Bennaï Ouali : L’éminence grise

Par Fateh Adli
Publié le 02 oct 2018
Si l’affaire a été directement déclenchée par l’initiative prise par Rachid Ali-Yahia, représentant de la fédération de France du PPA/MTLD, le véritable idéologue du groupe qui assuma toute la démarche s’appelle Bennaï Ouali, ancien militant du mouvement national et cheville ouvrière des lycéens de Ben Aknoun.
Bennai Ouali à droite
Colonel Amirouche avec Si H’mimi

Natif de Djemaa Saharidj, dans le arch de Aït Fraoussen en 1917, Bennaï Ouali s’installe très tôt avec sa famille dans la Mitidja, puis à Alger, où, très jeune, il travaille comme maraicher. Imprégné des idées nationalistes, il adhère au Parti du peuple algérien (PPA) au début des années 1940 et devient l’un des responsables de la Grande-Kabylie.
Repéré par les responsables pour son dynamisme et son dévouement, il est appelé en 1944 pour faire partie d’un groupe de choc dirigé par Ahmed Bouda et Mohamed Belouizdad, et qui a pour mission de défendre les responsables du parti. Au cours de la même année, il est désigné par la direction du parti comme agent de liaison pour les organisations universitaires d’Alger. C’est là qu’il fait connaissance d’un groupe d’étudiants et de lycéens de Ben Aknoun, lesquels vont avoir des rôles importants dans le mouvement national et dans l’insurrection armée. Parmi ces jeunes militants, on trouve Amar Ould Hamouda, Omar Ouseddik, Ali Laimeche, Hocine Ait Ahmed, Said Aich, Sadek Hadjeres, Mohand Idir Aït Amrane, Mbarek Aït Menguellat.
La plupart de ces jeunes militants constituaient déjà le noyau du groupe dit «berbèro-nationaliste», à l’origine de la crise berbériste qui va éclater en 1949. Bennaï Ouali s’occupe de leur formation politique et devient vite leur maitre à penser et le parrain politique du groupe. «Chaque dimanche, écrit Ait Amrane, il (Bennaï) nous fixait rendez-vous dans un petit café de la rue Boulin, en basse Casbah. Avec Si Omar, Laïmeche, Ould Hamouda, Ahmed et Si Ouali, nous passions des heures à commenter les événements et à discuter politique, histoire et linguistique. C’est au cours de ces discussions que la question identitaire prend forme.» Ces discussions vont d’ailleurs inspirer à Aït Amrane l’idée de composer le premier chant patriotique en tamazight, le célèbre Kker a mmis umazigh ! (Réveille-toi, fils de Berbère !)
Bennaï Ouali était également le mentor de Rachid Ali-Yahia, étudiant et membre de la Fédération de France du PPA/MTLD, à l’origine du grand schisme qui ébranla la direction du parti. Rachid Ali-Yahia (frère d’Abdenour Ali-Yahia, encore en vie) a réussi à faire voter (28 voix contre 32), une motion suggérant l’idée, mal perçue et mal comprise à cette époque, d’une «Algérie algérienne et laïque », par opposition au concept consacré de « l’Algérie arabe et musulmane ».
En réaction à cette initiative, la direction du parti sous la férule de l’autocrate Messali Hadj décide d’une purge qui touchera l’essentiel des militants impliquée dans cette histoire, en France et en Algérie, en tête desquels on trouve évidemment le principal instigateur, à savoir Bennaï Ouali, mais aussi de jeunes militants promis à un avenir certain dans le parti, à l’image de Ferah Ali, Saïd Oubouzar, Laimèche Amar, Amar Ould Hammouda, et d’autres. Hocine Aït Ahmed, qui faisait partie du groupes des lycènes de Ben Aknoun et qui fréquentait naturellement Bennaï Ouali, faisait quelque peu exception, puisque, avec d’autres militants de l’OS, en rupture de ban avec la direction du parti, il jugeait « prématuré » tout débat sur la question identitaire, estimant par ailleurs que cela participait d’un «travail de sape» qui nuirait à l’idéal de la lutte contre l’occupation coloniale qui devait fédérer tous les militants nationalistes. Sa démarcation affichée n’empêchera pas les dirigeants du parti de le soupçonner d’accointances avec les membres de ce groupe taxé de «berbéro-matérialiste», à telle enseigne qu’il sera vite écarté de la direction de l’Organisation spéciale et aussitôt éloigné du pays, pour rejoindre le bureau du parti en Egypte.
Cela dit, quand la traque des militants incriminés va prendre des proportions démesurées, Aït Ahmed sera le premier à prendre leur défense. Il tente ainsi de convaincre la direction du parti de cesser ses attaques contre les responsables de la Kabylie.
« Je leur demande de garder la tête froide : l’avalanche d’arrestations qui ont frappé les dirigeants de la Kabylie, cela sent la provocation, la manipulation. Il ne faut pas se tromper d’adversaires. Bennaï et tous les emprisonnés sont des hommes sérieux et conséquents. Ali Yahia n’est qu’une péripétie (…) ».
Bennaï Ouali connaitra un sort aussi trouble que tragique. Certains historiens rapportent que, suite à la dislocation du groupe ayant été à l’origine de la crise de 1949, il aurait pris part à la création du Parti populaire kabyle (PPK) qui fit long feu. Désabusé par l’échec de toutes ces initiatives, il se retira définitivement de la vie politique. Mais, en 1957, il fut abattu d’une rafale de mitraillette à la sortie de son village natal à la mi-février 1957, d’après certaines biographies. Les avis divergent sur l’identité de ses tueurs. Certains affirment qu’il fut exécuté par ses «frères de combat», alors que d’autres avancent que ce furent les responsables de la Wilaya III, dont le futur colonel Amirouche, qui auraient donné l’ordre de l’abattre pour son rôle dans la dissidence.

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