Porteurs de valises et d’espoir

Par La Rédaction
Publié le 20 sep 2015
Les porteurs de valises sont ces Français anticolonialistes qui aidèrent le FLN à travers des réseaux qu’ils mettent en place, surtout à financer la Révolution algérienne. Le plus connu était le réseau Jeanson fondé par le philosophe Francis Jeanson (1922-2009). Fondé le 2 octobre 1957, au terme d’une réunion clandestine, le réseau Jeanson se chargera jusqu’à son démantèlement par les services français en février 1960, à transporter, à héberger en secret les militants du FLN, les armes et les fonds collectés auprès de la communauté algérienne en France et en Europe.
Le philosophe Francis Jeanson (1922-2009)

Ces fonds sont réunis, comptés et mis dans des valises pour être transportés en Suisse par ces Français courageux et engagés dans la cause algérienne, avant d’être livrés aux sièges de la Révolution en Tunisie, au Maroc et au Caire. Le réseau qui comptait quelque 80 engagés dont une soixantaine de femmes, appartenant aux milieux médiatico-intellectuel, chrétiens de gauche, trotskistes et syndicalistes, se chargeait également de préparer de faux papiers d’identité faits par « l’excellent » faussaire anticolonialiste, Adolfo Kaminsky, aux militants pour pouvoir circuler librement sans être découverts. Jeanson et ses camarades engagés auprès du FLN étaient qualifiés de « traîtres » en France et naturellement honnis comme tels surtout, par les partisans de l’Algérie française. Ce fut l’écrivain français, Jean-Paul Sartre, dont Jeanson était un disciple, qui surnomma ces militants anticolonialistes de « porteurs de valises ». Peu avant le déclenchement de la Révolution algérienne, Jeanson, « le futur partisan de la révolution algérienne fait le pont entre les revues Les Temps modernes et Esprit, ainsi qu’avec les éditions du Seuil, lui-même étant un collaborateur de ces trois maisons », relèvent ses proches. Ces trois maisons regroupaient des écrivains anticolonialistes. C’est ainsi, qu’en 1955, Jeanson et sa première épouse Colette, publient L’Algérie hors-la-loi, une virulente critique du colonialisme, qui allait renforcer leur engagement aux côtés des révolutionnaires algériens. Lorsque Jean Lacouture, journaliste, évoque la naissance du réseau de soutien au FLN, il dit de lui, que «Francis Jeanson est passé de l’autre côté : c’est par lui que le scandale – glorieux – est arrivé ». En 1956, une année avant la création du réseau de soutien, Jeanson et son épouse aidaient déjà clandestinement le FLN, se chargeant de l’hébergement de ses responsables en France, comme le second dirigeant de la Wilaya VII, Salah Louanchi. « Il lui arrive, ainsi qu’à d’autres militants algériens, de passer la nuit dans l’appartement que Francis et Colette ont loué au Petit Clamart. Il demande aussi certains menus services : par exemple d’être conduit en voiture d’un endroit à un autre », révèlent les historiens Hervé Hamon et Patrick Rotman dans leur livre paru en 1979, Les Porteurs de valises. Alors que la guerre battait son plein en Algérie, les exactions des parachutistes contre les militants du FLN s’amplifiaient, dénoncées en France par les milieux anticolonialistes. En ces années-là, les actions de masse sont menées « contre la guerre des soldats rappelés, des trains bloqués, des militants couchés sur les voies. Et aussi, de nombre de ces rappelés, qui, dans les djebels, ont fait de la résistance et ont subi, de ce fait, une répression sauvage des cadres militaires ». On assista au « refus de combattre » les Algériens. Les engagements de personnalités dans le réseau Jeanson se multiplient au point que son fondateur confiait que « si nous avions pu passer des petites annonces, nous aurions refusé du monde ». Parmi les personnalités connues figurent, outre les Jeanson, Hélène Cuenat, Dr. Chaulet et sa femme Anne-Marie, Jacques Charby, les prêtres de la Mission de France: Abbés Pierre Mamet, Robert Davezies, les comédiens Paul Crauchet, André Thorent, Jacques Rispail, François Robert, Serge Reggiani, Catherine Sauvage, l’écrivain Georges Arnaud, Georgina Dufoix, Paul-Marie de la Gorce, Michel Rocard, Jean Daniel, Henri Curiel et son épouse Rosette, Hervé Bourges, Henri Alleg, Françoise Sagan, Jacques Verges, l’éditeur François Maspero, Pierre Vidal-Naquet. Lorsque les principaux animateurs du réseau sont arrêtés en février 1960, Jeanson réussit à échapper aux mailles des filets de la DST, et quitte la France. Il est remplacé par Curiel qui poursuit la mission jusqu’à son arrestation en octobre 1960. Ce sera Georges Mattei, autre militant anticolonialiste et anti-guerre d’Algérie, qui prendra la relève jusqu’à la fin de la guerre. Le procès des 18 Français membres du réseau et des 6 militants algériens arrêtés qui s’ouvre le 5 septembre 1960, allait permettre à la vingtaine d’avocats qui les défendaient, de faire le procès du colonialisme. Parmi leurs défenseurs, Jacques Vergès et Roland Dumas, ancien ministre français des Affaires étrangères, utilisèrent le procès comme une tribune qui allait sensibiliser l’opinion française et internationale sur la guerre d’Algérie. Malgré le lourd verdict prononcé par le tribunal à l’encontre des principaux meneurs, la cause était entendue, d’autant que 121 intellectuels, personnalités de gauche publiaient le Manifeste des 121, soutenant l’engagement des accusés et dénonçant l’envoi de soldats faire la guerre en Algérie. 15 des inculpés sont condamnés à 10 ans de réclusion criminelle, peine maximum pour « haute trahison », dont Jeanson par contumace, 3 d’entre eux écopent de 5 ans, 3 autres de 8 mois et 9 sont acquittés.   
Mohamed Lamine

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