« LA CELEBRATION DU CINQUANTENAIRE PORTE PLUSIEURS SIGNIFICATIONS »
Mohamed Chérif Abbas, Ministre des Moudjahidine

Par Hassina AMROUNI
Publié le 27 sep 2012
De dr. à g. : Mohamed Chérif Abbas, ministre des Moudjahidine - Bouabdellah Ghlamallah, ministre des Affaires religieuses et des Wakfs - Djamel Ould Abbès, ancien ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière - Abdelmalek Guenaïzia ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale.
Photo souvenir de Mohamed Chérif Abbas, ministre des Moudjahidine entouré de membres de la famille révolutionnaire
Mohamed Cherif Abbas lors de l'inhumation des restes de chouhadas
Photo souvenir de Mohamed Chérif Abbas, ministre des Moudjahidine et Zhor Ounissi
Mohamed Chérif Abbas, Ministre des Moudjahidine
À gauche de la photo Mohamed Chérif Abbas, ministre des Moudjahidine

Mémoria : L'Algérie célèbre cette année le cinquantième anniversaire de son indépendance, quel est le symbole de cette commémoration par rapport à votre ministère et à l'Algérie ?

Mohamed-Cherif Abbas :

La célébration du cinquantième anniversaire de l'indépendance de l'Algérie et du recouvrement de sa souveraineté porte des significations profondes dans la conscience collective du peuple algérien et rappelle son parcours historique qui confirme son attachement aux valeurs et aux idéaux pour lesquels il s'est soulevé dès l'aurore de l'histoire, en particulier les valeurs de liberté, de dignité, la défense de la patrie et de ses gloires, dont les sentiments ardents resteront gravés dans sa mémoire, malgré les slogans de liberté formelle qui visent à créer les conditions adéquates pour soumettre à nouveau les peuples à l'influence des grandes puissances. D'autre part, cette commémoration représente pour les autorités publiques l'occasion propice pour s'auto-évaluer et dresser le bilan de 50 ans de réalisations dans tous les domaines liés à l'amélioration des conditions de vie du citoyen, tels que l'éducation, la recherche scientifique et la formation, la culture, l'habitat, la santé, l'eau et l'agriculture, ainsi que l'acquisition des sciences et des technologies pour garantir le redressement économique et assurer la décision souveraine de l'Etat qui met fin à la dépendance excessive et renforce la valeur de l'indépendance dans toutes ses dimensions : politique, économique, sociale et scientifique. Elle est destinée aussi à nourrir la mémoire et dissiper les obstacles à la communication entre les générations en évoquant les événements et les souffrances endurées par le peuple algériens durant 132 années de résistance et de lutte victorieuse contre l'injustice et l'oppression du colonisateur, ainsi que l'ampleur et l'immensité des sacrifices consentis pour remporter la victoire. C'est l'occasion propice pour se recueillir et rendre hommage aux glorieux chouhada et moudjahidine qui ont péri durant la guerre, tout en exprimant sa reconnaissance et sa gratitude aux moudjahidine qui se sont attelés, après l'indépendance, à l'édification du pays. Les ouvrages liés à la mémoire permettront de consolider les liens d'appartenance à la patrie et de développer, chez la nouvelle génération, le sens de la responsabilité pour maintenir les acquis de l'indépendance et réaliser de nouvelles gloires qui affirment le mérite des sacrifices consentis par leurs aïeuls. Nous veillerons, durant l'année du cinquantenaire, à intensifier les efforts qui visent à diffuser les connaissances historiques à travers différents programmes et processus tels que la publication d'un nombre important d'ouvrages, d'études historiques, de prospectus papier et électroniques ; la réalisation des films cinématographiques, des documentaires et de tout ce qui est en rapport avec l'événement, sans pour autant se baser sur le clonage du passé mais plutôt sur l'innovation et le patrimoine créatif qui englobe le passé, le présent et le futur. Outre la mémoire, les festivités commémoratives du cinquantenaire mettront l'accent sur les fruits de l'indépendance et les réalisations accomplies grâce aux filles et fils de la patrie en effaçant les impacts du colonialisme, guérissant les blessures et développant les acquis concrétisés malgré les contraintes du système économique international qui fut injuste envers les États nouvellement indépendants.

Mémoria : Dans le cadre des célébrations, le secteur des Moudjahidine a renforcé et multiplié ses activités, notamment dans le domaine de l'audiovisuel et des publications par le financement de dizaines de films, ainsi que l'impression et la réimpression de centaines de livres, pouvez-vous nous en dire plus ?

Mohamed-Cherif Abbas :

 Les préparatifs relatifs à cet événement ont nécessité beaucoup de temps au niveau de la commission nationale permanente de préparation des cérémonies commémoratives des journées et des fêtes nationales qui a élaboré les grandes lignes des festivités qui permettent aux différents secteurs représentés la célébration de cette commémoration nationale, dont le travail est soutenu par la décision du président de la République qui a décidé de créer une commission nationale gouvernementale présidée par son excellence Monsieur le Premier ministre, chargée de la préparation de la commémoration du cinquantième anniversaire de l'indépendance, dans le cadre de la confirmation de la volonté politique au plus haut niveau des autorités du pays qui accordent un intérêt particulier à cet événement national inoubliable.

Les réunions tenues ont permis de définir la contribution de chaque secteur dans un contexte de complémentarité et d'harmonie et d'élaborer un programme varié, riche par son contenu festif, basé sur deux axes principaux :

  1. les activités liées à la mémoire et à la commémoration des événements de notre glorieuse Révolution qui a conduit au recouvrement de la souveraineté nationale, afin d'assurer les liens entre les générations et leurs gloires et exploits ;
  2. valoriser les réalisations de l'Algérie indépendante durant cinq décennies de construction et d'édification en mettant en évidence leur impact sur l'amélioration des conditions de vie des citoyens.

D'autre part, les commissions de wilaya, chargées de la préparation des cérémonies commémoratives des journées, des fêtes nationales, des dates historiques et des événements liés à la guerre de libération nationale et à la mémoire de chouhada, présidées par les walis, œuvrent en coordination avec tous les secteurs, les associations et les organisations, pour l'élaboration des programmes qui couvrent toutes les régions des wilayas, répondent aux aspirations de toutes les couches de la société et traitent dans leur intégralité :

  1. les activités historiques, culturelles, artistiques et juvéniles,
  2. les activités scientifiques et les journées de sensibilisation,
  3. les activités et les manifestations sportives,
  4. les réalisations et les projets de développement.

À cette occasion, la commission a adopté le slogan « Fête de l'Algérie 1962-2012 » qui reflète dans ses dimensions l'ampleur de cet événement et la portée de la commémoration.

Il a été décidé que les festivités commémoratives se dérouleront tout au long de l'année, du 5 juillet 2012 au 5 juillet 2013.

Dans le cadre de ces célébrations, le ministère des Moudjahidine a multiplié ses activités qui visent la valorisation du patrimoine historique dans le cadre de la politique nationale pour la protection de la Mémoire nationale relative aux périodes de résistance, du mouvement national et de la Révolution du 1er novembre 1954, ainsi que divers programmes centrés sur :

  1. la réalisation et la protection des lieux historiques,
  2. la réalisation de stèles et fresques,
  3. baptisation et rebaptisation,
  4. édition, réédition et traduction,

Mémoria : Le Centre national des études et des recherches sur le Mouvement national et la Révolution du 1er novembre 1954 sous la tutelle du ministère des Moudjahidine œuvre de manière concrète, quelles sont les missions et les tâches qui lui sont dévolues et quelles sont ses réalisations ?

Mohamed-Cherif Abbas :

Les missions du Centre des études et des recherches sur le Mouvement national et la Révolution du 1er novembre 1954 s'inscrivent dans le domaine de la recherche historique sur les différentes phases historiques, de la résistance populaire jusqu'à la fin de la guerre de libération, en d'autres termes la période entre 1830-1962, grâce à la collecte de documents historiques, leur classification, leur archivage et leur mise à la disposition des chercheurs, ainsi que la collecte des témoignages vivants des acteurs de l'événement, l'organisation des séminaires et des colloques nationaux et internationaux sur différents thèmes historiques spécifiques et juridiques et même économiques, liés aux phases historiques sus-cités, tels les essais nucléaires français au Sahara algérien, leurs conséquences sur l'homme et l'environnement, la santé durant la Révolution, la lutte de la femme, l'Armée de libération nationale, son origine et son évolution, le rôle des zaouïas, le foncier en Algérie etc. Compte tenu de leur valeur scientifique, les colloques et les informations historiques fournies, que ce soit à travers les conférences académiques animées par des professeurs qualifiés, ou à travers les témoignages vivants de ceux qui ont vécu ces événements, sont publiés par le centre dans la collection colloques nationaux et internationaux

On ajoute à cela la collection des unités de recherche dans le cadre du programme national pour la recherche, sous la supervision d'un groupe d'équipes de recherche qui s'intéressent à l'histoire nationale, dont 38 projets sont publiés et 34 sont en cours de réalisation. Le centre est chargé également de fournir les documents historiques aux différents organismes officiels et non officiels tels que les associations intéressées par l'histoire, les institutions médiatiques visuelles et écrites. En outre, le centre dispose d'une bibliothèque spécialisée riche en livres historiques qui reçoit un grand nombre de chercheurs algériens et étrangers, ainsi que des étudiants diplômés dans les disciplines de l'histoire, de la sociologie, du droit et autres.

Dans le but de promouvoir et de vulgariser la culture historique, le centre publie une revue académique spécialisée, élaborée par de grands chercheurs dans le domaine de l’histoire.

Dans ce contexte, il faut noter que le musée national, les musées régionaux et ceux des wilayas jouent un rôle important dans la collecte et la préservation du patrimoine historique matériel, moral et littéraire lié aux moudjahidine et à la guerre de libération nationale dans leurs régions. Ils sont chargés aussi de la collecte et de l'enregistrement des témoignages vivants des moudjahidine et moudjahidate afin de faire connaître notre histoire et ses grandes phases, de la célébration des fêtes nationales et historiques et de la programmation de colloques historiques et d'expositions à l'intérieur et à l'extérieur des établissements éducatifs. En bref, ils veillent à la préservation, à la promotion et à la vulgarisation de la Mémoire historique nationale.

Mémoria : L'Algérie réclame, depuis des dizaines d'années, ses archives, qu'en est-il aujourd'hui du dossier ?

Mohamed-Cherif Abbas :

La revendication s'inscrit parmi les droits légitimes du pays d'origine des archives et figure parmi les dossiers traités dans le cadre des négociations bilatérales entre les deux pays par la voie diplomatique. Les propos tenus sur les archives, les excuses, la loi glorifiant le colonialisme, sont des sujets cruciaux et sensibles qui préoccupent le peuple algérien, mais nous ne pouvons pas dire plus que le message adressé par le président de la République Monsieur Abdelaziz Bouteflika au Président français François Hollande à l'occasion de la fête du 14 juillet.

Mémoria : Vous avez et vous allez baptiser et rebaptiser un certain nombre de rues aux noms de chouhada et de moudjahidine décédés, qu'en est-il du recensement effectué par le ministère des Moudjahidine dans ce domaine en coordination avec les services de la gendarmerie nationale ?

Mohamed Cherif Abbas :

La baptisation, et la rebaptisation, des lieux et des édifices publics est l'une des opérations programmées à l'occasion du 50e anniversaire du recouvrement de la souveraineté nationale. Elle concerne les services publics, les établissements éducatifs, les places publiques, les rues, les avenues, les édifices et les cités.

En plus de son importance en tant que geste de reconnaissance à la nation et de loyauté envers la Mémoire de ceux qui se sont sacrifiés corps et âme pour la patrie, et de commémoration des hauts faits de la résistance et de la guerre de libération nationale, l'opération porte des dimensions historiques, éducatives et culturelles qui renforcent le sentiment d'appartenance et consolident la relation des générations avec leur passé et leur histoire. À cet effet, nous avons lancé, à travers tout le territoire national, le recensement des lieux, des cités, des édifices et des rues non baptisés ainsi que ceux qui nécessitent une rebaptisation, y compris les nouvelles structures et les nouveaux établissements résidentiels éducatifs, sportifs et culturels, afin de les inclure dans le programme des commissions de wilaya chargées d'étudier les propositions de baptisation et de rebaptisation, en accordant à cette opération une attention particulière qui reflète son importance. Le processus de baptisation et rebaptisation est soumis à des textes juridiques qui déterminent les normes et les modalités relatives à la baptisation et à la rebaptisation des lieux publics. Du fait que l'opération est toujours en cours, il nous est impossible de donner un chiffre définitif sur le recensement effectué en coordination avec les services concernés.

Interview réalisée par Hassina Amrouni & Assem Madjid

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