La presse française et le 1er Novembre 1954

Par Boualem TOUARIGT
Publié le 24 oct 2012
Les actions marquant le déclenchement de la guerre de libération ont eu un écho important au sein de la presse française tant en Algérie qu’en Métropole. Elles ont eu pour point commun de négliger leur importance et d’en attribuer la paternité à des « rebelles » téléguidés de l’étranger.
La presse française et le 1er Novembre 1954
La presse française et le 1er Novembre 1954
La presse française et le 1er Novembre 1954
La presse française et le 1er Novembre 1954
La presse française et le 1er Novembre 1954
La presse française et le 1er Novembre 1954
La presse française et le 1er Novembre 1954

La presse locale a montré une plus grande angoisse, soulignant la simultanéité des opérations qui se sont déroulées sur tout le territoire national. Elle s’est cependant voulue rassurante, négligeant leur importance. Elle a souligné l’impréparation, le côté artisanal des engins explosifs utilisés. Ce n’était pour elle que des actions sporadiques, sans lendemain, menées par des hommes inexpérimentés. Personne n’a abordé la signification politique, l’impact psychologique sur les populations. Il faudra attendre plus d’une année, lorsque la Révolution se sera bien ancrée pour voir les premiers articles de fond qui parleront de la nécessité d’apporter une réponse politique.

La situation angoissante dans les Aurès

L’ampleur des actions de résistance dans les Aurès fait l’objet de reportages qui révèlent une angoisse. Le Monde du 4 novembre parle d’«une véritable insurrection de plusieurs centaines de fusils » et de commenter : « Si dans les villes, à Alger notamment, et en Kabylie, les attentats semblaient surtout avoir été commis par de petits groupes terroristes agissant isolément avec des moyens rudimentaires, mais sous l’inspiration de consignes, les troubles qui se sont produits dans le massif des Aurès on revêtu en revanche le caractère d’une véritable insurrection armée de « plusieurs centaines de fusils » pour reprendre une expression officielle. »

La presse locale sort des titres chocs : « Dans Arris assiégée », « « Foum Toub a changé quatre fois de mains », n’arrivant pas à réduire l’ampleur de l’action armée. Et l’on parle déjà des mesures anti-guérilla. Les premiers combats dans les Aurès et les commentaires qui en sont faits préfigurent ce que sera la guerre de libération. Le Monde aborde, le 9 novembre 1954, les spécificités de la guerre qui commence : « Il est vraisemblable que le commandement donne l’ordre de former sur place des commandos légers, extrêmement mobiles, bien entraînés à la guérilla, et qui auront pour tâche de recherche le contact avec les bandes de hors-la-loi en usant de méthodes de combat analogues aux leurs. »

On croit annoncer les mesures du plan Challe de 1959 ! Parce que la tactique de la terre brûlée, des zones interdites et des camps de regroupement s’annonce très tôt. La presse française publiera une copie du tract de l’armée française demandant à des paysans de l’Aurès de rejoindre ce qu’elle appelle « des zones de sécurité ». Le Monde notera cependant le 23 novembre : « Les populations de l’Aurès n’ont que peu suivi l’ordre de repli sur les zones de sécurité. »

La main d’une organisation étrangère

Ce qu’on peut relever de commun à toute la presse française, c’est le fait de considérer les actions du 1er novembre comme ordonnées par une main étrangère. Le Monde reprend les propos du gouverneur général Roger Léonard qui signale la présence « d’une organisation secrète se rattachant elle-même aux organisations politiques directement inspirées par Le Caire. » Le journal publie en même temps une traduction de l’appel en arabe diffusé par la radio du Caire :

« Frères, l’Algérie est retournée à l’héroïque lutte pour la cause de la liberté, de l’arabisme et de l’Islam. Après une déroute voulue par l’impérialisme et qui a duré neuf ans, l’Algérie lève aujourd’hui partout fièrement la tête. Aujourd’hui, cinquième jour du mois de rabi (sic), correspondant au 1er novembre 1954, à une heure du matin, l’Algérie a commencé à vivre une vie digne et honorable. Aujourd’hui une puissante élite d’enfants libres de l’Algérie a déclenché l’insurrection de la liberté algérienne contre l’impérialisme français en Afrique du Nord. »

Dans une certaine mesure, c’était une information qui pouvait servir la Révolution algérienne. Les militants étaient tellement démobilisés devant les luttes fratricides qui divisaient le mouvement national qu’ils doutaient des capacités de celui-ci à déclencher une lutte armée. Même la population ne croyait à une chance de succès de la guerre de libération que si celle-ci était appuyée de l’extérieur. La propagande de la presse française sur une main étrangère rendait ce mouvement encore plus crédible. Le gouvernement français devait même adresser des protestations officielles à l’Egypte sur les commentaires jugés excessifs de sa radio.

La préparation du 1er novembre a été bien protégée

Par contre, la presse française dans sa totalité, suivant en cela les autorités françaises n’avait qu’une faible connaissance de la réalité des divisions internes du mouvement national. Les mesures de précautions prises dans la préparation du 1er novembre avaient montré leur efficacité. On dénonça les dirigeants installés à l’extérieur. Mohamed Khider a été désigné comme chef de la rébellion. Un autre journal désigna deux jours plus tard Ben Bella en publiant sa photo accompagnée de celle de son ancien codétenu de Blida Ali Mahsas. La presse n’avait pas les noms réels des différents responsables du FLN. On saura bien des années après que les services de police ne purent que plus tard percer le secret des pseudonymes. On publia même une photo de Krim Belkacem jeune, pourtant fiché depuis longtemps et condamné par la justice française. On l’aurait aperçu lors de l’attaque d’un car de transport où il aurait tenu un message politique aux passagers. La presse le traita alors de « complice du bandit Oumeri ».

Autre preuve que la préparation du 1er novembre avait été bien protégée, la presse se déchaîna sur Messali et sur les centralistes. Elle appuya la décision de dissolution du MTLD qu’elle considérait pour responsable. Elle reprit une déclaration que le messaliste Moulay Merbah, avait faite au journal Le Monde du 13 octobre 1954 : « Comme par le passé, le mouvement algérien luttera pour arracher directement des revendications sans pour cela oublier un seul instant ou y subordonner son objectif principal : l’indépendance de l’Algérie. » Le même journal reprenait même une déclaration contenue dans le 1er numéro de La Nation algérienne : « Le MTLD est pour l’édification d’une république algérienne démocratique et sociale. Tous les Algériens, sans distinction d’origine, ont le droit et le devoir de participer à cette œuvre. » Le journaliste osait même ce commentaire sur l’orientation des centralistes : « Le nouveau parti que dirige Lahouel pourrait faire penser au Néo Destour. » Messali et ses partisans ne rejetèrent pas l’idée d’avoir été derrière le déclenchement de la Révolution et bien après, beaucoup de combattants et de militants continuèrent à lui en attribuer la paternité.

Les centralistes qui avouèrent leur modération furent touchés par la même répression. Ils furent par la suite disculpés et libérés. Beaucoup d’entre eux rejoignirent aussi tôt le FLN.

Boualem Touarigt

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