répercussions et conséquences internationales
1er NOVEMBRE 1954

Par Abderachid MEFTI
Publié le 24 oct 2012
Le 23 mars 1954, les membres de l’Organisation spéciale (OS) créèrent le Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA), le 25 juin 1954, à Clos-Salembier (El Madania, Alger), ce sont 22 militants de l’OS les plus influents qui se réuniront. Après examen de plusieurs rapports, les participants ont pris option pour l’insurrection armée. Avec la création du Front de libération nationale (FLN) et de sa branche militaire, l’Armée de libération nationale (ALN), la mise en place de ce dispositif allait se réaliser en trois étapes. La première consistait en la reconnaissance du terrain dans les six zones constituant le territoire algérien (organisation des relais et des zones de repli, collecte des fonds, d’armes et de médicaments, attentats contre des cibles ennemies). La seconde devait permettre d’instaurer rapidement un climat d’insécurité généralisée (embuscades, destruction d’infrastructures). La troisième devait aboutir à la constitution de zones franches totalement soustraites à l’autorité de l’occupant français. Entre minuit et trois heures du matin de ce 1er novembre 1954, des explosions retentissent un peu partout à travers l’Algérie. Dans le Constantinois, l’Oranais, l’Algérois et en Kabylie, une trentaine d’attentats contre des objectifs militaires et policiers sont perpétrés. Moins d’une dizaine d’années après les massacres du 8 mai 1945, la Révolution algérienne a pris forme. Une glorieuse épopée de notre pays allait s’écrire et conduire à la victoire finale.
Le déclenchement de l'action armée a eu un écho favorable aux Nations Unies
M'hamed Yazid représentant  du FLN à l'ONU

Réactions aux  plans médiatique, diplomatique et politique

La Voix des Arabes (Sawt el Arab), qui émettait à partir du Caire depuis 1953, a fait le commentaire suivant le jour même du déclenchement de la révolution : «L’Algérie a engagé aujourd’hui une lutte grandiose pour la liberté, l’arabisme et l’islam (…)  Elle a commencé à vivre une vie digne et honorable (…)   Ce n’est pas là une révolte passagère, mais le déclenchement d’un mouvement de libération qui ira en s’intensifiant.» A Budapest (Hongrie), la station La Voix de l’Indépendance et de la Paix, qui émettait depuis le mois de mai 1954, transmit l’Appel du 1er Novembre, ce qui provoqua une prise de bec entre la France et la Hongrie. La presse hongroise rendit compte des actions armées le lendemain des événements et la radio nationale s’est fait un large écho de ces attentats. Sur le plan international, seuls les Yougoslaves étaient au courant de la préparation des attentats. L’ambassadeur de Yougoslavie au Caire était la seule personnalité européenne à être dans le secret des événements de la Toussaint 1954. 

En Italie, le gouvernement en place oscille entre une bienveillance manifeste à l'égard de la révolution algérienne, mais ce sont les partis de gauche qui se dressent en force contre l’«impérialisme français» en Afrique du Nord. De nombreux activistes italiens soutiendront les réseaux de la Fédération de France du FLN. C’est ainsi qu’en 1957, un célèbre industriel italien qui était à la tête de la compagnie pétrolière Ente Nazionale Idrocarburi (ENI), en l’occurrence Enrico Mattei, fournissait secrètement des financements et des facilités aux combattants algériens du FLN avant de disparaître de manière suspecte dans un accident d’avion en octobre 1962.

Aux Etats-Unis, la position de Washington a commencé à changer dès l’année 1957. L’envoyé spécial du président Eisenhower, un certain Richard Nixon, en mission dans plusieurs pays d’Afrique sous occupation française, émettra de sérieuses critiques au sujet de la politique de la France dans ces pays et se déclarera en faveur de l’autodétermination de l’Algérie. A l’été de 1957, John F. Kennedy, alors sénateur à la chambre haute des Etats-Unis, déclare dans un discours consacré à la guerre d’Algérie que «cette guerre atroce à cessé de représenter un problème interne purement français et les Américains sont directement concernés par ce conflit, lequel a dépouillé jusqu'à l'os les forces de l’OTAN». A la fin de son  discours, il demande aux sénateurs à se prononcer en faveur de l’indépendance de l’Algérie.

Dans le monde arabo-musulman, l’impact de la révolution algérienne a également touché la Ligue arabe, qui a consacré une attention particulière au problème algérien à partir du mois de décembre, ce qui a conduit au déblocage d’une aide financière au début  de l’année 1955.  Elle avait également fait de la question algérienne une question centrale et essentielle, a eu le mérite d’internationaliser ce problème de décolonisation et d’accorder son soutien à la diplomatie algérienne, de telle sorte que celle-ci a réussi à remporter de nombreux succès politiques. De Rabat à Djeddah en passant par Le Caire et Baghdad, toutes les nations arabes se sont rangées du côté algérien.

Dans les pays non alignés et en Europe. Les représentants du GPRA enregistreront à leur actif des résultats encourageants et feront entendre la voix de l’Algérie et de son peuple à travers le monde. C’est ainsi qu’ils eurent l’occasion de le démontrer lors de la tenue du Congrès des pays non alignés de Bandoeng, en Indonésie, le 18  avril 1955, et dont les pays participants ont soutenu la thèse algérienne. Plusieurs autres congrès ont été consacrés à l’Algérie à l’échelle mondiale, au cours desquels le principe à l’autodétermination revenait tel un leitmotiv. Lors d’une réunion entre pays de la Méditerranée à Florence (Italie), le 6 octobre 1958, des diplomates algériens représentant le GPRA ont tenu à rappeler la justesse de la cause algérienne à la face de la délégation française présente à cette rencontre. Ce qui a contraint les représentants français à se retirer de la réunion. A Accra (Ghana), le 8 décembre 1958,  une réunion a regroupé plusieurs pays africains. Sa tenue sur le continent africain avait toute une symbolique, celle de la prise de conscience des pays sous le joug du colonialisme, ce qui a laissé entrevoir une large solidarité interafricaine. C’est ainsi que le congrès d’Accra a estimé de façon unilatérale que la question algérienne était une question de décolonisation. Au congrès des pays afro-asiatiques du Caire, le 26 décembre 1958, qui fut placé sous le signe de la solidarité avec l’Algérie, la diplomatie algérienne a démontré ses capacités de manœuvres en politiques en portant les souffrances du peuple algérien à la connaissance des participants au Congrès et en démontrant la justesse de la cause algérienne. En 1961 à Belgrade (capitale de l’ex-Yougoslavie), une réunion des pays non alignés a fait de la cause algérienne le point nodal de ses travaux, constituant ainsi l’axe principal des débats.

Aux Nations unies, la nouvelle du déclenchement de la révolution algérienne a eu un écho retentissant. Dans la continuité des résolutions du Congrès de Bandoeng, en 1955, les pays de la coalition afro-asiatique  et les pays arabes ont introduit une motion réclamant la tenue d’une session extraordinaire au cours de laquelle la question algérienne devait être débattue. Le 13 juin 1956, les pays afro-asiatiques ont, une nouvelle fois, réclamé la tenue d'une session  extraordinaire sur l’Algérie, mais les pays membres de l’Alliance Atlantique, qui soutenaient la partie française, ont contraint le Conseil de sécurité à rejeter cette demande. Le 1er octobre 1956, les pays africains, arabes et asiatiques reviennent à la charge en introduisant une nouvelle demande d’inscription de la question algérienne à l’ordre du jour des travaux de la 11e session de l’Organisation des Nations unies, puis à la 12e session du 16 juillet 1957, ce même groupe des pays afro-asiatiques réussira à inscrire la question algérienne à l’ordre du jour… Enfin, c’est en 1958 que le principe du droit du peuple algérien à l'autodétermination fut évoqué. Cet évènement a coïncidé avec la création, le 19 septembre 1959, du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA).

Début du compte à rebours…

Le 16 juin 1959 les événements se précipitent. Le comité d’orientation des Nations unies provoque une réunion extraordinaire et recommande l’inscription officielle de la question algérienne à l’ordre du jour des travaux de l’assemblée générale. Le 22 août 1960, le GPRA demande à l'ONU l'organisation d'un référendum sous son contrôle.  Le 2 octobre 1960, une délégation conduite par Krim Belkacem, vice-président du gouvernement provisoire de la République algérienne se rend à New York pour assister à l’Assemblée générale des Nations Unies. Elle est reçue par le sénateur John F. Kennedy. Au cours des entretiens, M’hamed Yazid lira une déclaration devant la presse et des délégués onusiens à travers laquelle il dira  que «…La délégation algérienne a distribué à tous les membres de l’Assemblée générale le texte intégral du mémorandum sur la dénonciation du traité de l’Atlantique Nord par le GPRA». C’est lors de son séjour à New York que la délégation du GPRA a pu approfondir des alliances et renforcer la solidarité autour de la cause algérienne. Au cours des débats de politique générale, la plupart des intervenants ont condamné la guerre coloniale menée par la France en Algérie et proclamé leur entière solidarité avec le peuple algérien. Le 20 décembre 1961, l'Assemblée générale des Nations unies rend public un communiqué demandant aux deux parties  de poursuivre les négociations. La résolution fut adoptée par 62 voix pour et 32 contre.

Epilogue

Après les accords d’Evian qui ont conduit à l’indépendance, les Algériens découvrent qu’ils n’étaient pas seuls à condamner l’occupation de leur pays par les Français et qu’ils ont bénéficié de l’aide de plusieurs pays. En effet, bon  nombre d’Etats et de gouvernements se sont solidarisés avec la cause algérienne et ont apporté un soutien effectif au FLN.

Pays voisins et frères, le Maroc, la Tunisie et la Libye ont offert leurs territoires respectifs comme base arrière aux combattants algériens, notamment la Libye, qui organisa l’acheminement d’importants convois d’armes à destination des maquis algériens. L’Egypte ne sera pas en reste, puisque le président Gamal Abdenasser fournissait des armes au FLN avec l’appui de l’ex-Union Soviétique. L’affaire de l’arraisonnement du cargo Athos, le 24 octobre 1956, transportant plus de 70 tonnes d’armes destinées au maquis algériens, est là pour attester de cette solidarité égyptienne. Au plan diplomatique, les principaux soutiens étrangers ont été le fait de la République populaire de Chine, de l’Union Soviétique, de l’Indonésie, du Viêt Nam et de l’Inde. Plusieurs pays d’Europe, à l’instar de la Yougoslavie, gouvernée alors par le président Josip Broz Tito, soutient dès le 1er novembre 1954 l’Algérie. Sans oublier la Tchécoslovaquie et la Hongrie qui, elles aussi, fournissaient armes et équipements militaires.

Autre fait étranger non moins important : celui de la propagande radiophonique soutenant le déclenchement de la révolution à partir du Caire (Egypte) et de Budapest (Hongrie). Des pays  qui ont fait l’objet d’attaques de la part de l’occupant français. Car ces deux radios étaient très écoutées, aussi bien au Maghreb et au Moyen-Orient qu’en Europe et faisaient dans la sensibilisation sur la légitimité de l’autodétermination de l’Algérie. Toutes les tentatives de la France à vouloir faire taire ces stations radiophoniques furent vouées à l’échec.

Abderrachid Mefti

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