Un chef militaire tombé au champ d'honneur à la première heure
Benabdelmalek Ramdane

Par Boualem TOUARIGT
Publié le 24 oct 2012
Benabdelmalek Ramdane
Benabdelmalek Ramdane

Au tout début de la Révolution, le 4 novembre 1954, tombait au champ d’honneur un grand homme du mouvement national Benabdelmalek Ramdane. Il est connu pour avoir été un combattant courageux qui participa en première ligne au déclenchement de la Révolution et un fin observateur des déviations du MTLD dont il dénonça la bureaucratie en 1953.

La presse coloniale annonçait le 5 novembre 1954 dans un grand titre : « Le chef des hors-la-loi de l’Oranie abattu. » Elle précisait : « Benabdelmalek Ramdane, qui se faisait appeler dans la clandestinité « Si Abdallah » a été abattu hier après-midi au cours d’une opération de ratissage dans la forêt de Lapasset dans la région de Cassaigne. Benabdelmalek, qui était le chef du groupe terroriste qui avait opéré à Cassaigne et à Turgot, avait 35 ans. Il était originaire de Constantine… Son adjoint Douar Miloud, originaire de Bosquet, a été blessé au cours de l’accrochage. Quatre autres bandits ont pu prendre la fuite. »

Enfant de Constantine, le martyr a adhéré très tôt à l’Organisation Spéciale, instrument secret du MTLD chargé de préparer la lutte armée pour l’indépendance, dont la création avait été décidée par le congrès de 1947.

Après le démantèlement de l’organisation en 1950, il est affecté comme permanent du parti, responsable d’une daïra dans la région d’Oran. Cet organisateur est un homme d’action, un combattant très au fait des techniques de guerre. Mais il fut aussi un fin observateur de la vie politique. Dans un rapport célèbre, il dénonça lors du congrès du MTLD d’avril 1953 la déviation bureaucratique de la direction du parti. Il considérait alors que le travail politique auprès des populations avait très nettement reculé et que la direction s’était transformée en un véritable appareil qui cherchait à se maintenir par l’autorité. Il avait explicitement dénoncé l’apparition d’une véritable bureaucratie qui s’était coupée de sa base. Il avait observé la montée de deux formes de domination dans le parti, toutes les deux antidémocratiques. Messali exigeait la soumission et l’allégeance des militants en les montant contre la direction. Il voulait les pleins pouvoirs s’estimant le propriétaire du parti. La deuxième forme était celle des dirigeants qu’on appela « centralistes », membres du comité central opposés à Messali. Ceux-ci représentaient un appareil de pouvoir isolé de la base militante, cherchant à se maintenir par l’autoritarisme et les luttes de clan.

Benabdelmalek Ramdane avait mis le doigt sur les déviations constatées : «La formation militante est insuffisante… La qualité morale n’est pas très bonne… Les permanents sont des administrateurs et non des militants… L’éducation a été délaissée pour un travail de pure administration. L’esprit bureaucratique règne. La routine s’instaure… On ne se penche pas sur les tâches d’éducation. » Il affirme un constat qui sonne comme un verdict : « Notre organisation n’est pas capable, dans les conditions actuelles, de mener le peuple algérien vers son indépendance. » Sa position ne réussit pas à s’imposer.

Il réclama au congrès une nouvelle organisation militaire

Le congrès vit la victoire des centralistes qui mirent en minorité les partisans de Messali et imposèrent une forme de direction qui concentrait les pouvoirs entre les mains du comité central. Ce courant fit adopter sa ligne politique dite légaliste avec la participation aux élections. Mais il ne réussit pas à s’imposer totalement. Il fit une concession de forme aux radicaux, partisans de la lutte armée. Benabdelmalek Ramdane qui en était l’un des représentants les plus en vue demanda la création d’une organisation militaire secrète, une nouvelle OS. Il affirma : « Le parti repose sur un seul pied et le second est négligé. » Le congrès donna suite à sa proposition par une demi-mesure. On décida la création d’une commission pour préparer la mise en place de cette organisation militaire. On en confia la direction à Messali lui-même, et Ben Boulaïd, membre du comité central et considéré comme un des radicaux les plus irréductibles, en fut membre. Cette commission ne se réunit pas et n’eut aucune activité réelle. Le forcing de Benabdelmalek Ramdane n’aura abouti qu’à une concession de pure forme. Une année plus tard en mars 1954, les centralistes proposèrent un nouveau compromis aux radicaux qui aboutit à la création du Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA). En firent partie en plus des délégués centralistes, deux éléments en pointe des radicaux : Ben Boulaïd et Boudiaf. Mais ces derniers se méfiaient des centralistes et décidèrent de préparer seuls, dans le secret, le déclenchement de la lutte armée. Ils organisèrent la réunion dite des « 22 » qui décida de recourir à l’action violente tout en gardant l’espoir de réunifier le parti autour de cet objectif. Benabdelmalek en était membre.

Il fut l’adjoint de Larbi Ben M’hidi désigné chef de la zone 5, celle de l’Oranie. Avec Abdelhafid Boussouf, lui aussi ancien chef de daïra du MTLD dans le Constantinois, il mena un important travail de sensibilisation des militants. Ils furent contrés par les activités des messalistes et même des centralistes. Avec Hadj Benalla, ils intensifièrent la préparation militaire des premiers combattants. Benabdelmalek Ramdane dirigea les premières actions de cette région lors du 1er Novembre. 

Il tomba au champ d’honneur près de la localité de Bosquet qui porte aujourd’hui son nom. Ces compagnons dirent de lui qu’il fut véritablement traumatisé par les conflits fratricides au sein du MTLD. Gilbert Meynier eut même ce commentaire : « Ramdane Benabdelmalek tranchait sur l’image sereine moyenne des cadres de l’OS : lui, fut un vrai désespéré et un dépressif qui vécut la scission du parti en 1954 comme un calvaire. » (Histoire intérieure du FLN, p. 85). 

Boualem Touarigt

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