L’odyssée du « Dina »
Les armes de la Révolution algérienne

Par Hassina AMROUNI
Publié le 26 oct 2017
Le 29 mars 1955, un bateau, le « Dina », fait naufrage à Ras El Ma, petit village de pêcheurs marocains à l’est de Nador. A son bord, des tonnes d’armes destinées à la révolution algérienne.
Printemps 1955 : L’arrivée au Maroc, de Houari Boumediene, chef des convoyeurs algériens à bord du  bateau « Dina » venu d’Egypte, transportant le premier chargement d’armes à destination de l’Oranie
De g. à dr. Hocine Aït-Ahmed, Ahmed Ben Bella, Fethi Dhib, Izzat Souleimane, Allal El Fassi, Abd-El-Kébir El Fassi, Larbi Ben M’Hidi et Mohamed Boudiaf.

La guerre d’Algérie qui bat son plein depuis déjà plusieurs mois n’a rien d’une petite révolte populaire. C’est bel et bien une lutte engageant tout le peuple algérien. Aussi, pour contrecarrer la progression de la lutte, le colonisateur français multiplie les actions à travers tout le pays, et plus particulièrement au niveau des frontières, afin d’empêcher le ravitaillement en armes des moudjahidine.
Pourtant, en ce mois de mars 1955, une importante cargaison d’armes franchira les frontières de l’ouest algérien et on n’y verra que du feu.

A l’origine, un yacht de princesse…

Tout commence par une histoire de princesse, celle de Dina d’Egypte, qui reçoit en cadeau de fiançailles de la part de son futur époux, le roi Hussein de Jordanie, un yacht. Amarré dans une darse de Port-Saïd, l’embarcation attend que la future reine en fasse usage.
C’est alors que va germer l’idée de l’utiliser pour le transport d’armes pour alimenter les combattants algériens et marocains, alors en guerre contre la France.
L’opération est secrètement préparée entre Algériens et Egyptiens et le groupe de résistants algériens qui va mener l’embarcation à bon port en prendra possession dès le mois de février 1955. Le yacht en lui-même n’a rien d’un bateau de luxe, comme pourraient l’imaginer certains. Nadir Bouzar, l’un des responsables de cette expédition à haut risque, le décrit ainsi : « Peut-on appeler ça un bateau ? Onze mètres de long. Deux moteurs à mazout. Pas de radio. Une cale dont l’ouverture donne sur le pont arrière. Une chambre à moteurs. Une minuscule petite cale à l’arrière où peuvent se mettre deux ou trois hommes.» Pourtant, aussi exiguë qu’ait pu être cette embarcation, elle accueillera une très importante cargaison d’armes. Et Nadir Bouzar d’ajouter encore : « 21 tonnes d’armes automatiques et individuelles, de grenades et de munitions. Je me suis presque battu pour qu’on laisse embarquer les munitions en même temps que les armes et il a fallu abandonner 7 tonnes et demie des précieuses caisses sur le rivage pour disposer de la place nécessaire à un chargement prévu plus loin ».

Début de l’odyssée

Le 28 février 1955, Nadir Bouzar et Mohamed Boukharouba, plus connu sous le nom de Houari Boumediene, ainsi que Abderrahmane Mohamed, Arbaoui, Mohamed et d’autres vont prendre la mer à bord du « Dina », à partir du port d’Alexandrie en Egypte. Une expédition suivie, depuis l’Egypte et la Libye, par Ahmed Ben Bella, avec l’assistance des services secrets égyptiens, représentés par leur agent Fethi El Dib, auteur du livre Abdelnasser et la Révolution algérienne.
L’un des protagonistes de cette opération, Si Slimane, racontera le déroulement sur terre, de l’opération : « C’est Larbi Ben M’hidi qui, dès qu’il arriva à Sefra, ordonna à Sayah Missoum dit Hansali, un symbole de la Révolution à Ghazaouet, de rassembler ses hommes. Sitôt dit, sitôt fait : les agents de liaison rassemblèrent, en une journée, tous les hommes de Ouled Ali, Draouch, et de Anabra. Tous de confiance et moudjahidine de la première heure qui entrèrent de plain-pied dans la Révolution, comme on rentre chez-soi. Nous étions le 16 mars 1955 et nous devions être au point de rencontre à Ouled Bouarfa, dans les trois jours qui suivaient l’ordre de Larbi Ben M’hidi ».
Composé de dix hommes de Sefra et trois de Ouled Ali, le groupe quitte la maison Aïdouni où il venait de recevoir les instructions à suivre de la part de Hansali. Ils emportent avec eux deux sacs de jute, trois mètres de corde et deux paires d’espadrilles et rallient Oued Tleta puis Sebabna, où ils doivent attendre le groupe de Ghazaouet, qui n’arrivera que le lendemain.
Le groupe d’hommes attend ensuite la tombée de la nuit pour se mettre en marche. Direction, la frontière algéro-marocaine qu’ils traversent vers 23 heures. Le 19 mars 1955, ils arrivent à Ouled Bouarfa où les attend un contact.
Dix jours durant, ils restent planqués, ne sortant que la nuit pour éviter de se faire repérer ou dénoncer. Bien que gagnés par la fatigue, ils tiennent bon vu la noblesse de la cause.
L’arrivée du « Dina » à bon port est retardée en raison d’une forte tempête. Le soir du 29 mars 1955, effectuant une ronde d’observation sur la plage, le groupe tombe sur une caisse d’armes. Le « Dina » venait d’échouer sur le rivage de la région de Nador et l’équipage avait commencé à décharger les premières caisses. Sur place, il y avait Chibane Ahmed et Taleb Abdelwaheb qui dirigeaient les opérations.
Reliés par une corde, les hommes du groupe Sefra, en l’occurrence Mouffok Moussa, Bekkaï Abdallah dit Si Benahmed, Aïdouni Omar, Aïdouni Salah, Aïdouni Mokhtar, Aïdouni Ahmed dit
« Driss », Mezouar, Benali, Mezouar Abdelkader, Boudjenane Ahmed (futur colonel Abbès), Hamdoune Okacha, Mokkadem Ahmed, (El Ghali), Mouffok Abdelkader, Mouffok Mohamed, Sayah Mohamed dit Si Slimane, Boudjenane Mohamed, Mouffok Bachir et Mouffok Ahmed, plongent à plusieurs reprises dans l’eau houleuse pour extraire des cales du bateau les caisses d’armes. Nageurs expérimentés, ils défient les vagues et les lames de fond et, aux premières lueurs de l’aube, toute la cargaison est déchargée puis acheminée dans une cache tandis que le groupe d’hommes trouve refuge dans une autre grange où Si Slimane se charge de les initier au maniement des armes qui doivent être acheminées vers Sefra. D’ailleurs, les premières armes qui arriveront dans la région serviront à plusieurs opérations militaires dont l’embuscade de Beghaoun le 18 avril 1956.
Le groupe traverse ensuite l’Oued Moulouya, tout en évitant une embuscade à Port Say (aujourd’hui Marsat Ben M’hidi), où les attendait Larbi Ben M’hidi, venu les féliciter pour le succès de la mission.
Le « Dina » restera à Ouled Bouarfa un an durant. On dit que la princesse Dina ne saura rien de l’opération au moment des faits, elle ne l’apprendra qu’après l’indépendance.

Alyssa Moncef
Sources :

http://www.elmoudjahid.com/fr/mobile/detail-article/id/43205
http://rijalzone2.over-blog.com/article-14949527.html
-Divers articles de la presse nationale


CONTRIBUTION

Le choix du retour dans une Algérie dévastée

Cheikh Abdelkader El-Medjaoui (1848-1914)

FIGURES HISTORIQUES
GRANDES DATES
MEMOIRE

Une grande figure de la Révolution

Décès du moudjahid Mohamed Lemkami

MOUVEMENT NATIONAL
UNE VILLE, UNE HISTOIRE

La cité héroïque

Histoire de la ville de Bordj Bou Arréridj