Frères de sang, frères de guerre
Les Melzi

Par La Rédaction
Publié le 07 avr 2015
Ils sont cinq frères à avoir embrassé le militantisme révolutionnaire dès leur jeune âge, ce sont les frères Melzi. Deux d’entre eux, Allel et Salah vivent encore et ont reçu une équipe de « Mémoria » chez eux, à Hydra, au Djnane Nefissa El Haroual, ex- chemin de la Madeleine pour évoquer leurs souvenirs durant le mouvement national et leur participation ainsi que celle de leurs défunts frères Mohamed, Chafik et Youcef. Allel du haut de ses 90 ans, se rappelle comment il a été enrôlé dans l’Organisation spéciale (OS) pour devenir chef de groupe. A part, Youcef qui était apolitique, selon Salah, mais militaire, les autres frères militaient au sein du MTLD créé par Messali Hadj, en 1947.
Salah Melzi à gauche et son frère Allel dans la maison familiale
En médaillon, Mohamed Melzi, condamné à mort
Chahid Melzi Chafik
Salah Melzi relisant ses mémoires
Allel Melzi
L’un des procès concernait une
Salah Melzi montrant la photo de son frère Chahid Youcef
Chahid Youcef Melzi
Chahid Youcef Melzi

« Messali nous a appris que l’indépendance ne se donne pas, ne s’achète pas, elle s’arrache …. », ont-il dit dans un document retraçant leurs actions de Moudjahidine, dès le déclenchement de la lutte de libération nationale, par le groupe des 22,  en 1954.  « Les premières bombes qui ont éclaté dans les colis postaux en 1955, à El Biar et ses environs,  ont été déposées par le responsable des Fidayine et membre du PPA /MTLD/OS, sous le nom de « Bataillon de la mort  » par Khider Ali dit : « Shlofen ». Le contacte périodique était dans la propriété Melzi à Hydra. Un domaine  de plusieurs hectares, une grotte souterraine qui servait de cache d’armes et d’engins explosifs artisanaux et un tunnel souterrain de plusieurs kilomètres que les Fidayine empruntaient pour leurs déplacements secrets ». Et les frères survivants de poursuivre que «plusieurs personnalités  ont fréquenté ce lieu  dont Mostefa Benboulaid, Ben M’hidi, Rabah Bitat, Hadj Belkacem Zinaï dit El Beidaoui, El Arbi Tébessi, Mohamed Boudiaf, Mourad Didouche …etc.… », En fait leur maison d’El Biar était le refuge des dirigeants de la Révolution avant son déclenchement. Ces personnalités étaient recherchées par la police pour leurs actions au sein de l’OS. «Je faisais partie d’un groupe de choc chargé d’opérer dans le centre d’Alger et dans  les environs d’El Biar. A cette époque, nous n’avions pas d’armes et encore moins d’explosifs. C’était difficile, bien sur mais toute les peines du monde réunies n’auraient pas pu décourager l’Algérien digne de ce nom…. », témoignait  l’ancien condamné a mort Mohamed Melzi, décédé il y a quelques années et cité par ses frères Salah et Allel. « 16 Fidayine appartenaient au groupe de choc chargé d’opérer dans le grand Alger, à leur tête Khider Ali, les frères Melzi  Mohamed, Chafik, Allel et Salah, Diaf Ali, Toumi  Ali, Slimani Ahmed, Melouah Louanes, Hamou Guelti, Laaroussi Abdelkader, Zegli Ahmed , Lounis Khodja, Medjira Rezki , Brik Amar, Chadouli Aissa. Evoquant les attentats qui ont étés commis,  pendant plusieurs mois à El Biar et ses environs, Salah précise qu’une bombe a été lancée dans le garage de CFRA où il y avait un cantonnement de CRS, l’attentat était commis par Allel Melzi, Amar Brik et Louanes  Melouah. Entre temps, il y a eu des coupures de poteaux des lignes téléphoniques. « On sciait les poteaux un à un, depuis le sol et puis, il  suffisait de pousser l’un d’eux pour que toute la série, chute », explique Salah.
« La 2ème action a été perpétrée contre des voitures qui ont été incendiées. Cette action était préparée par Louanes Melouah, Lounis Khodja, Rezki Medjira ; il y a eu 11 voitures brulées et cela suite à la saisie par la police, de la voiture du parti, une traction qui se trouvait dans la propriété Melzi », explique Salah.
« La 3ème action, ajoute-t-il,  était commise au carrefour de Ben Aknoun, où étais amassés plus de 200 poteaux flambant  neufs, qui servaient à remplacer les poteaux qu’on coupait. « La 4ème action s’est faite sur un transformateur de gaz situé aux Tagarins d’Alger,  où il y’a eu un incendie. L’opération devait toucher une bonne partie des gardes  mobiles qui se trouvent  en face du fort l’empereur », dit-il encore.  « La 5eme action était commise sous la responsabilité de Chafik Melzi. Il s’agit d’une bombe déposée au hublot de la mairie d’El Biar par Ali Diaf,  son arrestation fut immédiate avec tout le réseau. Allel Melzi qui réussit à prendre la fuite, rejoindra les maquis en Kabylie. Il sera arrêté 18 mois plus tard à son domicile où il était gravement malade. Allel avait fait ses armes au sein de l’OS. Au tribunal permanent des forces armées d’Alger, les 16 militants  seront jugés après de longues tortures, y compris supplice en mer et injection de sérum de vérité pour Chafik, raconte Salah. Les frères Melzi Chafik, Mohamed, Salah et Brik Amar seront condamnés à la peine capitale, travaux  forcés  pour les autres, selon les journaux colonialistes de l’époque dont des vielles unes sont encore jalousement conservées chez les frères, en guise de souvenir. L’avocate, maitre  Nicole Dreyfus, les défendait. Elle souligne « la dignité d’attitude » des 16 accusés qu’elle défend. « C’est au nom de la fraternité humaine qu’elle entend prendre la parole. Ses clients sont des hommes courageux qui reconnaissent leurs responsabilités, elle rend hommage à l’attitude fière et humaine des accusés qui pour la plupart ont reconnu l’aspect moral de leur organisation politique », rapportait pour les enfoncer, le journal d’Alger en mars 1957.  Les avocats ayant terminé leurs plaidoiries, le président du tribunal demande une ultime fois aux accusés s’ils ont quelque chose à ajouter. « C’est alors que Chafik Melzi déclare:
« Messali nous a appris que l’indépendance ne se donne pas, ne s’achète  pas, elle s’arrache, je suis près à mourir pour que vive ma patrie.» Quant à Brik Amar, il dit: « J’ai lutté, je lutterai, et si on me relâche, je lutterai jusqu’ à la dernière goutte de mon sang», s e souvient Allel Melzi de son compagnon. Ce courage Chafik Melzi l’a toujours eu, indique ses frères. Lors de son procès déjà,  il défia le juge Paul Caterino, se souvient Salah, qui raconte la discussion houleuse entre les deux hommes. Face au juge qui lui demandait pourquoi les Melzi étaient contre la France et en la présence de maitre Bentoumi, Chafik a répondu : « nous sommes contre le colonialisme. » Le juge : « Vous dites cela, mais en vérité, vous êtes contre la France. » Chafik : « Non, des Français sont avec nous. » Le juge : « Les arabes aussi sont des colonisateurs, ils ont été en Espagne 7 siècles, n’est-ce-pas ? ». La réponse de Chafik est cinglante: « Oui, sont-ils sortis ? » Le juge : « Avec un coup de pied, oui ». Et Chafik d’asséner: « La France aussi sortira par un coup de pied », en tapant du pied. Le juge demande alors comment les militants comptent procéder pour faire sortir « une armée régulière, puissant ». Chafik lui explique: « nous faisons des embuscades, nous tuerons vos soldats et récupérerons leurs armes avec lesquelles nous tuerons d’autres soldats. » Le juge dit alors à Chafik : « je vois que vous avez beaucoup de courage et un sourire à la bouche quand vous parlez.  J’espère que vous aurez le même sourire le jour de votre exécution ! ». L’avocate  anticolonialiste, Nicole Dreyfus, (1924 – 2010), témoigne, en 2006, dans un colloque, à Toulouse, sur ce procès « J’ai le souvenir d’une période particulièrement douloureuse, en mars 1957, en pleine période de la «Bataille d’Alger», où, mandatée par Pierre Stibbe, j’ai eu à défendre devant le tribunal militaire siégeant dans la Cour d’assises d’Alger, présidé par le juge Roynard, trois affaires en une semaine, dans lesquelles il a été prononcé, au total, neuf condamnations à mort.
L’un des procès concernait une quinzaine de prévenus, tous militants indépendantistes, anciens membres du MTLD, dont plusieurs n’étaient pas forcément membres du FLN, et qui n’étaient accusés d’aucun attentat. Quatre d’entre eux ont été condamnés à mort, dont les frères Melzi, Chafik, Mohamed et Salah, que je défendais, bien que les inculpations qui pesaient sur eux ne méritaient pas, aux termes du Code pénal, la peine capitale. Signe de la manière dont une grande partie des Européens d’Algérie considéraient notre travail d’avocat, Le Journal d’Alger a publié en première page de son numéro annonçant le verdict une caricature me représentant aux côtés de ces trois frères condamnés à mort. Le Journal d’Alger du 14 mars 1957 fait état de huées, de sifflets et de vociférations du public qui interrompt la plaidoirie et de ses applaudissements aux propos du président du tribunal militaire ». Le 9 octobre 1957 Chafik  Melzi quitta pour toujours  le couloir de la mort, lorsque les gardiens appellent Bourenane et Melzi, nous étions 3 frères Melzi dans la même cellule, nous nous sommes regardés mais, mon grand frère Chafik m’a devancé, « Laissez c’est pour moi » Et les gardiens m’ont claqués la porte au nez. Raconte Salah,  Sur son chemin vers la guillotine il cria : « Allah Akbar ! »  « Tahia El Djazair ! ». Trois exécutions à l’aube ont eu lieu ce matin-là, raconte Salah : Kab abderrahmane, Mohamed Bourenane et Chafik Melzi. Il avait 28 ans. « A chaque exécution on faisait un bruit assourdissant avec nos gamelles  pour réveiller les autres frères, pas question qu’on emmène l’un des nôtres pendant son sommeil ! De l’autre coté de la prison de Serkadji, les femmes de la Casbah lançaient des youyous.  Une solidarité absolue. Nous étions victimes d’une véritable guerre psychologique, tous les jours on entendait le son de la lame tranchant le cou de nos frères, de mon propre frère. Ce courage là nous le devons à notre mère  qui tout le temps  nous soutenait et nous lançait : « Echeda fe allah, ya ouledi  » témoigne Allel. Le 19 juin 2014, lors d’une rencontre marquant la journée des condamnés à mort, Salah racontait les conditions de vie des prisonniers à Serkadji. Ses propos sont rapportés par le Temps d’Algérie. « Parqués ensemble, à trois ou à quatre, dans de minuscules cellules, ils attendaient la mort dans des conditions insoutenables», se rappelle Salah.
 « Victimes d’une véritable guerre psychologique, les condamnés à mort pouvaient se rendre compte qu’il allait y avoir une exécution à l’aube. Cette nuit-là, les gardiens ne nous rencontraient pas. Les guichets et les petites portières par lesquelles on nous glissait les gamelles, étaient fermés. Des rideaux cachant «la scène» étaient dressés .On entendait pénétrer le camion transportant la guillotine que la prison louait chez un particulier, un certain Meissonnier d’El Biar. Ce soir, on empêchait les frères des autres cellules de s’endormir. On tapait sur les robinets de façon à créer des vibrations assourdissantes dans les conduits d’eau. Pas question qu’on emmène l’un des nôtres à la guillotine dans son sommeil, de fatigue ou de maladie», raconte Salah. « Certains pouvaient s’assoupir. Les conditions de détention étaient telles que nous avions entamé un mouvement de grève de la faim. Nous étions des condamnés à mort. La décence aurait voulu qu’on nous accorde au moins le droit à de la bonne bouffe ! On nous a ramené les CRS. On nous faisait manger de force, nous lavait et rasait de force. Mais cela a fini par payer et nos conditions ont été légèrement améliorées », se souvient-il. En 1958, le plus jeune de nous, Youcef Melzi tomba au champ d’honneur à la frontière ouest du pays les armes à la main, après avoir déserté son service militaire où il était commando parachutiste en emportant armes et munitions, raconte Salah, qui dit avoir cherché en vain, où mourut son frère pour l’indépendance du pays. « Les parachutistes sont venus chez nous. Ils ont vu la photo de Youcef dans un cadre accroché au mur. Mon père leur a expliqué que son jeune fils était dans l’armée. Ils ont salué reconnaissants. Ils sont revenus le lendemain, après avoir vérifié et appris sa désertion. Ils ont alors brisé le cadre et roué de coups mon père avant de l’arrêter pour ensuite le libérer grâce à une intervention.   
  
Mohamed Lamine


GUERRE DE LIBERATION

Repère et Symbole

Le 1er novembre 1954

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MEMOIRE
UNE VILLE, UNE HISTOIRE