Dellys, la merveilleuse

Par Hassina AMROUNI
Publié le 26 oct 2015
Située à quelque 50 km de Boumerdès, le chef-lieu de wilaya, à environ 45 km de la wilaya de Tizi-Ouzou et à 100 km d’Alger, Dellys est connue pour son célèbre port de pêche et sa vieille Casbah.
Un coin de plage de Dellys
Femmes romaines de l’époque de l’empereur Constance découvert à Dellys
Magnifique nature de Dellys
Sidi Yahia, l’ancienne ville de Dellys
Dellys sous  domination française

L’Histoire de cette ville s’est forgée au fil des millénaires, écrite par les différentes civilisations qui s’y sont succédé à une époque ou à une autre.  
Dellys est née sous l’impulsion des bâtisseurs carthaginois. Ils lui donneront pour nom Rousoukkour (le cap des poissons) et en firent un comptoir commercial. La présence carthaginoise dans la région sera pacifique. C’est suite à leur arrivée que la région va connaître des échanges avec le monde antique. Devenu un comptoir commercial, la cité connaîtra des échanges intenses, notamment avec le pourtour méditerranéen. Le commerce concernait les olives, l’huile, le cuir ainsi que divers autres produits. Outre cet aspect commercial, l’influence carthaginoise sur les autochtones concernera essentiellement la langue et la religion. Les Berbères voient ainsi l’introduction dans leur vocabulaire de mots Kanaaniens, de même qu’ils se mettent à croire au dieu « Baal Amoun », un des dieux des Phéniciens. Si cette période s’avère prospère, il n’en sera pas de même avec les Romains dont la conquête se fait de façon « brutale ».  

Arrivée de la puissance romaine

Déjà présents dans plusieurs régions du pays, les Romains s’y installent ensuite, vers l’an 42 après J.-C. Après le décès de Ptolémée, fils de Juba II et roi mauritanien, un nouveau découpage administratif aura lieu. Rusuccurus est alors annexée aux provinces romaines. La cité devient une ville forte et, à l’instar des autres cités romaines, elle est ceinte de remparts afin de la préserver d’éventuelles attaques ennemies. Visibles aujourd’hui encore, notamment à l’ouest de la ville, des pans de cette muraille défensive, témoignent de cette période passée. S’en suit alors une longue période de paix et de prospérité, surtout après la fin des résistances de Takfarinas en l’an 24 après J.-C, et Edmond en l’an 46 après J.-C.
Le catholicisme se propage peu au sein de la population, à partir du IVe siècle, après que l’empereur Constantin le Grand l’eut déclarée religion officielle de l’empire. Mais il reste cependant quelques résistants qui se réclament du donatisme (une caste de prêtres donatistes est née à Rusuccurus en se démarquant de l’église catholique). Peu après, l’empire romain commence à décliner, ce qui permet à la Kabylie d’obtenir un peu plus d’autonomie politique et économique.
La région oscillera ainsi entre guerre et paix jusqu’à l’arrivée des Vandales qui sèmeront à nouveau le chaos. La ville résistera tant bien que mal aux troupes du roi Genséric, aidée en cela par sa position géographique et au rôle que ses prêtres catholiques jouèrent dans la gestion de la défense de la ville.

Arrivée des Arabes et introduction de l’islam

Suite à l’invasion vandale et à un violent tremblement de terre, Rusuccurus sera détruite. C’est sur ce tas de ruines que les Arabes, arrivés bien plus tard, décident d’ériger la nouvelle ville : Tedellis.  
En dépit de l’importance de son port de pêche, la ville ne connaîtra pas l’essor escompté. Nul ouvrage d’histoire de l’époque n’en fait mention. Il faudra attendre le XIIe siècle, l’époque des hammadites, rois de Bougie.
Selon Ibn Khaldoun, la cité a d’abord fait partie du royaume de Bougie avant qu’El-Mansour ne la cède au souverain d’Almeria, Moezz-ed-Dol-Ibn-Somadoh après sa fuite d’Espagne, au lendemain de sa prise par les Almoravides en 1088. Tedellis sera alors le lieu de refuge idéal. Cependant, cette dernière changera encore de mains en 1363, lorsque l’émir hafçide Abou-Abd-Allah devient maître de Bougie pour la troisième fois. Il reprend donc Tedellis aux Abd-el-Ouadites et y installe une garnison et un gouverneur. Toutefois, lorsqu’il est, à son tour attaqué par Abou-Hammou, il est contraint de lui céder Tedellis et de lui accorder la main de sa fille contre une suspension d’armes.

Retour des Andalous

A partir du XVIe siècle, Tedellis connaîtra une importante vague d’immigration andalouse. A l’appel des Thaalibaa, qui avaient besoin de main-d’œuvre expérimentée et artistique, surtout dans les domaines agricoles et artisanaux, les Andalous vont débarquer en masse, venant principalement de Saragosse la blanche et d’Almeria. Ainsi, après l’élite andalouse arrivée au XIe siècle, voilà que des gens simples, venaient s’installer sur cette autre rive de la Méditerranée.

Tedellis durant la présence ottomane

Alors que Tedellis est sous l’autorité espagnole après que cette dernière eut repris Bougie en 1509, les Bougiotes sollicitent l’aide des frères Barberousse. Dellys devient pendant un temps, le siège du gouvernement de Kheireddine.
La ville côtière se retrouve sous domination ottomane de 1515 à 1844 et, à l’instar d’autres villes comme Alger, Blida, Koléa ou Cherchell, elle sera elle aussi sous l’autorité directe du Dey d’Alger dont le siège était installé à Dar Es-Soltane.
Durant cette période, Dellys connaîtra une stratification sociale, sa population étant composée de différentes tribus et groupes ethniques dont les Rayat ou sujets et Ahl el-Makhzen ou gens du gouvernement parmi lesquels des guerriers et des propriétaires terriens ainsi que leurs alliés et vassaux. Toutefois, la famille dominante était Dar Hassane. D’ascendance ottomane, cette dernière arrive à Dellys aux alentours de 1535 et son doyen détient les clefs de la ville. C’est une époque faste pour Dellys qui connaîtra alors un réel essor économique et agricole avec ses centaines d’hectares de terres cultivées (blé, vigne, primeurs,  etc.) et dont une partie de la production sera même exportée vers l’Europe, plus particulièrement vers la France.
Du fait de sa position stratégique et de l’existence d’un grand port de pêche, cette dernière activité sera fortement pratiquée, favorisée par l’introduction de nouvelles technologies de construction d’embarcations et la construction du premier port moderne de Dellys, connu sous l’appellation de « Port Lekdim » qui sera, malheureusement, balayé par les vents violents soufflant d’est et d’ouest et qui finiront par sérieusement endommager les bateaux à quai.
Au plan urbanistique, la ville connaîtra de grandes réalisations, avec notamment la construction des deux Casbah de Dellys. Les habitants de ces deux citadelles, ceintes de murailles défensives, vivaient dans un climat sécuritaire qui amenait beaucoup de famille à venir s’y installer, échappant ainsi aux attaques espagnoles.

Dellys sous domination française

Alors que ses habitants mènent une vie paisible, les occupants français opèrent une première soumission en 1837, avant une abdication totale, face aux hommes du maréchal Bugeaud, le 7 mai 1844, à la suite de son expédition militaire chez les Flissas. De violents combats mettront aux prises les deux parties, conduisant à la chute définitive de Dellys.
Dès leur arrivée, les Français européanisent la ville, en construisant toutes sortes de bâtiments, institutions et blocs administratifs. Dellys sera dès lors connue pour son école des arts et métiers, son port de pêche destiné au cabotage et sports nautiques, etc.
En dépit des années de guerre, du boom urbanistique postindépendance, des tremblements de terre, notamment celui de 2003, très destructeur, Dellys réussira à préserver son héritage ancestral, gardant ainsi sa mémoire intacte pour la postérité.

Hassina Amrouni
Sources :
http://openarchive.icomos.org/
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