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Par Abderachid MEFTI, avr 2013.

Du valeureux combattant à l’homme politique

Ali Kafi (octobre 1928- avril 2013)

Ali Kafi

Ali Kafi est né le 17 octobre 1928 à M’souna, près d’El Harrouch, dans la wilaya de Skikda, au sein d’une famille membre de la confrérie musulmane Rahmaniya. Il fera ses débuts dans l’enseignement par l’apprentissage du Coran. C’est son propre père, cheikh El Hocine, qui lui dispense des cours sur les préceptes de l’Islam. En 1946, alors âgé de 18 ans, il intègre une école coranique de renom à Constantine, l’Institut Kettenia, où il étudiera jusqu’en 1949. Les événements du 8 mai 1945 à Sétif, Kherrata et Guelma, encore vivaces dans son esprit, le marquent à jamais et c’est à cette époque qu’il adhère aux idées politiques du Parti du peuple algérien (PPA), au sein duquel il militera avec abnégation en compagnie d’autres étudiants avec lesquels il affûtera ses armes de militant nationaliste. Il gravira un à un les échelons de la responsabilité au sein du PPA à l’est du pays et sera tour à tour responsable de cellule puis de groupe.

Premiers pas dans le militantisme

En 1950, il rejoint Tunis pour s’inscrire à l’Université Zitouna. C’est là qu’il fera la connaissance de nationalistes tunisiens avec lesquels il se liera d’amitié et participera à plusieurs actions de militantisme, suite auxquelles, deux années plus tard, il sera expulsé de Tunisie et retournera à Skikda où il est condamné à 6 mois de prison pour activités nationalistes consécutivement à un jugement datant de 1950. Une fois libéré, et après une période d’inactivité forcée, Ali Kafi reprendra le chemin du militantisme politique et sera désigné pour occuper le poste d’enseignant dans une école affiliée au Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD). Repéré par les stratèges du Front de libération nationale (FLN), il est contacté par Mourad Didouche, alors responsable de la Zone II, qui lui propose de rejoindre les rangs de l’Armée de libération nationale (ALN). C’est alors qu’il rallie les maquis du Nord-Constantinois, au sein de la Zone 2, devenue Wilaya II après le Congrès de la Soummam.

Figure emblématique de la Wilaya II

Après la mort de Mourad Didouche, Ali Kafi deviendra l’un des principaux adjoints de Youcef Zighoud, désigné chef de la Zone 2. Sous ses ordres, Ali Kafi participe à l’offensive du 20 août 1955 dans le Nord-Constantinois et entre de plain-pied dans la lutte armée contre l’occupant français. En août 1956, il fait partie de la délégation de la Zone 2 qui a participé au Congrès de la Soummam, aux côtés de Youcef Zighoud, Mostefa Benaouda et Lakhdar Bentobbal ; congrès qui devait mettre en place les structures de la Révolution algérienne. Après le Congrès de la Soummam, il sera nommé colonel puis prendra, après la mort de Youcef Zighoud en septembre 1957, le commandement de la Wilaya II qu’il dirigera de 1957 à 1959. C’est au cours de cette même année que Ali Kafi, en compagnie des principaux responsables militaires de l’ALN, en l’occurrence Bentobbal, Boussouf, Boumediene, Mohammedi Saïd, Hadj Lakhdar, Yazourène, Dehiles et Lotfi, rejoint Tunis où, ensemble, ils mettront en place une stratégie pour l’organisation d’actions armées contre les forces françaises et la structuration des instances du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et du Conseil national de la révolution algérienne (CNRA). C’est à Tunis qu’il s’installera jusqu’à l’indépendance de l’Algérie, le 5 juillet 1962
 

Parcours politique

Au cours de la crise politique née au lendemain de l’indépendance, Ali Kafi se rallie aux idées du GPRA. En 1963, il est nommé ambassadeur d’Algérie à Beyrouth (Liban) jusqu’en 1966, puis à Damas (Syrie) de 1966 à 1975, année au cours de laquelle il sera en poste à Tunis, assurant en parallèle les fonctions de représentant de l’Algérie auprès de la Ligue arabe, qui avait alors son siège dans la capitale tunisienne, puis consécutivement ambassadeur au Caire (Egypte), à Baghdad (Irak) et, enfin, à Rome (Italie). Après avoir accompli ses missions dans la diplomatie, il rentre au pays en 1990 et occupera le poste de secrétaire général de l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM). Au mois de janvier 1992, après l’arrêt du processus électoral des législatives et la démission du Président Chadli Bendjedid, sa carrière politique prend une autre tournure avec sa nomination en qualité de membre à part entière du Haut Comité d’Etat (HCE), un comité collégial composé de Mohamed Boudiaf (président), Khaled Nezzar (membre), Ali Haroun (membre) et Tidjani Heddam (membre), chargé de gérer la situation de transition en attendant l’organisation d’élections générales. Après l’assassinat, le 29 juin 1992, de Mohamed Boudiaf, Ali Kafi est désigné, le 2 juillet 1992, président du HCE. Le 30 juin 1994, il sera le premier chef d’Etat algérien à remettre ses pouvoirs au nouveau président élu, Liamine Zeroual. De 1994 à 1996, Ali Kafi reprend la direction de l’Organisation nationale des moudjahidine avant de se consacrer à l’écriture de ses mémoires. C’est ainsi que prend fin le parcours politique de celui qui, du militantisme pour la cause algérienne à la gestion des affaires de l’Etat en passant par un parcours militaire des plus significatifs au sein de la Wilaya II historique, a marqué de son empreinte la guerre de libération nationale et la scène politique algérienne. En 2002, il publie un livre* aux connotations très polémistes à propos des révélations qu’il contient, notamment concernant des acteurs célèbres de la guerre de libération nationale et certaines zones d’ombre de la Révolution algérienne. Cet ouvrage lui vaudra d’être critiqué avec virulence du fait des révélations jugées offensantes, entre autres sur Abane Ramdane. Ali Kafi est décédé le 16 avril 2013 des suites d’une longue maladie. Il était âgé de 85 ans.
                                                                                          
Abderachid Mefti

*Ali Kafi, Du militant politique au dirigeant militaire, Mémoires 1946-1962, Casbah Editions, 2002, 416 p.

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