Un putsch en cache un autre !

Par Fateh Adli
Publié le 03 sep 2019
De tous les témoignages publiés ou diffusés sur le mouvement du 19 juin, celui du colonel Tahar Zbiri, ancien chef d’état-major, est sans doute le plus précieux et le plus implacable, parce que venant d’un homme qui fut au cœur des événements et qui était physiquement et politiquement associé à toutes les étapes de l’opération, avant de se retourner, à sa façon, contre le maitre d’œuvre.
1- Tahar Zbiri. 2- Khelladi Noureddine
1- Tahar Zbiri. 2- Bentoumi ministre de la justice. 3- Djamel Abdennacer.  4- Mohand Oulhadj. 5- Chaâbani. 6- Amar Mellah. 7- Hocine Saci

Connaissant son caractère de fonceur, Boumediene l’a chargé de mener la mission. Il l’a fait accompagner par le chef des unités de la sécurité, Ahmed Draïa, un ancien de la Base de l’Est. Il emmenait aussi avec lui Saïd Abid et une quinzaine de soldats, des chefs de bataillon de l’Ecole de Cherchell.
Arrivés dans la nuit à la Villa Joly où résidait Ben Bella, le colonel Zbiri et ses compagnons n’ont trouvé aucune difficulté pour mettre à exécution leur plan. «La sécurité au niveau de la porte d’entrée de la villa, témoigne Tahar Zbiri, était sous la responsabilité de Draïa. Tout a été fait pour mettre en place des hommes sûrs à l’heure du changement de brigade, vers 21h. Je connaissais bien les lieux. Nous montons à l’étage où se trouve Ben Bella. Je tape à la porte. Il me dit : « Qui est-ce ? », je lui dis : « C’est Tahar Zbiri. Si Ahmed, tu n’es plus président de la République’’.»
Ben Bella entrouvre la porte, il ne semblait pas du tout surpris.
« Pourquoi tous ces casques et ces masques, tu aurais pu venir seul avec Saïd Abid et je vous aurais suivi où vous voulez», lança-t-il à Zbiri, en faisant allusion aux soldats qui accompagnait les deux officiers supérieurs. Et Zbiri de lui rétorquer, très respectueusement : «Si Ahmed, ils sont là pour notre protection à tous ! »
Tahar Zbiri traitera Ben Bella avec autant d’égard, lorsque celui-ci lui demanda de l’attendre pour se changer : « Bien sûr, change-toi et viens avec nous fi amen Allah ».
La suite de l’opération fut confiée au futur patron de la police, Ahmed Draïa, qui a conduit le chef d’Etat dans un lieu de détention situé à Hydra. « Pendant ce temps, raconte Tahar Zbiri, Boumediene, comme le dit l’expression populaire, tenait son ventre, ne sachant pas si ça allait marcher. Je fais vite de l’appeler pour lui dire : la mission est terminée. J’ordonne de placer quelques chars un peu partout dans la capitale ». Les « putschistes » craignaient un soulèvement, vu la popularité de Ben Bella. Mais il n’y a pas eu de gros incidents. «Si le peuple avait réagi, aucun de nous ne serait resté vivant», lâche encore Tahar Zbiri quarante ans après ses événements.
Le destin a voulu que le principal «homme de main» de Boumediene dans cette opération périlleuse fasse dissidence et essaie, à son tour, de le renverser, avec d’autres moyens. Il reproche au nouveau Président qu’il a aidé à s’introniser, de vouloir reproduire le même modèle de pouvoir autocratique.
Voici ce qu’il dit dans ses mémoires : « Contrairement à une certaine idée reçue, le mouvement du 14 décembre 1967 n’a jamais été une tentative de coup d’Etat, parce que tout simplement nous ne visions pas à évincer Boumediene du pouvoir ; mais notre objectif principal était de faire pression sur lui pour rétablir la légitimité du pays, après avoir failli à ses engagements dès l’aboutissement du redressement révolutionnaire que nous avions mené ensemble contre Ben Bella, le 19 juin 1965, avant que je découvre que Boumediene tentait de reproduire le même pouvoir personnel qui caractérisait le règne de son prédécesseur. Nous nous sommes rendu compte que tout ce que nous avion fait c’est que nous avons déboulonné un dictateur pour lui substituer un autre. Et cela était contraire à l’esprit de direction collégiale institué par les précurseurs de la révolution (Benboulaïd et ses camarades)».
Thar Zbiri en veut aussi à Boumediene d’avoir privilégié les officiers déserteurs de l’armée française, qui constituaient un noyau dur au sein de l’armée, et dont l’influence ne cessait d’augmenter au détriment des anciens de l’ALN et des officiers issus des écoles militaires des pays de l’Est, et qui étaient utilisés par Boumediene dans ses guerres contre les chefs de wilayas historiques, parmi lesquels le dernier chef de la Wilaya I, le colonel Tahar Zbiri.
Dans son ouvrage, Zbiri affirme n’avoir jamais été tendre avec son ex-président sur son « penchant autocratique». Il le lui a dit un jour en ces termes : « On ne s’est pas débarrassé du pouvoir de Ben Bella pour reproduire le benbéllisme ! » Le jugement est sans appel. « La raison principale qui nous avait poussés à destituer Ben Bella, malgré tout le poids politique, historique et symbolique dont il jouissait, explique Tahar Zbiri, c’était justement sa propension à régner sans partage. C’est vrai qu’on lui reprochait aussi, entre autres, son improvisation, ses tentatives de déstabiliser la cohésion de l’armée, et la concentration de pouvoirs. Et voici Boumediene qui nous ramène à la case zéro et reproduit les mêmes errements. C’est pourquoi, nous avons mis Boumediene, à cause de cette « dérive », devant des choix difficiles. Malgré nos démarches sincères pour résoudre ces problèmes dans un cadre fraternel, il ne voulait pas écouter la voix de la sagesse, et nous a entrainés dans ce que nous redoutions et évitions avant la chute de Ben Bella ».

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