La voix du combat
El Moudjahid

Par La Rédaction
Publié le 29 oct 2013
La Révolution algérienne s’est dotée, dès 1956, d’un organe central qui allait lui servir pour exprimer ses positions et préciser sa doctrine. El Moudjahid est né en 1956 à Alger où il a été confectionné par une équipe restreinte, dans la clandestinité, sous la menace de la terrible répression militaire qui frappait les militants du FLN. Quand le CCE quitte Alger, Abane Ramdane en assure la diffusion à Tétouan au Maroc avec l’équipe qui avait été mise en place par Mohamed Boudiaf pour publier un autre organe de la Révolution, La Résistance algérienne sorti aussi dès 1956. Les numéros 8, 9 et 10 y seront édités. Lorsque la direction de la Révolution s’établit à Tunis, l’équipe de Tétouan s’y installe renforcée par des journalistes qui avaient quitté le territoire national, sous la direction toujours de Abane Ramdane, puis de M’hamed Yazid, ministre de l’Information du GPRA.
Isa Benzekri - (Mme Abane) et son fils Hassan
Evelyne Lavalette
Nassima Hablal
Le premier numéro d’El Moudjahid de juin 1956
L’édition de Résistance en arabe
Le numéro 8 d’El Moudjahid, imprimé à Tétouan
Le numéro 11 d’El Moudjahid imprimé à Tunis
De dr. à g. : M’hamed Yazid, ministre de l'Information au GPRA, Rédha Malek, directeur d'El Moudjahid, Abdelkader Bentoumi, Secrétaire général du ministère de l'Information
Tirage d'El Moudjahid à l'imprimerie de la presse à Tunis (Bentoumi avec un ouvrier de l’imprimerie)

Alger : Le rôle déterminant de Trois moudjahidate Isa BenZekri, Nassima Hablal et Evelyne Lavalette

Le premier numéro d’El Moudjahid paraît à Alger en juin 1956 sous forme d’une brochure ronéotypée avec une édition en français et une édition en arabe. C’est pendant que se mettait en place sous l’impulsion de Abane Ramdane la direction politique de la guerre de libération nationale qu’on décida de lancer un organe pour exprimer les positions du FLN sur les grandes questions. Abane Ramdane avait constitué une équipe d’intellectuels qui allait donner sous sa direction une dimension politique et stratégique à la guerre de libération : Benyoucef Benkhedda, Saad Dahlab, Amar Ouzegane, Mohamed Lebjaoui, Pierre Chaulet. Il confia à Benkhedda la mise en forme de l’organe de la Révolution qui prit le nom d’El Moudjahid. Dans le numéro 1, les deux hommes expliquent le pourquoi du nom du journal.
A ses débuts, El Moudjahid a été une brochure ronéotypée, confectionnée clandestinement dans des conditions difficiles, au regard de la répression militaire. Sa parution a été irrégulière. Le numéro 2 sort en juillet 1956, le 3 en septembre de la même année, le numéro 4 est un numéro spécial consacré à la plate-forme de la Soummam qui est diffusé pour l’anniversaire du déclenchement de la guerre de libération. Le numéro 7 ne verra jamais le jour.
L’historique numéro 1 aurait été tapé sur stencil par Nassima Hablal et Iza Benzekri qui assuraient alors le secrétariat d’Abane Ramdane. Il aurait été ronéotypé en partie chez Benoueniche en partie avec la ronéo installée par Benkhedda chez l’abbé Declair, aumônier de la prison de Barberousse, installé à l’église Notre-Dame-des-Victoires (mosquée Djama el barani accolée à l’ancien palais du Dey, en haut de la Casbah). Une autre grande moudjahida prit une part importante dans le lancement d’El Moudjahid, Evelyne Lavalette, une catholique progressiste d’Alger qui avait très tôt été très utile dans l’hébergement des dirigeants de la Révolution et comme agent de liaison. Elle prit une place importante dans la distribution du journal et des tracts du FLN, en empruntant le plus souvent le train. Elle livrait dans les grandes villes les stencils d’El Moudjahid qui étaient ensuite ronéotypés sur place.
 

Tétouan : haut lieu d’une presse de combat

En 1956, Mohamed Boudiaf avait pris l’initiative de lancer au Maroc un journal de la Révolution : Résistance algérienne. La première équipe se composait de Moussaoui Mohamed Sadek dit Mahieddine, Hocine Bouzaher dit Salim et Ali Haroun. Ils furent ensuite rejoints par Ayad Bouabdelli. Le numéro 1 est sorti en juillet 1956. L’équipe travaillait dans un appartement situé en banlieue de Tétouan. Boudiaf avait constitué une société commerciale qui servait de couverture et dont le siège se trouvait au centre-ville. L’équipe s’occupait de toutes les tâches et le journal était tiré par l’imprimerie Cremades. Résistance algérienne avait alors trois éditions : une édition A tirée à Paris, une édition B publiée à Tétouan et une édition C qui sortait à Tunis. Boudiaf, qui était très souvent absent, avait laissé toute liberté à l’équipe de rédaction installée à Tétouan. Le journal était réduit, comportant quelques pages seulement. Il était bilingue.  Bouabdelli se chargeait de la mise en forme de la partie arabe du journal..
En 1957, avec l’arrivée d’Abane Ramdane qui avait quitté Alger l’équipe fut renforcée par la venue de Rédha Malek et Frantz Fanon. On reprit El Moudjahid dont la publication en Algérie avait été suspendue. Trois numéros furent confectionnés à Tétouan
(8, 9, 10). Ils ont été tirés à plat. C’est là que le journal acquit la présentation particulière de son titre qui dure aujourd’hui et qui a été créée par Moussaoui.
Le journal était tiré en moyenne à trois mille exemplaires. Il était diffusé au Maroc et partout dans le monde. Ali Haroun se rappelle qu’ils avaient été contactés par un Algérien de Helsinki qui avait demandé de le traduire en finlandais. La bibliothèque du congrès américain aurait gardé des exemplaires des numéros de l’époque. Il a été aussi lu en Amérique latine, notamment au Brésil et en Argentine. Ali Haroun raconte qu’il avait été aussi distribué dans les maquis. Pour ce faire, et afin de limiter le volume représenté par les paquets de journaux, il y a eu une édition sur papier « bible » très fin avec un format réduit pour faciliter son acheminement.
 

Tunis : une équipe de haut niveau

Lorsque le CCE s’installe à Tunis, Abane Ramdane y fait amener une partie de l'équipe de Tétouan. Le numéro 11, daté de novembre 1957, y a été rédigé dans un format différent, plus ramassé. L’équipe de rédaction fut par la suite renforcée avec l’arrivée d’Abdelkader Bentoumi, un ancien d’Alger Républicain qui avait milité dans les réseaux FLN d’Alger avant de rejoindre la Wilaya IV. Abdelkader Bentoumi fit ensuite partie du groupe qui a lancé l’APS en 1960 dont Messaoudi Zitouni a été le premier directeur général. Il a fait fonction de secrétaire général du ministère de l’Information dirigé par M’hamed Yazid jusqu’en 1962 avant d'être nommé coordonnateur des services de l'information auprès du bureau politique du FLN. Kouachi le photographe.  
En plus de Rédha Malek, Frantz Fanon et Pierre Chaulet pour l’équipe francophone, la version en langue arabe était dirigée par Abdallah Cheriet et Mohamed Ben Mili
El Moudjahid était alors une publication périodique. Son équipe de rédaction prit de l’ampleur. M’hamed Yazid, souvent en déplacement, laissait l'initiative à ses équipes et Bentoumi prit de nombreuses initiatives. L’équipe édita plusieurs brochures à partir des articles d’El Moudjahid. Par exemple, celle intitulée « l'Algérie et le droit des gens » fut distribuée lors de l'Assemblée générale de l'ONU. On imprima aussi les grandes affiches de l’ALN. L’équipe rédigea par ailleurs une série d’études sur les grandes questions de la Révolution et confectionna des dossiers bien étudiés et très fournis qui servirent à la délégation algérienne lors des discussions d’Evian. Il faut relever par exemple les brochures éditées en janvier 1960 à l’occasion de la conférence des peuples africains et la brochure publiée en 1961 sur le Sahara.
El Moudjahid était alors imprimé sur les machines du journal tunisien La Presse. Le GPRA reçut une imprimerie complète qu’il dirigea vers l’état-major de l’ALN. La publication gardera sa forme jusqu’au numéro 91 de juin 1962.
Il faut relever que les services de propagande de l’armée française diffusèrent en 1958 et à quatre reprises des numéros falsifiés d’El Moudjahid, reconnaissant indirectement l’efficacité de cette publication.

Leila Boukli et Boualem Touarigt




 

GUERRE DE LIBERATION

Repère et Symbole

Le 1er novembre 1954

FIGURES HISTORIQUES
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Syphax et la rencontre de Siga

Ain Temouchent (206) AV J.C