Accueil La fin des six historiques

Par Fateh Adli, sep 2013.

Le plus chanceux des Six

Rabah Bitat

Il est le seul membre du groupe des « Six » historiques à avoir échappé à une fin tragique, puisqu’il est mort des suites d’une maladie. Rabah Bitat s’est dès le début de l’indépendance choisi la voix de la raison et du militantisme pacifique, en refusant de s’impliquer dans les jeux de pouvoir, en se limitant à aider le nouvel Etat en construction à s’enraciner et à s’émanciper, alors que, de par sa stature d’historique et de fondateur du FLN et de son aura de chef révolutionnaire, il aurait pu aspirer à des postes de responsabilité plus importants que ceux qu’il a eu à occuper durant la période postindépendance. Rabah Bitat a eu un parcours atypique, exceptionnel, mais si peu connu du grand public. Né le 19 décembre 1925 à Aïn El Kerma (à quelque 50 kilomètres de Constantine) dans une famille modeste, Rabah Bitat a fait ses études primaires à Constantine, avant de suivre une formation professionnelle qui lui permit de travailler pour subvenir aux besoins de sa famille. Son éveil nationaliste le poussa à adhérer, dès l’âge de 17 ans, au PPA, dans lequel il fit preuve de grandes qualités d’organisateur et de son sens de l’initiative. C’est en tant que responsable de quartier qu’il prit part aux manifestations du 8 mai 1945 à Constantine. Après cette période, il rejoint le MTLD (vitrine légale du PPA), avant de s’en démarquer rapidement, lui et beaucoup de militants dits « radicaux », à cause du conflit avec Messali Hadj et les « centralistes ». Et c’est tout naturellement qu’il se retrouvera au sein de l’organisation paramilitaire, l’Organisation spéciale (OS), dont il sera membre actif et un responsable dès 1948. Il n’avait alors que 22 ans. C’est à cette période qu’il fait la rencontre de ses futurs compagnons de lutte, à savoir notamment Mohamed Boudiaf, Didouche Mourad, Larbi Ben M’hidi, Mustapha Benboulaïd, Souidani Boudjemaâ, Lakhdar Bentobal, Abdelhafidh Boussouf et d’autres.
Recherché par les autorités coloniales pour ses « activités subversives », il fut condamné le 30 juin 1951 par le tribunal correctionnel d’Annaba à cinq années d’emprisonnement et à dix années d’interdiction de séjour, mais il échappa à la vague de répression qui s’était abattue sur les militants nationalistes, à la suite de la découverte et du démantèlement de l’OS. Ce qui l’obligea à entrer dans la clandestinité et à rejoindre les maquis de la région de Mila. Il se refugia dans les Aurès où il retrouva des compagnons du Nord-Constantinois, tels que Lakhdar Bentobal, Abselsam Habbachi ou encore Slimane Barkat. Sur conseil de ses compagnons, il se réfugia à Alger, avant de se rendre dans l’Oranie pour créer un réseau d’action et de coordination et établir une liaison avec les responsables de la région : Ben M’hidi, Benabdelmalek, Didouche et d’autres. C’est ainsi qu’il prit part à cette époque à l’attaque de la poste d’Oran en 1951, et qu’il se vit condamné par la justice coloniale à dix années de prison par contumace. Son dynamisme, son abnégation et ses qualités d’organisateur aguerri le rapprocheront davantage du premier cercle des responsables du mouvement national. Et c’est tout naturellement qu’il se retrouvera, en avril 1954, parmi les six fondateurs du CRUA, avec Didouche, Benboulaïd, Krim, Ben M’hidi et Boudiaf, qui est chargée de préparer l’insurrection armée et qui donnera plus tard naissance au FLN. Il participera également à toutes les réunions des « 22 », qui décidèrent de déclencher la révolution armée. Au lendemain du déclenchement de la lutte armée, Rabah Bitat (connu sous son pseudonyme « Si Mohamed ») se voit confier le commandement de la Zone IV (l’Algérois), qui deviendra la Wilaya IV, avant d’être arrêté le 16 mars 1955 dans un café de la Casbah, à Alger, alors qu’il avait rendez-vous avec un « contact », et qu’il sortait d’une réunion avec Krim Belkacem et Abane Ramdane. Soumis pendant 17 jours à des interrogatoires et à des tortures, il ne révéla aucun secret et fut écroué à la prison Barberousse puis à la prison centrale de Maison Carrée (El Harrach). Le 16 avril 1956, il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité.
Sa détention n’empêcha pas sa désignation en qualité de membre du CNRA lors du Congrès de la Soummam du 20 août 1956, puis nommé également en qualité de membre du CCE, à sa création en 1957. Rabah Bitat passera le restant de sa détention à la prison de Fresnes en France.  Il y observa à huit reprises la grève de la faim, pour réclamer un statut de détenu politique que lui refusait la justice française. Statut qui ne lui sera finalement accordé qu’après sa désignation en septembre 1958 comme ministre d’Etat au GPRA.  
A l’Indépendance, il accepte de rejoindre son compagnon Mohamed Khider qui dirigea alors le premier bureau politique du FLN et intègre le gouvernement de vice-président du premier Gouvernement du Président Ahmed Ben Bella (constitué le 27 septembre 1962), il démissionne une année plus tard, pour rejoindre de nouveau Mohammed Khider. De 1977 à 1990, il occupe le poste de président de l’APN, qui lui permet d’être président de la République par intérim, à la mort du président Houari Boumediene en décembre 1978, conformément à la Constitution. Rabah Bitat succomba à un infarctus le 10 avril 2000 à l’Hôpital Broussais de Paris, après une première hospitalisation à l’Hôpital militaire de Aïn Naâdja à Alger. Il

Adel Fathi 

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