Octobre 1958
Retour sur la bataille d'El Merdja

Par Hassina AMROUNI
Publié le 04 nov 2019
En 1958, l’Ouest du pays a connu l’une des plus âpres et plus sanglantes batailles de la guerre de libération nationale : la bataille d’El-Merdja.
Général  Gilles à gauche
Moudjahidine de Saida

Nous sommes à la fin du mois d’octobre, le général Gilles engage une vaste opération de ratissage dans la région entre Saïda et Berthelot (aujourd’hui Youb). Pas moins de 20 000 soldats envahissent la région. Progressant pendant plusieurs jours au cœur de cette région boisée, le corps d’armée d’Oran (CAO) parvient à boucler tout le périmètre allant de djebel Tafident à l’est aux djebels Abdelkrim et Tenfels au sud.
Après avoir installé son PC près du village de Doui Thabet, situé à la lisière des monts de Dhaya et de Saïda, à la limite des zones 5 et 6 de l’ALN, le général français ordonne à ses hommes de ratisser secteur par secteur, ce qu’ils font durant plusieurs jours, passant au peigne fin toute la région.
Or, deux katibate s’y trouvaient déjà ainsi que le PC de la zone 5, commandé par le capitaine Si Abdelhadi et qui se trouvait à proximité du lieu de ratissage.
Sentant l’imminence du danger, la katiba, commandée par l’officier Nadji Kouider, décide de se replier sur les hauteurs d’El-Merdja, jusqu’au départ des troupes coloniales, ignorant qu’elle venait de s’établir non loin du PC de la zone 5.

Changement de tactique

 

Les troupes ennemies qui essaimaient les environs changent subitement de tactique. Le général Gilles, agissant sans doute sur la base de renseignements, ordonne à ses hommes d’encercler le lieu où étaient repliés les deux katibate et le PC de la zone 5. Immédiatement, un déluge de feu s’abat sur les moudjahidine. Les forces coloniales recourent à l’artillerie lourde, à savoir bombardiers B6 et T6, sans oublier ce que l’on appelait par euphémisme les « bidons spéciaux » (bombardements au napalm). Les hélicoptères larguent par ailleurs des centaines d’hommes appartenant au Régiment étranger parachutiste, venant ainsi en renfort aux troupes au sol.
Le combat est inégal à tous points de vue, mais les troupes de l’ALN résistent vaillamment. Le lieutenant Si Kheireddine Gueroudji réitère l’ordre à ses hommes de ne tirer qu’à bout portant pour économiser les munitions. Pour cela, les moudjahidine se positionnent sur les crêtes afin de dominer la région et d’anticiper les attaques ennemies. Ces affrontements vont durer plusieurs jours consécutifs durant lesquels ni les combattants de l’ALN ni les pauvres villageois ne seront épargnés par la hargne et l’horreur des attaques coloniales.
A la fin du deuxième jour, les katibate sont pratiquement à cours de munitions aussi, pour continuer à résister, les membres des katibate livrent bataille au corps à corps. C’est l’une des nuits noires de la Révolution où les moudjahidine au péril de leur vie et dans un sursaut de courage vont résister jusqu’aux ultimes instants.
Tard dans la nuit du 23 octobre, quelques grappes d’hommes parviennent à s’extraire de la nasse de feu. Ils sont 52 maquisards à réchapper à la mort, laissant derrière eux plus de 90 martyrs entre combattants et villageois.
L’une des deux katibate a perdu, au cours de cette bataille, plus de la moitié de ses effectifs dont le lieutenant Kheireddine Gueroudji tandis que l’autre katiba qui a consenti autant de sacrifices a déploré également les pertes de l’aspirant Si Ameur et Ba Ali.
Le capitaine zonal, Si Abdelhadi, tombera lui aussi au champ d’honneur, ce 23 octobre 1958, après un combat inégal contre l’ennemi. Ce dernier, malgré une supériorité en hommes et en armes, ne sortira pas indemne de cette bataille où il perdra plusieurs centaines de soldats, d’officiers et de sous-officiers (on avance le chiffre de 500 hommes tués et blessés, parmi les troupes françaises). Les pertes en armes seront, elles aussi, considérables (un avion T6 et deux hélicoptères abattus).

Des prisonniers torturés puis massacrés

Au cours de cette bataille, les troupes armées françaises parviennent à capturer une vingtaine de personnes, entre moudjahidine et villageois. Conduits au PC, ces derniers sont parqués dans un coin et attachés avec du fil de fer.
C’est alors que le général Gilles reçoit un message qui va le faire entrer dans une rage folle. Il apprend en effet que son fils, lieutenant de l’armée coloniale, vient d’être tué par les troupes de l’ALN au cours d’un accrochage qui a eu lieu au sud, entre El-Bayadh et Boualem. Le général Gilles, sans aucun remords et dans un esprit de vengeance bestial, fait exécuter à l’arme blanche tous les prisonniers. Seul l’un d’eux, en l’occurrence Zaoui dit l’intendant, car il était chargé du ravitaillement de l’ALN dans la région, parviendra à échapper à ses bourreaux, traversant l’Oued El-Merdja pour arriver enfin en lieu sûr. C’est lui qui témoignera de ces faits abjects et donnera des détails sur la mort en martyrs des autres prisonniers.
Après l’indépendance, les habitants de la région retireront d’un puits situé non loin du lieu de ce massacre collectif, les restes de 54 cadavres, certains portant des treillis militaires et d’autres des tenues traditionnelles.

Hassina Amrouni

Sources :
https://www.vitaminedz.com/bataille-d-el-merdja/Articles_249_297750_20_1...
http://saidabiida.canalblog.com/archives/2015/03/03/31635840.html

DOSSIER

Les prémices d’une rupture

Aux origines du CRUA

GUERRE DE LIBERATION

Les frères martyrs

Abdelkader Menouar et Mohamed Badaoui

MOUVEMENT NATIONAL
FIGURES HISTORIQUES
GRANDES DATES
MEMOIRE

La moudjahida

Portrait de l’artiste plasticienne Aïcha Haddad

UNE VILLE, UNE HISTOIRE

Ath Yenni, Le Mont des orfèvres

Histoire de la ville