De Tingartia la Romaine à Tiaret

Par Hassina AMROUNI
Publié le 27 mai 2014
L’Histoire de Tiaret est millénaire. La première présence humaine remonte à cinq cent mille ans. A l’Atlanthropus Mauritanicus succéderont l’Atérien puis l’Ibéromaurusien avant devoir l’arrivée du Capsin, en provenance du Proche-Orient.
Homme de la nécropole de Columnata
Fort de Djebel Lakhdar-Les Djeddars de Djebel Lakhdar-Galerie de Ternaten, façades et édifices culturels romains
Abderrahmane Ibn Rostom
Le marché arabe
La mosquée "El-Attik"

En s’installant en Afrique du Nord, cet ancêtre du Berbère laisse dans la région de Tiaret un outillage lithique appelé « faciès tiarétien » et daté de sept mille ans.
Avec l’avènement du règne romain, Tiaret et ses environs vont connaître une domination qui va, ensuite, se généraliser à toute l’Afrique du Nord. Ils construisent sur le col du Djebel Guezzou une forteresse qui fera partie du « limes »*. Cette forteresse sera baptisée Tingartia, nom qui proviendrait probablement de T(i)n qui signifie campement et Gader, lieu fortifié, en référence à un possible village berbère près duquel le fort romain aurait été érigé. Vers l’an 200, la région connaîtra une période d’embellie grâce à la culture de l’huile et au blé de la plaine du Sersou. Mais à partir du Ve siècle, l’empire romain perd son hégémonie, remplacé par des princes berbères latinisés qui créeront dans la région plusieurs royaumes dont celui de Tiaret.

Ibn Rostom fonde Tihert

Alors qu’elle est occupée par les soldats grecs de Byzance, Tingartia voit, dès 681, l’arrivée des Arabes sous la direction de Okba Ibnou Nafi. Les tribus berbères, les Beni Ifren et les Maghraoua, quittent la région, tandis que d’autres choisissent de rester. C’est sur les ruines de l’antique Tingartia que sera érigée Tahert ou Tihert Al Qadima (l’ancienne). Mais elle ne réussira jamais à connaître le faste. Aussi, dès son arrivée de Kairaouan en 761, l'imam Abderahmane Ibn-Rostom, chef religieux Kharédjite d'origine persane, fonde dans la vallée de Oued Mina, à une dizaine de kilomètres à l’est de Tiaret, « Tihert Al Jadida » (Tihert la neuve). Les autochtones, séduits par cette doctrine préconisant le choix du chef de la communauté parmi les plus pieux, les plus sages et les plus savants, les accueillent favorablement.
La ville connaîtra très vite une vie prospère, marquée par une grande justice sociale. Les historiens rapportent que Abderrahmane Ibn Rostom gouverna avec tant d’égalité et d’équité que personne ne contestait ses décisions ni ses jugements. Tihert attira, de ce fait, des gens d’origines et de confessions religieuses diverses, en quête d’une terre sereine et d’une justice sociale. Toutes les tribus de la région, du nord de Tanger à La Calle (El Kala), du sud de Tlemcen au djebel Nafoussa (en Libye), en passant par les tribus des oasis sahariennes seront d’obédience kharédjite, reconnaissant la souveraineté de l’imam. De 761 à 909, un véritable état ibadite d’Afrique du Nord sera créé par la dynastie Rostémide.
Tihert recevra, par ailleurs, de nombreux savants, devenant ainsi un pôle intellectuel où les étudiants venaient parfaire leurs connaissances en droit, en astronomie, en théologie, en grammaire ou encore en mathématiques…

Carrefour commerçant

Carrefour intellectuel, Tihert sera très vite une plaque tournante du commerce dans la région. Elle créait la jonction entre l’Afrique Noire « Biled Essounan » – fournisseur d’or, d’ivoire, de plumes d’autruche… –, le Tell, producteur de céréales et l’Espagne musulmane « Biled Al Andalous ». La ville possédait aussi de grands bazars où étaient pratiquées toutes sortes d’échanges commerciaux, cela, sans oublier les caravanes qui transitaient par la région. Les commerçants génois ou vénitiens venaient y faire de bonnes affaires. Mais cela ne sera sans susciter des envieux, à commencer par le roi de Fes, Idris. Il sera le premier à attaquer le royaume de Tihert mais il essuiera un échec. En 909, les Fatimides attaquent le royaume de Tihert. Ce dernier déjà affaiblie par plusieurs attaques des tribus voisines auxquelles il a dû faire face sera défait. Le dernier descendant Rostéomide régnant, Yakhtan, après sa défaite sera condamné à mort. La ville tout entière sera saccagée et les richesses pillées. Les Ibadites qui réussissent à réchapper aux massacres fuiront vers le désert. Après s’être installés un temps à Sedrata, au sud de Ouargla, ils retrouvent enfin une terre sereine sur les rives de l’oued M’Zab. C’est là que vivent jusqu’à ce jour leurs descendants.
Tihert se retrouvera longtemps au cœur d’une guerre violente entre le khalife Omeyyade d’Al Andalous, aidé de ses alliés marocains, les Idrissides de Fès et le khalife fatimide. A chaque incursion, la ville subit des dommages considérables mais, à chaque fois, elle renaîtra de ses cendres par la seule volonté de ses habitants.
Vers 1209, elle sera prise par Ibn Ghania, un aventurier originaire de l’île de Majorque. Pillée et ses habitants massacrés, elle finira par être reprise par les Almohades qui exercent une hégémonie sur l’Afrique du Nord. Tihert Al Haditha sera détruite et selon l’historien Ibn Khaldoun « depuis cette époque elle est restée sans habitants ». Il ne restera que Tihert Al Qadima.

Arrivée des Turcs

Dès leur arrivée à El Djazaïr, les Turcs vont installer, dès 1516, une garnison à Tihert pour pouvoir avoir le contrôle sur les tribus indigènes mais aussi pouvoir surveiller la piste du sud menant au Sahara. Tihert sera, dès lors, rattachée à l’Odjak et devient le siège d’un caïdat dépendant d’Oran. A cette époque, Tihert déclina, devenant une bourgade insignifiante. Ses habitants commenceront à la déserter peu à peu, pour fuir l’injustice sociale et l’exploitation fiscale des janissaires et des agents turcs. Pendant plus de 300 ans, Tahert demeurera en l’état, ne réussissant guère à sortir de sa misère ou de sa décrépitude.

Débarquement français et tentatives d’expansion

Débarquant à Sidi-Ferruch le 14 juin 1830, les Français occupent Oran le 4 janvier 1831. C’est le début de la conquête de l’ouest algérien. Cependant, la mission sera loin de s’avérer facile pour eux car les tribus proclament l’Emir Abdelkader pour combattre ce nouvel occupant. Tlemcen et Mascara étant trop proches du Tell et donc soumises à une menace constante des troupes françaises, l’Emir Abdelkader va ériger une capitale plus au sud qui pourra être à l’abri du danger. Il choisit pour cela le site de Tihart Al Haditha. Et c'est sur les ruines de la Tihert des Rostémides qu’il va construire Tagdempt. Il prévoira des fabriques d’armes et de munitions ainsi que des magasins de matériel et des réserves de vivres. Tagdempt sera une ville très active abritant quelque 500 familles. Conscient du danger que pouvait représenter Tagdempt, le gouverneur Bugeaud s’attela à la détruire. L’affrontement fatal aura lieu le 24 mai 1841. Le village tout entier sera rasé et les troupes françaises s’y installeront dès le lendemain. D’abord sous l’autorité militaire, la ville devient le siège d’un commissariat civil avant d’être érigée en commune.
Tihert disparaît pour laisser place à Tiaret.

Hassina Amrouni


* Le « limes romain » représente la ligne frontière de l’Empire romain à son apogée au IIe siècle apr. J.-C. Le limes s’étendait sur 5 000 km depuis la côte atlantique au nord de la Grande-Bretagne, traversant l’Europe jusqu’à la mer Noire et, de là, jusqu’à la mer Rouge et l’Afrique du Nord, pour revenir à la côte atlantique. Il s’agit de vestiges de murs bâtis, de fossés, de forts, de forteresses, de tours de guet et d’habitations civiles. Certains éléments de la ligne ont été découverts lors de fouilles, d’autres reconstruits et quelques-uns détruits. (Source : Unesco).
Sources :
www.tihert-tiaret-dz.over-blog.com
www.wilaya-tiaret.dz


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