrès de la Soummam, le 20 août 1956, même si Ben Bella et ses compagnons étaient, à cette époque, en prison, en France, à la suite de leur arrestation dans le célèbre détournement de l’avion.
Le schisme s’est aggravé avec l’affaire Mahsas, un homme de confiance de Ben Bella. Traqué par les hommes d’Abane, Mahsas s’est enfui en Europe et rien n’a pu réconcilier les «frères ennemis».
La rivalité va s’aiguiser et prendre une forme plus sanglante à la proclamation de l’Indépendance. Le clash entre le GPRA et l’armée des frontières, d’un côté, et la confrontation avec les wilayas de l’intérieur, de l’autre, vont installer un climat de méfiance qui ne s’est jamais assaini.

Adel Fathi

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