"Suicidé" en prison par Aussaresses
Larbi Ben M’hidi

Par Fateh Adli
Publié le 29 sep 2013
Ben M'hidi souriant lors de son arrestation
Congrès de la Soumamm: de g. à dr. : Kaci Hamaï, Lakhdar Bentobal, Larbi Ben M'hidi et Zigoud Youcef.
Lakhdar Bentobal et Larbi Ben M'hidi au Congrès de la Soummam
1- Abdelhafid Boussouf . 2- Larbi Ben M'hidi. 3- Houari Boumediene, en compagnie de membres de la Wilaya V
De gauche à droite : Hocine Aït-Ahmed, Ahmed Ben Bella, Fathi Dib, Izzat Suleimane,  Allal El Fassi, Abd-El-Kébir El Fassi, Larbi Ben M'Hidi et Mohamed Boudiaf.

Cette vérité, longtemps tue pendant des décennies, a fini par éclater au grand jour. Celui qui a avoué avoir de ses propres mains exécuté en prison Mohamed-Larbi Ben M’hidi, ne l’a pas fait pour se confesser ou faire son mea-culpa, mais bien pour faire valoir ses exploits dans le domaine de la torture et des exécutions sommaires.
Dans son livre intitulé : Services spéciaux, Algérie 1955-1957, paru  en 2001, le général Aussaresses reconnaît avoir procédé à l'exécution sommaire, par pendaison maquillée en suicide, de Larbi Ben M'Hidi, dans la nuit du 3 au 4 mars 1957. Un acte qu’il dit avoir commis avec l’aval de sa hiérarchie militaire et d'un juge qui a établi un rapport décrivant le prétendu suicide.
Le même général tortionnaire est revenu sur cet épisode en mars 2007, dans un entretien au journal parisien Le Monde : Larbi Ben M'Hidi est conduit dans une ferme désaffectée de la Mitidja. Six hommes dont Aussaresses préparent l'exécution en passant une corde à travers un conduit de chauffage. L'un des hommes a joué le rôle du supplicié pour vérifier que tout était au point. Il est monté sur un tabouret, a passé sa tête dans le nœud et regarde les autres provoquant un fou rire général. Un parachutiste veut bander les yeux de Ben M'hidi. Celui-ci refuse. Le soldat répond qu'il exécute un ordre. Ben M'hidi réplique qu'il est colonel de l'ALN et qu'il sait ce que sont les ordres. Sa demande sera refusée ; il sera pendu les yeux bandés et se taira jusqu'à la fin. Pour le pendre, les bourreaux vont s'y prendre à deux fois. La première fois, la corde s’est rompue.   
Les états-majors de l’armée français et leurs zélateurs politiciens s’empressèrent alors d’annoncer la fin de la bataille d’Alger, dont Ben M’hidi fut le principal inspirateur après la capture de Yacef Saâdi, l’adjoint de Ben M’hidi et responsable militaire de la Zone  autonome d’Alger, et la neutralisation d’Ali La Pointe. Cela dit, la mort de Ben M’hidi n’était pas seulement une perte pour l’Algérois ou pour une seule bataille, fut-elle capitale, mais pour toute la Révolution.
Pourtant,  dans le film documentaire d'Yves Boisset  sur La Bataille d'Alger réalisé en 2006, le colonel Jacques Allaire, à l'époque lieutenant, et qui avait arrêté Larbi Ben M'hidi en 1957, déclare à propos de Larbi Ben M'hidi : « Si je reviens à l’impression qu’il m’a faite, à l’époque où je l’ai capturé, et toutes les nuits où nous avons parlé ensemble, j’aurais aimé avoir un patron comme ça de mon côté, j’aurais aimé avoir beaucoup d’hommes de cette valeur, de cette dimension, de notre côté. Parce que c’était un seigneur Ben M’Hidi. Ben M’Hidi était impressionnant de calme, de sérénité, et de conviction. Lorsque je discutais avec lui et que je lui disais: « Vous êtes le chef de la rébellion, vous voilà maintenant entre nos mains, la bataille d’Alger est perdue », et j’extrapolais un peu : « La guerre d’Algérie, vous l’avez perdue maintenant ! » Il dit : « Ne croyez pas ça ! » Et il me rappelait les chants de la résistance, le chant des Partisans : un autre prendra ma place. Voilà ce qu’il m’a dit, Ben M’Hidi. Ça m’a fait de la peine de le perdre, parce que je savais qu’on ne le reverrait plus. Je subodorais. » « Je l’ai remis à l’Etat-major, et a une équipe qui est venue le chercher, et c’était la nuit, et bien que le règlement s’y oppose, je lui ai fait présenter les armes, parce qu’il faut reconnaître chez son adversaire la valeur et le courage. Et Ben M’Hidi était pour moi un grand monsieur et d’ailleurs son prénom, dans la résistance, c’était Akim, qui veut dire : le preux. » « Après, il a été remis à la justice, dans un camp d’internement, et j’ai appris à travers la presse, les journaux, et tous les livres d’histoire que j’ai parcourus qu’il s’était suicidé dans sa cellule le 4 mars... ».
Larbi Ben M’hidi était un des six chefs du FLN ayant décidé le déclenchement de l’insurrection armée, avec Zighoud Youcef, Mohamed Boudiaf, Krim Belkacem, Rabah Bitat et Mostafa Ben Boulaïd. Né en 1923 au village El Kouahi, près d’Aïn M’lila, dans la wilaya d’Oum El Bouaghi, au sein d’une riche famille d’agriculteurs, Mohamed-Larbi Ben M’hidi a fréquenté dès son jeune âge les Scouts musulmans algériens (SMA), première école du nationalisme pour la jeunesse algérienne qui lui servit de tremplin pour s’engager dans le mouvement national. Depuis 1944, il fait son initiation dans le militantisme politique en adhérant au mouvement des Amis du Manifeste et de la Liberté (AML) créé par Ferhat Abbas, avant d’adhérer, une année plus tard, au Parti du peuple algérien (PPA), qui revendiquait ouvertement l’indépendance de l’Algérie.   
Au lendemain des massacres du 8 mais, 1945, il fut arrêté à Biskra et incarcéré pour quatre mois. Le durcissement de la répression contre les militants nationalistes le poussa à intégrer le MTLD, et son bras opérationnel, l’Organisation spéciale (l’OS), dont il deviendra un membre actif. En avril 1954, il fonde, en compagnie de Krim Belkacem, Mostefa Ben Boulaïd, Rabah Bitat, Mohamed Boudiaf et Mourad Didouche, le Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA), duquel découlera, le 10 octobre 1954, le Front de libération nationale (FLN). Il fut désigné la même année responsable de la Zone V (l’Oranie). Après le Congrès de la Soummam dont il sera l’un des principaux architectes, avec Abane Ramdane, il siégera au Comité de coordination et d’exécution (CCE), qui donnera naissance deux années plus tard au GPRA, en exil.   
 
Adel Fethi   

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