Une grande figure de la Révolution
Décès du moudjahid Mohamed Lemkami

Par Hassina AMROUNI
Publié le 25 oct 2017
Mohamed Lemkami n’est plus. Le moudjahid, ancien membre du MALG, est décédé le 27 septembre 2017 à Alger, des suites d’une longue maladie. Il avait 85 ans.
1- Djamel Meliani, 2- Mohamed Rouaï, 3- Kamel Khalef, 4- Mohamed Lemkami, 5-Kasdi Merbah, 6-Aït Mesbah, 7- Larbi Tabeti 8- Mohamed Ould Kablia,  9- Si Ahmed Abdelmadjid, 10- Nourredine Yazid Zerhouni.
De g. à dr. : Dahou Ould Kablia, Mohamed Lamkami, Lakhdar, et Nouredine Yazid Zerhouni
La préparation du journal Combat en 1956, le premier journal de la Révolution algérienne  de la wilaya V. De dr. àg. : El Gazi Mohammed, Mohamed Lemkami,  Djilali et Mme Méchiche Fatima, épouse du colonel Lotfi

Dans un message de condoléances adressé à la famille du défunt, le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, dira sa grande affliction, face à cette terrible nouvelle. Rappelant le parcours héroïque du moudjahid, il écrira en substance : « Doué d’un esprit de militantisme sans pareil, le défunt rejoindra très jeune les rangs de l’Armée de libération nationale, la Guerre de libération fut pour lui un devoir qu’il aura accompli avec dévouement et loyauté ». Le chef de l’État affirmera encore que « le défunt avait la patrie chevillée à l’âme et ses vertus nombreuses lui ont valu respect et considération ».

Descendant des Beni Snouss

Appartenant à la tribu des Beni Snouss, Mohamed Lemkami voit le jour le 1er décembre 1932 à Khémis, village culminant à plus de 1200 m d’altitude et situé à quelque 45 km au sud-ouest de la ville de Tlemcen. Fils de meunier, le jeune Mohamed grandit dans un village où il n’y avait « pas d’école jusqu’au milieu des années 1930, ni de dispensaire, ni de médecin, pas d’infirmerie, ni eau, ni électricité où les jeunes nus pieds, été comme hiver, la boule à zéro, continuaient à apprendre le Coran, dès l’aube, chez le Taleb et plus tard parallèlement à l’école publique ».
Sa scolarisation dans des conditions difficiles, mais rendue possible grâce aux sacrifices consentis par Si Ali, son père, va permettre au jeune Mohamed de poursuivre de brillantes études au collège de Slane à Tlemcen qui seront couronnées par la réussite à l’examen du baccalauréat. Une première dans son village.

Engagement militant

C’est au sein des Scouts musulmans que le jeune Mohamed Lemkami découvre le mouvement nationaliste. Une fois diplômé, le jeune instituteur stagiaire est affecté en 1954 dans son village avant d’être muté, un an plus tard, à Zoudj Bghal. Lorsque survient la crise entre Centralistes et Messalistes au sein du PPA-MTLD, Lemkami choisit de rallier le FLN auquel il fournit d’importantes informations pour monter des guérillas. Véritable baroudeur, il ne tardera pas à rejoindre les unités combattantes, opérant des deux côtés de la frontière algéro-marocaine. Sur le terrain des combats, il rencontrera plusieurs dirigeants dont Abdelhamid Boussouf, futur patron du MALG, Houari Boumediene, futur chef d’état-major de l’armée des frontières ou encore Si Lotfi, futur colonel de la Wilaya V. A partir de 1959, il intègre les services de renseignements du MALG. Evoquant, cette période de son parcours durant la guerre de libération nationale, Lemkami confiera : « En somme, dans le renseignement, nous avons tous appris sur le tas, sur le terrain, par la lecture et l’analyse. Avec tous ses inconvénients parfois difficilement supportables, la clandestinité s’était avérée pour nous une grande école. Elle nous avait permis de parfaire notre formation, d’apprendre la maîtrise de soi, la patience, l’endurance et le travail bien fait. C’était là, la vraie école de Boussouf ». Au lendemain de l’indépendance, Mohamed Lemkami occupe plusieurs hautes fonctions au sein de l’appareil de l’Etat. D’abord cadre supérieur dans le secteur de l’économie, on lui doit notamment l’installation des organismes de la Pharmacie centrale algérienne qui donneront naissance plus tard à des unités de production de médicaments.
En 1977 et à l’issue de la première législature, il est élu député. Après deux mandats à l’APN, il est nommé ambassadeur d’Algérie en Albanie. Installé avec sa famille à Tirana, il suit l’évolution socio-économique du pays, assistant parfois impuissant à des événements tragiques comme ceux d’octobre 1988. En 1990, la capitale albanaise, Tirana, connaît, elle aussi le tumulte de la révolte populaire. Beaucoup d’Albanais trouvent refuge dans les ambassades étrangères, présentes sur place.
Un an plus tard, l’Algérie connaît un nouveau tournant politique avec la victoire du FIS au premier tour des législatives, puis l’interruption du processus électoral et l’assassinat de Mohamed Boudiaf….
La carrière de Mohamed Lemkami s’achève d’ailleurs en juin 1992, quelques jours avant le lâche attentat contre le président Boudiaf, accompagnée par la fermeture de l’ambassade d’Algérie à Tirana. Peu après, le FIS ouvrira sur place une représentation à travers laquelle seront acheminés de jeunes algériens partant combattre en Tchétchénie et via laquelle les maquis du GIA seront approvisionnés en armes. En 2004, Mohamed Lemkami fait sortir aux Editions Anep ses mémoires sous le titre : « Les hommes de l’ombre ». Un livre-témoignage dans lequel il raconte son enfance dans une Algérie sous la colonisation française, sa scolarisation dans des conditions difficiles, les rencontres avec d’autres petits Algériens qui deviendront des personnalités marquantes plus tard, comme l’écrivain Mohammed Dib, Sid-Ahmed Ghozali ou Réda Malek. Il revient également sur ses premiers pas dans le mouvement nationaliste, son adhésion au FLN, ses années de combat au sein de l’ALN, le MALG…
Une deuxième édition, revue et complétée de ces mémoires paraîtra en 2012 aux éditions Dahlab.
Mohamed Lemkami, de son nom de guerre « Si Abbas » laisse derrière lui le souvenir d’un moudjahid valeureux dont la vie a été entièrement vouée à l’Algérie. Paix à son âme.

Hassina Amrouni
Sources :
http://www.anep.com.dz/editions/fiche_entretiens.php?idProfil=3
http://www.eldjazaircom.dz/index.php?id_rubrique=263&id_article=2598
-El Watan, 1er février 2005

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