Un riche patrimoine à valoriser
Tamentfoust

Par Hassina AMROUNI
Publié le 30 jui 2018
Elle a vu le passage de plusieurs civilisations mais très peu de traces subsistent des premiers conquérants.

Après le débarquement des Phéniciens qui en ont fait un comptoir commercial puis des Romains qui créent une colonie de droit romain, les Vandales arrivent et détruisent tout ce qui a été construit par leurs prédécesseurs. Les Byzantins mettent fin à ce règne chaotique au milieu du VIe siècle après J.-C., reconstruisent ce qui a été rasé, y installent une garnison avant d’en faire le siège d’un évêché au début du VIIe siècle.
A partir de cette période jusqu’à l’arrivée des Ottomans, l’Histoire est floue car peu d’historiens en évoquent le déroulement. On sait, ensuite, que les Ottomans arrivent au XVIe siècle mais là encore très peu de documents anciens reviennent avec exactitude sur cette partie de notre longue et riche Histoire, hormis, sans doute celui d’Al-Idrîssî qui en faisait une petite description au XIIe siècle.
Cela dit, on sait que les Turcs, pour bâtir le vieux port d’Alger et fortifier toutes les places importantes contrôlant l’entrée de cette baie, ont exploité la plupart des monuments antiques comme matériaux de construction. Tamentfoust, qu’ils jugent être un site exceptionnel et surtout stratégique, est confortée par la construction par Ramdan Agha d’un fort imposant vers 1661, sous le commandement de Ismaïl Pacha.
Dès lors, ce port situé à l’Est d’Alger va devenir l’escale privilégiée des bateaux transportant les envoyés du Sultan ottoman aux pachas d’Alger.
Les émissaires annonçaient leur arrivée à coups de canons, auxquels répliquaient d’autres détonations en provenance du fort. Exposé, cependant, aux éléments marins mais surtout ayant été endommagé lors du bombardement que l’amiral français Abraham Duquesne lui a fait subir en 1683, le dey Mezzo Morto ordonne en 1685 des travaux de restauration et de consolidation.
Il faut savoir que l’animosité, voire les conflits entre Algériens et Français sont antérieurs à 1830. En effet, les deux nations se reprochaient mutuellement les prises corsaires effectuées par les uns et les autres et la mise en esclavage d’hommes à Alger et Marseille. D’ailleurs, après le débarquement des Français en Algérie en juillet 1830, ce n’est sans doute pas un hasard si les environs de Tamentfoust ont été baptisés Jean Bart ou Surcouf, du nom de deux célèbres corsaires français. Une sorte de revanche.
Pour revenir au fort de Tamentfoust, il faut savoir qu’il est de forme octogonale et est doté de murs d’enceinte d’une hauteur atteignant les 9 mètres. Il comprenait à l’époque 22 pièces de canons : une pièce donnant sur le côté où s’ouvre la porte d’entrée et trois autres sur chacun des sept autres côtés du fort.
Avec une seule ouverture servant d’entrée, le bordj est entouré d’un large fossé que l’on doit enjamber, en empruntant une passerelle en bois mesurant cinq mètres de long sur un mètre cinquante de large. Une fois la porte franchie, on pénètre dans un couloir conduisant vers une cour à arcades, sur laquelle s’ouvrent diverses pièces et magasins : une cuisine, une salle de prière, une prison, un hammam et un dépôt d’armes. Par ailleurs, un escalier permet d’accéder à la terrasse d’où l’on pouvait jadis surveiller les alentours et attaquer l’ennemi à coups de canons.
Il faut savoir que ce bordj qui constituait, à l’époque l’un des plus importants éléments de défense de la baie d’Alger et était également, selon le notable kouloughli Hamdan Khodja, le lieu de rencontre des chefs de tribus et de zaouïas. Ces derniers, pour mettre au point une stratégie de combat et de révolte contre l’occupant français, s’y réunissent le 23 juillet 1830.
Quelques années après l’indépendance, plus précisément en 1967, les autorités culturelles de l’époque décident d’inscrire ce monument dans l’Histoire du pays, en le classant patrimoine national et, depuis le 27 mai 1999, il fait office de musée. Ce dernier compte trois espaces, le premier consacré à l’ère préhistorique, contient plusieurs outils, dont de fines pointes de flèches de l’époque néolithique, le second, réservé à la période antique renferme quelques stèles votives dédiées au dieu Saturne et un imposant sarcophage, quant au troisième espace, dédié à la période islamique, il a pour principale curiosité, un tronçon de canalisations d’eau remontant à l’époque ottomane.
Non loin du fort, se trouvent les ruines de l’antique Rusguniae. Ces dernières ont été classées le 12 septembre 2012 bien culturel et sont protégées par un dispositif législatif. Malheureusement, beaucoup de constructions ont fini par engloutir ces pans de notre passé et de notre mémoire. Seuls quelques vestiges restent visibles dans cette nature verdoyante, comme les thermes du sud-est. On y reconnaît, sans trop de difficultés, les « salles froides, situées au nord du bâtiment, commandées par un vaste frigidarium dont le sol est recouvert d’une belle mosaïque polychrome. Sur le côté est du frigidarium s’ouvre une piscine fermée en abside. On y descend par un escalier de trois marches. Un mortier hydraulique recouvre le fond de la piscine et remonte sur près d’un mètre et demi le long des murs. Ces derniers sont percés de trois niches symétriquement disposées, dans lesquelles l’eau se déversait.

Hassina Amrouni

Sources :
*Plusieurs articles de la presse nationale quotidienne

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Le 1er novembre 1954

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CONTRIBUTION

Syphax et la rencontre de Siga

Ain Temouchent (206) AV J.C