la forme achevée d’une longue évolution du mouvement national
1er NOVEMBRE 1954

Par Boualem TOUARIGT
Publié le 23 oct 2012
L’explosion du 1er novembre a été l’aboutissement d’une longue évolution du mouvement national avec ses avancées et ses échecs, dans un rythme très souvent discontinu, avec de brusques accélérations et de longues périodes d’incubation. Cette évolution a été marquante dans le domaine des idées, des expressions et des revendications, ayant elle-même été déterminée par les transformations économiques et sociales du pays et les positions des différents courants politiques.
1er NOVEMBRE 1954
La maison de Lyes Derriche où s'est tenue la réunion des 22
Les massacres du 8 mai 1945
Mohamed Belouizdad premier chef de l'OS
Lahouel Hocine, le chef de file des centralistes
Messali Hadj
Mohamed Boudiaf

Le mouvement qui a déclenché la Révolution offre un projet politique central clair : l’indépendance politique. Et il dicte ses conditions. Pour la première fois, une force politique algérienne ne se contente plus d’aligner une série de revendications catégorielles ou locales, émiettées et hétérogènes. Elle exprime la remise en cause violente de la domination coloniale, après l’échec des tentatives d’évolution par étapes dans la reconnaissance des droits des populations algériennes et la répression comme seule réponse des autorités coloniales aux tentatives pacifiques légales des différents forces politiques algériennes. Les massacres qui ont suivi le 8 mai 1945 ont profondément traumatisé les militants de la cause nationale et les populations en général. Ceux-ci ne croient plus dans l’obtention de leurs droits par le jeu des moyens légaux de lutte. La stratégie de rupture avec le système colonial exprimée par le mouvement national populaire portée à l’origine par l’Etoile Nord-Africaine arrive à maturation et débouche sur le recours à la force.

Le mouvement national, dans son ensemble aura à se déterminer désormais par rapport au FLN. C’est celui-ci qui en sera l’élément fédérateur. Les évolutions dans les positions politiques des différentes forces, notamment après le 8 mai 1945, permettront au FLN de jouer ce rôle : les anciennes élites radicalisent leurs discours même si elles continuent la lutte légale dont elles ne croient plus à l’aboutissement avec le truquage des élections par l’administration coloniale et le blocage du gouvernement français même devant des revendications revues à la baisse; les couches moyennes émergent et deviennent dominantes dans le MTLD où elles font leur jonction avec les couches pauvres des campagnes et des villes ; le mouvement ouvrier s’écarte des demandes catégorielles et sa lutte se rapproche de la revendication nationale ; l’association des oulémas, fortement déçue par le gouvernement français qui renie ses engagements, ne croit plus à l’affirmation de la personnalité algérienne en dehors du triomphe de l’idée nationale et sans l’indépendance du pays.

Le 1er novembre dévoilera le système colonial dans sa dimension économique, politique et surtout idéologique. Le grand et le moyen capital européen commercial, industriel et même agricole montrera des capacités d’évolution après 1954 pour tenter de préserver ses intérêts. Ce sera plus difficile pour le « petit peuple blanc », surtout les couches pauvres et moyennes européennes des villes qui seront, dans leur grande majorité, violemment opposées à tout partage du pouvoir avec la majorité algérienne.

Le déclenchement du 1er Novembre sera le fait des paysans pauvres, mais il ne s’agit pas d’une révolte paysanne. La lutte qui s’enclenche est nationale et ses leaders, s’ils sont tous d’origine rurale, sont venus au militantisme politique dans les villes au contact du sous-prolétariat urbain et des nouvelles couches moyennes qui arrivent à l’idée d’indépendance. Ils ont assimilé l’héritage des mouvements de révolte et ont tiré les leçons des précédents échecs : la lutte sera une guerre populaire longue, avec un recours aux techniques de guérilla et menée par des combattants enracinés au sein des populations et dont la préparation et l’éducation politique seront capitales. Cette lutte trouvera des conditions favorables notamment la radicalisation des élites qui se rapprochent de l’idée d’indépendance, l’émergence du prolétariat urbain et la présence dominante des couches moyennes dans le mouvement national, ce qui à la fois facilitera l’émergence d’un front national après le déclenchement de la Révolution et expliquera les hésitations de la direction du mouvement national populaire devant le recours à l’action armée. L’éclatement du MTLD en deux fractions irréductiblement inconciliables fut une cause immédiate qui accéléra le déclenchement de la lutte armée. Ceux qui ont déclenché la Révolution ont été les plus à l’écoute des populations qui étaient convaincues que leur salut ne pouvait venir que de la lutte armée.

La revendication nationale populaire s’élargit

Le mouvement national, entendu au sens d’une revendication politique organisée guidée par des Algériens, prend sa forme moderne au lendemain de la Première Guerre mondiale. Jusqu’en 1936, il sera dominé par les représentants d’une élite traditionnelle, qui ne remettaient pas en cause d’une façon radicale l’assimilation ni la forme coloniale de la domination française. Ceux-ci porteront des revendications politiques limitées vers plus d’égalité et de droits politiques et sociaux. Cette élite traditionnelle s’exprima notamment dans le mouvement « Jeune Algérien » où apparaissait Ferhat Abbas et dans la Fédération des élus du Constantinois qui a été plus un regroupement de notables locaux sans emprise directe sur les populations vers lesquelles elle n’était pas tournée. Ferhat Abbas par exemple croyait en une société française égalitaire et juste où les citoyens de différentes confessions disposeraient des mêmes droits.

La revendication nationale populaire, celle qui exprimera les demandes des catégories populaires algériennes, a été portée par l’Etoile Nord-Africaine. Le PPA puis le MTLD en seront la continuité. Le FLN exprimera à sa naissance la tendance la plus radicale de ce mouvement. Ce courant politique a été fortement marqué par le caractère violent et totalitaire de la domination coloniale dans les domaines politiques, économiques et culturels qui le rendra plus réceptif à la contestation violente du système en place.

Dans les années trente du XXe siècle, la population algérienne était majoritairement rurale. L’assouplissement de certaines dispositions du code de l’indigénat, qui empêchait le libre déplacement des Algériens, permettra de répondre aux besoins en main-d’œuvre des entreprises françaises de la Métropole. Jusque-là, l’émiettement de la société algérienne freinait l’émergence de liens de solidarité qui dépassaient le cadre local et l’apparition d’un sentiment d’appartenance à une nation commune. Les particularismes traditionnels locaux persistaient avec la prédominance des liens familiaux, claniques, tribaux qui resteront dominants pendant des décennies. Ils marqueront longtemps l’Algérie. C’est donc tout naturellement dans l’émigration qu’apparaissent le sens d’une identité algérienne moderne et les premières formes de l’appropriation de l’espace politique par les catégories algériennes les plus pauvres. On peut dire que c’est là que naquit la revendication nationale populaire.

A partir de 1930, les Algériens sont de plus en plus nombreux dans les villes. En 1948, ils sont majoritaires dans la population urbaine : 1.129.482 (soit 61,44 %) pour 708.670 Européens, soit une augmentation de 56,37 % en douze ans. La tendance est aussi nette en 1954 où ils sont près de 65 %, ayant poussé de plus de 21,15 % en six ans. Ces couches issues de la paysannerie pauvre, présentes au sein de l’émigration et dans les villes, constitueront la base sociale du nationalisme populaire. Victimes de l’exclusion et de la répression, déracinées, elles sont sensibles à la revendication radicale et rejettent les mouvements modérés. Jusqu’en 1946, le mouvement national populaire est transformé dans son expression politique par son installation en Algérie et sous l’action de Messali. Au sein de l’ENA, sous l’influence du mouvement ouvrier français, la revendication nationale est conditionnée à la victoire politique des forces de gauche. C’est la victoire du socialisme en France qui devait apporter l’égalité aux Algériens. Messali accordera par contre la priorité à la revendication nationale à laquelle il soumet les demandes catégorielles à caractère exclusivement social. Il puise dans le fonds traditionnel et le caractère égalitaire de la pensée arabo-islamique pour donner corps à une revendication nationale populaire qui intègre la dimension nationale avec les objectifs sociaux et culturels. L’appartenance à l’Islam et les valeurs traditionnelles sont des marqueurs d’une différenciation et du refus de l’assimilation confondue avec la domination économique, la misère sociale et la répression. Le mouvement national populaire dirigé par Messali est alors en accord avec la sensibilité des couches pauvres rurales, et celles récemment urbanisées au sein de l’émigration et dans les villes algériennes. Le PPA puis le MTLD obtiennent le soutien populaire de ces couches.

Les déceptions de 1936 et le traumatisme de 1945

Le mouvement national dans son ensemble est déçu par le Front populaire qui arrive au pouvoir en 1936. Même au sein des élites, la croyance en une Algérie française égalitaire recule. L’association des oulémas qui avait axé la priorité de son action dans la reconnaissance de l’identité algérienne à travers le libre exercice de la religion et de l’enseignement de la langue arabe avait jusqu’alors accepté une évolution progressive et pacifique dans le cadre de l’Etat français. Les différentes forces politiques se réunissent autour du Manifeste du Peuple Algérien proposé à l’origine par Ferhat Abbas et enrichi par les autres composantes, qui restait un compromis modéré ne revendiquant pas alors la rupture totale. C’est un premier regroupement du mouvement national. Ses propositions sont rejetées par le gouvernement de la Résistance française dirigée par le général de Gaulle.

Les massacres du 8 mai 1945 traumatiseront profondément les Algériens et marqueront les évolutions du mouvement national. Ils annoncent et préparent le 1er novembre 1954. Les militants partisans de la remise en cause violente du système colonial acquièrent une plus grande influence. Leur réflexion politique avance rapidement. Ils pensent alors à lancer une guerre populaire qu’ils savent longue et dure. Ils ne croient plus à l’insurrection rurale violente et chaotique ni aux manifestations massives des populations urbaines. Ils deviennent les adeptes d’une guerre populaire qui naîtra dans les campagnes. Le travail de préparation et d’éducation politique sera déterminant : il faut s’enraciner dans le peuple, et l’éduquer pour le mobiliser et l’entraîner dans la lutte.

Après 1945, le mouvement politique des élites se radicalise. Même s’il envisage une évolution politique avec des étapes nécessaires comme compromis portant sur des revendications limitées, Ferhat Abbas a trouvé son ennemi principal qui est le système colonial avec lequel aucun arrangement n’est possible et il ne croit plus au seul combat des élites isolées de leur peuple. En juillet 1938, il avait tenté de lancer l’Union populaire algérienne (UPA) qu’il voulait un parti de masse. Mais il croyait encore à l’alliance avec des forces politiques françaises libérales pour transformer progressivement et pacifiquement le système colonial. Le 1er novembre 1954 le trouvera presque complètement désenchanté. Le parti communiste connaît aussi une évolution rapide. Il perd un certain nombre de ses cadres qui rejoignent le MTLD pendant que la revendication nationale devient prédominante et qu’il « s’algérianise ».

Les élites se radicalisent et la lutte armée s’impose

Le rapprochement avec les élites nationales est paradoxalement facilité tant par l’importance que prennent les couches moyennes dans le MTLD que par la mue de l’UDMA, parti créé par Ferhat Abbas. Cette dernière formation politique dénonce de plus en plus violemment le système colonial. Elle ne veut plus être une fédération de notables locaux et elle est à la recherche d’une base populaire. Au sein du MTLD, un groupe important dans la direction est proche d’un rapprochement avec l’UDMA. Il est dirigé notamment par Hocine Asselah. Même le groupe radical du MTLD emmené par Lamine Debaghine, qui s’est prononcé contre la participation électorale, n’est pas totalement opposé au regroupement des fores patriotiques.

A son retour en Algérie en 1946, Messali réussit à imposer l’action légale alors que la base du parti est portée vers l’action violente. En 1953, le MTLD est un parti de masse. Il est suivi par les populations rurales et les nouvelles couches urbaines pauvres issues des campagnes. Il attire aussi de larges factions des couches moyennes et de plus en plus d’intellectuels. C’est l’évolution de la coexistence de ses différentes catégories et de leurs expressions politiques particulières qui déterminera l’évolution du mouvement national. Le MTLD a une large base populaire dont les éléments les plus pauvres et les plus déracinés (dans les campagnes et dans les villes) se reconnaissent dans les militants radicaux partisans de la lutte armée. La présence des couches moyennes et des intellectuels expliqua en partie les hésitations devant le recours à la force, mais facilita la jonction avec les courants à l’origine modérés du mouvement national.

La force du FLN a été d’avoir pu et su capter cet héritage du MTLD. Celui-ci tient un congrès le 15 février 1947 qui aboutit à un compromis qui exprime sa diversité sociale et politique. On maintient les trois branches du parti. Le MTLD en est la couverture légale qui participera aux élections et que dirigera Ahmed Mezerna. Le PPA, expression de la tendance nationaliste traditionnelle, est maintenu comme caution qui empêchera de verser dans l’électoralisme. Dirigé par Ahmed Bouda et Omar Oussedik, il devra veiller à ce que la lutte politique au grand jour serve exclusivement à propager les idées d’indépendance. Enfin le congrès met en place une structure chargée de préparer l’action armée, l’Organisation Spéciale dirigée par Mohamed Belouizdad. Mais celle-ci sera tacitement contenue et isolée, la direction officielle lui refusant les moyens demandés.

Le trucage par l’administration des élections du 4 avril 1948 renforce le camp des radicaux. Le comité central qui se tient à Zeddine en décembre 1948 est un événement capital dans l’évolution de la lutte armée. Le rapport présenté par Aït Ahmed qui venait de remplacer Belouizdad très malade (il décédera en 1952 de tuberculose) est approuvé à l’unanimité moins deux voix. Ce seront celles d’Ahmed Bouda qui exprima son opposition et Messali qui s’abstint. Ce comité central définit les formes de la guerre populaire à mener : il s’agira d’une « guerre de partisans menée par les avant-gardes militairement organisées des masses populaires elles-mêmes politiquement mobilisées et solidement encadrées. » Il rejette à la fois le soulèvement général, les grandes manifestations populaires et la constitution de zones franches. Même le terrorisme généralisé n’est considéré que comme appoint à la guerre populaire. Il préconisait aussi de lutter contre l’hégémonie des communistes dans les syndicats et de développer le travail au sein de l’émigration.

La coexistence impossible au sein du MTLD : logique d’appareil et allégeance au chef

Expression de la confusion et de la non-décantation, dans le premier état-major de l’OS désigné en novembre 1947, il y eut de futurs dirigeants du FLN en 1954 (Aït Ahmed, Ben Bella, Boudiaf) et d’autres qui seront dans le mouvement messaliste (Maroc, Reguimi, et même Djillali Belhadj qui sera indicateur de la police française). L’OS avait défini les principes d’organisation qui seront repris dans le FLN avec la limitation de chaque groupe à quatre éléments au maximum, le cloisonnement très strict entre les différents groupes, l’utilisation de pseudonymes, un système complexe de rendez-vous et de rencontres. On édita une brochure portant sur les techniques de guérilla et le maniement des armes. On organisa même deux stages de préparation militaire en janvier et août 1948 dans l’Ouarsenis et le Dahra. A cette date, le mouvement clandestin est divisé en six grandes régions : le Centre dirigé par Djillali Reguimi, l’Est dont les deux régions sont sous l’autorité de Boudiaf, l’Ouest confié à Ben Bella, la Kabylie à Ould Hamouda et le Sahara, en fait confiné à Djelfa et Laghouat, à Ali Mahsas. On monte même trois ateliers de fabrication de bombes (deux à Alger et un en Kabylie) et un premier embryon de service de communication par radio tenté par Mohamed Mechati et Aïssa Boukerma. Pendant l’année 1949, les militants de l’OS mèneront quelques actions et 50 d’entre eux prirent le maquis en Kabylie.  

Un militant de l’OS de Tébessa qui échappe à une expédition punitive de ses compagnons de lutte dénonce l’organisation, ce qui déclenche une vague d’arrestations entre le 19 mars et le 17 mai 1950. Le déclenchement de la lutte armée est différé.

Jusqu’au 1er novembre 1954, la vie du MTLD est marquée par les dissensions au sein d’une direction qui hésite devant le recours à la lutte armée et la continuation de la participation électorale. La coexistence de différents courants politiques s’explique en partie par la présence des cadres venus d’origines sociales différentes. A la tête de l’OS (du moins de ce qu’il en reste après les arrestations et l’exil d’un grand nombre), on retrouve des dirigeants issus de la petite notabilité rurale et proches des revendications des catégories les plus exclues du système colonial. Mais l’organisation n’est pas la campagne. Elle reste une structure marquée par la formation de ses militants dans les structures urbaines du parti. L’encadrement est sérieux et réfléchi, ayant compris l’importance du travail politique et préparé à la guerre de guérilla.  Par contre, les couches moyennes et les intellectuels dominent dans la direction du parti : ils sont 17 sur 30 en avril 1953. En avril 1948, le parti présente 52 candidats aux élections parmi lesquels 11 commerçants, 9 venant du corps enseignant, 6 de l’appareil judiciaire, 3 du milieu médical et 10 permanents. La direction est plus encline à maintenir la voie légale et à rechercher des alliances avec les autres forces nationales. Aux élections municipales de 1953, les élus MTLD acceptèrent même de collaborer avec des majorités européennes libérales.  Messali hésite aussi devant le recours à la lutte armée. De 1945 à 1954, c’est sous son impulsion que les modérés accentuèrent la marginalisation progressive des radicaux. Il cherchait le pouvoir absolu dans le parti dont il s’estimait le propriétaire. C’est ce qui guida sa ligne politique et ses alliances Dans les mois qui suivirent le congrès de 1947, Il s’allia avec les modérés contre Lamine Debaghine qui représentait la tendance radicale. Il invoquait l’appui à la lutte armée comme un argument de pouvoir dans un parti dont les cadres étaient réticents devant le recours à la violence. Dès janvier 1952, il s’opposa violemment à la nouvelle direction du parti qui ne lui était pas soumise. A la légitimité d’appareil des cadres modérés du parti, il opposa une légitimité personnelle, quasi mystique, faisant plus appel au lien de la base directement avec son leader et où domine l’allégeance,  reste fort des sentiments traditionnels d’appartenance des populations rurales. Il fit bloquer la tendance réformiste en soulevant la masse des militants de base contre ceux qu’on appela les « centralistes », les modérés de la direction regroupés dans le nouveau comité central.

Empêché par une mesure judiciaire, il est absent du congrès d’avril 1953 où les réformistes imposent le recours à l’action légale et la recherche d’alliances avec d’autres forces politiques nationales. S’ils arrivent à exclure leurs opposants des instances dirigeantes, ils ne veulent pas se couper de la base radicale. Ils installent donc une commission chargée de préparer la lutte armée dont la présidence est confiée à Messali et dont fait partie Ben Boulaïd. Ils accepteront de laisser à Messali le soin de désigner une direction provisoire et ils prônent un congrès de réunification. En même temps ils se rapprochent des radicaux, anciens militants de l’OS.

Le CRUA : une alliance temporaire

Le 23 mars, se tient une réunion entre Lahouel, Abdelhamid Sid Ali, Dekhli (tous trois membres du comité central) et Bouchebouba qui venait de succéder à Dekhli au poste de contrôleur général ainsi que Ben Boulaïd et Boudiaf, connus tous les deux pour leurs positions radicales. La nouvelle structure qui se proposait de dépasser les clivages, en réalisant l’accord du parti sur l’action armée, prit le nom de Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA). On décida la rédaction du bulletin Le Patriote, financé par le comité central et dirigé par Salah Louanchi dirigeant des scouts et membre du comité central. Messali ne pardonna pas aux activistes cette alliance qu’il considérait comme un complot dirigé contre lui. Il éconduisit violemment Ben Boulaïd qui l’en avait informé. Cette alliance dura de mars à juillet 1954, marquée cependant par une méfiance réciproque entre ses participants. Les deux partisans de l’action immédiate au sein du CRUA (Ben Boulaïd et Boudiaf) regroupent fin juin des éléments sûrs, anciens de l’OS. Ce fut la « réunion des 22 ».

En juillet 1954, avec Khider et Ben Bella, ils rencontrèrent à Berne en Suisse deux représentants des centralistes Hocine Lahouel et M’hamed Yazid qui leur annoncèrent la prochaine dissolution du comité central et leur promirent la cession des fonds du parti. La promesse ne fut pas tenue par la suite. Les radicaux vont eux-mêmes accélérer l’éclatement du MTLD et résoudre en quelque sorte l’impossible coexistence de courants politiques partagés sur le recours à la lutte armée. Cette coexistence deviendra possible et se transformera en alliance au sein du FLN une fois la lutte armée déclenchée.

Après leur conférence nationale du 10 juillet, les centralistes retirent définitivement leurs représentants du CRUA. Messali tient son propre congrès à Hornu en Belgique du 13 au 15 juillet 1954 qui exclut huit dirigeants centralistes et le proclame président à vie. Le 15 août les centralistes tiennent leurs propres assises à Belcourt où on vote la déchéance de Messali et l’exclusion de Mezerna et Merbah. Paradoxalement, on nota une forte présence des couches moyennes, des intellectuels et des représentants des mouvements syndicaux et étudiants auprès de qui les partisans de la lutte armée jouissaient d’une forte sympathie.

Les radicaux accélèrent la préparation du soulèvement et le groupe des 22 fait sa jonction avec les maquisards de Kabylie menés par Belkacem Krim et Amar Ouamrane et obtient le soutien total des représentants de la délégation extérieure installée au Caire (Khider, Aït Ahmed et Ben Bella). La Révolution allait s’engager le 1er novembre 1954 avec des moyens matériels dérisoires.

Boualem Touarigt

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