Un crime de l’Etat français contre les Algériens
Le 17 octobre 1961

Par Boualem TOUARIGT
Publié le 31 oct 2018
L’émigration algérienne en France joua un grand rôle dans le mouvement national, en particulier dans l’émergence de la revendication d’indépendance. En 1926 est constituée en banlieue parisienne par des travailleurs originaires des colonies une association qui, à l’origine, était proche du mouvement communiste international. Elle fut à ses débuts une section de l’union inter-coloniale, association de masse de la mouvance du PCF, se proposant de propager l’idée nationale révolutionnaire au sein des travailleurs immigrés.
Algérien victime de la terrible répression du 17 octobre 1961
Un Algérien blessé lors de la manifestation
Des émigrès arrêtés le 17 octobre 61

L’ENA est formellement constituée le 2 mars 1926 par des militants communistes algériens militants du PCF dont Abdelkader Hadj Ali et Messali Hadj. Elle prit son nom officiellement lors d’une assemblée générale tenue le 20 juin 1926. A la conférence anti impérialiste tenue à Bruxelles en juin 1927, son secrétaire général d’alors, Messali Hadj présente les revendications du mouvement : indépendance de l’Algérie, retrait des force françaises, considérées comme armée d’occupation, constitution d’une armée nationale, confiscation des grosses propriétés agricoles. Il réclame des mesures immédiates d’une grande portée comme l’abolition du code de l’indigénat, la liberté d’association et de presse, l’enseignement de la langue arabe à l’école,… En 1928, l’association est indépendante du PCF. Ses militants participeront aux revendications sociales des ouvriers français et intègreront par la suite le mouvement national algérien (PPA, MTLD, puis OS, CRUA et FLN dès le 1er novembre 1954).
Durant la guerre de libération nationale, la direction du FLN décida de porter la lutte armée sur le territoire de la métropole. En 1957, le CCE décida de regrouper les militants résidant en France au sein d’une organisation à la tête de laquelle il désigna Omar Boudaoud. Le début de la lutte sur le territoire français (ouverture d’un second front) fut fixé au 25 août 1958. Les policiers parisiens mènent alors une vague d’attaques contre les immigrés algériens : arrestations sommaires, brimades, destructions, privations de libertés, etc. Les combattants du FLN ripostent et s’en prennent aux policiers en particulier aux membres de la FPA. Ces derniers dénoncent une justice qu’ils considèrent comme « laxiste » et réclament des mesures expéditives pour contrer les militants du FLN. A l’approche des négociations de paix, le GPRA demande d’observer une trêve. Celle-ci sera respectée pendant toute la période du 5 juin au 15 août. Il faut signaler que le préfet de police de Paris, à, l’époque Maurice Papon, ratifie le 23 août 1958, la création du Service de Coordination des affaires algériennes (SCAA) chargé de coordonner l’action des services de police contre les militants et sympathisants du FLN. Le 1er décembre 1959 est constituée la force de police auxiliaire dénommée aussi « les harkis de Paris », force de police composée d’Algériens et chargés de lutter contre les Algériens immigrés de Paris. Les actions contre les sympathisants du FLN et contre les Algériens en général redoublent de férocité. Les policiers sont officiellement couverts par leur hiérarchie et reçoivent le soutien déclaré du préfet de police.
Le 2 octobre, Maurice Papon déclare : « Pour chaque coup donné, nous en porterons dix. » Il fait une tournée des commissariats où il donne des instructions verbales pour observer la plus grande fermeté. Il assure les policiers qu’ils seront couverts en toutes circonstances. Le corps des policiers est alors traversé par des courants extrémistes et sous l’influence des sympathisants de l’OAS qui s’en prennent directement à la population algérienne de France. Le gouvernement français sait l’importance du soutien apporté par la fédération de France au GPRA qui y trouve un apport financier extrêmement important. Il cherche à y mettre un terme. En 1959, de Gaulle rapatrie d’Algérie 100.000 soldats français. Il se projette alors dans l’après-indépendance, clamant le droit à l’autodétermination du peuple algérien, qu’il fait plébisciter par un référendum approuvé à plus de 80%. Il espérait toujours voir se dégager en Algérie un soutien populaire à une politique néocoloniale de soutien à la présence française. Le 5 octobre, un conseil interministériel décide d’imposer aux Algériens (et à eux seulement) un couvre-feu total et la fermeture des cafés et hôtels à partir de 19 heures.
Les « débits de boissons tenus et fréquentés par les Français musulmans » doivent fermer à partir de 19 h. Ces mesures sont accompagnées d’une injonction à interpeller « tout Français musulman circulant en voiture » et placer le véhicule en fourrière « en attendant la décision du commissaire de police ou du Service de coordination des affaires algériennes ». Les semaines précédant la marche du 17 octobre 1961 sont marquées par des exactions commises par des policiers parisiens qui s’en prennent directement aux Algériens, voulant ainsi régler leur compte directement, refusant les procédures judiciaires qu’ils considéraient comme laxistes et trop avantageuses pour les militants du FLN.
La fédération du FLN décide de riposter par l’organisation de marches pacifiques pendant les heures du couvre-feu. Au moins 50.000 Algériens ont marché à Paris ce soir-là, avec en tête les femmes et les enfants, ne portant aucune arme et bien habillés comme pour un jour de fête. La manifestation venant des quartiers ouest (Nanterre, Colombes, Puteaux, Courbevoie) est bloquée au pont de Neuilly par des « harkis de Paris » (une section des FPA).Beaucoup sont retenus dans des camps d’internement. De 17 heures à minuit, des cars de police emmènent des manifestants au Palais des sports transformé en centre d’internement et d’interrogatoire. Les femmes et les enfants sont conduits vers le poste de police de la rue Thorel, dans le deuxième arrondissement. Dès le début de la journée, une véritable intoxication est développée sur les radios de la police, selon les journalistes. On annonce à tort que les policiers auraient été attaqués au couteau et que l’on compterait un grand nombre de morts. Les appels à la vengeance fusent de partout. Les policiers français étaient ainsi convaincus de devoir affronter des manifestants violents et armés. On ouvre des centres d’identification au stade de Coubertin. Il y a eu un nombre important d’arrestations : 12.500 selon des chiffres non officiels. De nombreux manifestants furent arrêtés et expulsés par avion vers l’Algérie où ils furent remis aux autorités militaires pour être emprisonnés. Trois jours plus tard, les femmes algériennes organisèrent des marches pour exiger la libération des personnes arrêtées le 17 octobre. Les militants de la fédération de France du FLN comptabilisèrent les disparus : il y aurait eu 325 morts et 800 blessés. Le mouvement de protestation continua jusqu’au 29 octobre. Les Algériens emprisonnés déclenchèrent alors une grève de la faim qui a duré quatorze jours.
Les manifestations du 17 octobre 1961 eurent un grand impact politique. Elles montrèrent l’adhésion des Algériens aux mots d’ordre du FLN et leur soutien à la revendication d’indépendance. Elles furent d’un grand encouragement pour les délégués du FLN alors en pleine négociation pour l’indépendance à Evian. La violence de la répression policière fut condamnée par l’opinion publique française et internationale.
Officiellement, l’Etat français ne reconnut pas cette violence et les crimes commis. Des pas ont cependant été faits dans ce sens. En 2012, le président de la République d’alors, François Hollande avait déclaré : « La République reconnaît avec lucidité la répression sanglante de la manifestation d’Algériens à Paris le 17 octobre 1961. » Aujourd’hui, le président Macron fait un geste par ses propos : « Cette date fut le jour d’une répression violente des manifestants algériens. La République doit regarder en face ce passé récent et encore brûlant. C’est la condition d’un avenir apaisé avec l’Algérie et avec nos compatriotes d’origine algérienne. » Par ailleurs, des manifestations culturelles se sont tenues dans la région parisienne (Nanterre, Sarcelles, Saint-Denis, etc.). Pour célébrer cette date anniversaire, Anne Hidalgo maire de Paris a déposé une gerbe de fleurs sur la plaque commémorative du pont Saint Michel.

Boualem Touarigt

GUERRE DE LIBERATION

Repère et Symbole

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