Quand Papon usait des pratiques d’exceptions contre les algériens
Octobre 1960, c’étaient les rafles à paris et en banlieue

Par Djamel BELBEY
Publié le 29 sep 2013
Françis Jeanson, fondateur du réseau "Jeanson" où les "porteurs de valise"
Rafles massives d’Algériens, à Paris et en banlieue.

L’adhésion de l’émigration algérienne au combat libérateur de l’Algérie du joug colonial a suscité une répression, qui a souvent pris le caractère de répression collective anti-algérienne. Notre communauté émigrée ne s’est en effet jamais dissociée du combat pour l’indépendance du pays. Bien au contraire, elle a contribué à ouvrir un front sur le sol français même – que l’on n’a pas hésité à qualifier de 7e wilaya – à travers l’installation de réseaux FLN, bien structurés pour l’organisation de la résistance armée, dont des attentats ainsi que pour la collecte des cotisations au profit de la Révolution, dont le réseau Jeanson était chargé d’acheminer. C’est en parfait état de connaissance de ce rôle croissant au sein de l’émigration que la police en France a continuellement recours à des rafles policières à la recherche des militants du FLN. Celle d’octobre 1960, qui ont touché les Nord-Africains à Paris et en banlieue, restent les plus spectaculaires, en raison du nombre de personnes concernées. Ainsi, pour la seule année 1960, le nombre d’entrées au Centre d’identification de Vincennes atteint 67 281, dont 63 392 ont donné lieu à des remises en liberté sans autre forme de procès.
Cela étant, bien avant 1954, les rafles étaient bien pratiquées par la police française qui procéda, en région parisienne, à de vastes opérations d’arrestations collectives d’Algériens suivies de leur fichage. Chaque nuit, des dizaines d’interpellations sont opérées lors des  rafles qui mobilisent parfois des centaines de policiers dans les quartiers d’habitat algériens. Elles se résument souvent à de simples contrôles collectifs d’identité, mais elles peuvent aussi donner lieu à des arrestations collectives préventives, notamment lors des réunions et manifestations de militants du mouvement national (MTLD). C’est ainsi que par centaines que des Algériens furent renvoyés au pays.
La poursuite des événements aura prouvé surtout que cette pratique était loin d’être isolée. En fait, c’était une politique érigée en système et ses victimes étaient toutes maghrébines en révolte contre la présence française.  
Ce système va encore se durcir vers 1958, avec la nomination de Maurice Papon, en qualité de préfet de police de Paris. C’était au lendemain, d’une manifestation à laquelle ont pris part 7.000 policiers dont une partie, encadrée par le député Jean-Marie Le Pen, scandaient des slogans hostiles aux juifs et aux moudjahidine. Papon avait été alors nommé avec pour mission de reprendre en main la préfecture de police. Il allait mettre en œuvre à Paris les mêmes pratiques qu’il avait la charge de superviser à Constantine, où il assurait les fonctions d’inspecteur général pour l’administration en mission extraordinaire (Igame) pour l’Est algérien : zones interdites, camps de regroupement, tortures, exécutions sommaires.
Papon, comme préfet de police, a créé alors les compagnies de district, spécialisées dans la répression, où l’on trouve notamment des anciens d’Indochine. Le 28 août 1958 en représailles à une offensive du FLN, en France, durant laquelle trois policiers furent tués, le préfet de police organise des rafles massives d’Algériens, à Paris et en banlieue. Plus de cinq mille sont internés dans l’ancien hôpital Beaujon, au gymnase Japy, et au Vél’ d’Hiv...
En janvier 1959, est ensuite créé le Centre d’identification de Vincennes (CIV), où sont conduits les Algériens raflés, pour vérifications d’identité mais peuvent aussi y être « assignés à résidence » sur décision du préfet. Ces rafles sont fréquemment l’occasion de violences, notamment de la part des « comités d’accueil » : les Algériens raflés passent entre deux rangs de policiers qui les frappent à coups de crosse, de pied, de poing, de matraque, de cravache, de planche, de ceinturon... Des disparitions ont lieu. Le dispositif de lutte contre le FLN sera complété par la création en 1960 de la force de police auxiliaire (FPA). Plus communément appelée les « harkis de Paris », la FPA, créée le1er décembre 1959, était une unité de police formée de supplétifs algériens qui relevait du service de coordination des affaires algériennes de la préfecture de police, agissait sous les ordres du préfet de police et était encadrée par des militaires. Forte d’environ 600 membres à l’automne 1960, elle s’installe d’abord dans le XIIIe arrondissement de Paris, où elle réquisitionne des hôtels. La FPA fait régner la terreur. L’usage de la torture est la véritable raison d’être de cette milice qui agit hors de toutes règles légales. La FPA pratique des méthodes dignes de la « Gestapo », en usant de toutes formes de supplices. Mais ce ne sera qu’un avant-goût, de ce qu’attend les Algériens lors des massacres du 17 octobre 1961.

Djamel Belbey

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