Mortes sur l’autel de la liberté
Meriem et Fadéla Saâdane

Par Hassina AMROUNI
Publié le 23 fév 2013
Le courage et l’abnégation dont a fait preuve la femme algérienne durant la guerre de libération nationale et son engagement au combat en première ligne ont fait d’elle un exemple qui honore toutes les femmes algériennes, notamment celles de la génération post- indépendance, qui voient là, la référence à suivre.
Meriem et Fadéla Saâdane
Femmes moudjahidate
Femmes moudjahidate

La mémoire de toutes les femmes qui ont donné leur vie pour l’idéal patriotique est célébrée à chaque occasion, mais certaines martyres restent moins connues, à l’image de Fadila et Meriem Saâdane, deux sœurs mortes sur l’autel de la liberté. Petite halte commémorative sur le destin hors du commun de deux jeunes Algériennes au parcours emblématique et au courage hors du commun.

Fadila, symbole de courage

Fadila Saâdane a vu le jour le 10 avril 1938 à Ksar El Boukhari dans la wilaya de Médéa, d’un père instituteur. A la mort de ce dernier à Saint-Arnaud (aujourd’hui El Eulma), la famille retourne vivre provisoirement à El Harrouch, avant de s’établir définitivement à Constantine où elle vit dans le quartier arabe, à la rue Abdallah Bey. C’est au sein de son entourage familial que Fadila est initiée au militantisme, notamment favorisé par son lien avec son oncle, le docteur Saâdane, leader du mouvement national. Brillante élève, elle intègre le Collège de jeunes filles de la ville où elle assoit  ses connaissances mais aussi ses idées partisanes au contact d’autres lycéennes,  ce qui la conduit à rejoindre, dès l’âge de 16 ans, l’Association de la Jeunesse estudiantine musulmane de Constantine, branche du Parti du peuple algérien (PPA). Brillante et courageuse, Fadila finit par être désignée membre du bureau de cette association qui comptait plus de 230 adhérents parmi lesquels Halima Maïza et Belaïd Abdesselam. Cette association qui avait pour objectif de maintenir un fil conducteur entre les étudiants musulmans de la ville de Constantine et de prolonger l’œuvre scolaire par l’organisation de loisirs culturels (création d’un journal estudiantin, une bibliothèque, organiser des cours…) a été invitée par l’association artistique El Mezhar El Qssentini, dirigée par l’homme de lettres et membre de l’association des Oulémas, Ahmed-Réda Houhou à travailler de concert pour un but commun : celui de défendre la personnalité algérienne opprimée et d’œuvrer à une prise de conscience effective.


Fadila Saâdane sera, dès lors, sur tous les fronts, consciente de l’importance du rôle qu’elle est en train de jouer pour se libérer des chaînes de l’oppression. Son engagement sans faille pour la justice et le droit de ses concitoyens l’amène, notamment, à lancer plusieurs mouvements de grève pour obliger les autorités coloniales à plus de respect de la confession musulmane surtout en ce qui concerne la nourriture. En effet, le personnel français de son collège servait volontairement de la viande de porc aux élèves musulmanes, ce qui pousse Fadila et ses amies à se révolter pour exiger plus de respect.
Et lorsque l’UGEMA lance son appel à la grève illimitée le 19 mai 1956, suivie par l’association des lycéens, l’AJEMA, Fadila Saâdane n’hésite pas à abandonner ses études, ratant la deuxième partie de son examen du baccalauréat pour rejoindre le mouvement de contestation, en réponse à l’appel lancé aux étudiants pour rallier les rangs du FLN et de l’ALN. Fadila Saâdane ainsi que Anissa Ghamri, enseignante et Zohra Gherib, lycéenne seront les premières à rallier une cellule du Front de libération nationale. Elles avaient pour mission de soutenir les actions entreprises par les fidayïnes, d’acheminer le ravitaillement, les médicaments et autres produits nécessaires aux moudjahidine dans les maquis du djebel Ouahch. Elles avaient aussi pour tâche de rédiger les rapports, tracts et autres.


Très active, Fadila finit par attirer l’attention sur elle. Repérée, elle est arrêtée en compagnie du docteur Amor Bendali. Elle est incarcérée à la prison du Coudiat vers la fin novembre 1956. Une année durant, la jeune femme subit, du fond de sa cellule, les pires humiliations et assiste à tous les sévices infligés à d’autres prisonnières. A sa libération, vers la fin de l’année 1957, elle reprend ses études et, dès l’obtention de la deuxième partie de son baccalauréat, part en 1958 à Clermont-Ferrand en France. Alors qu’elle poursuit ses études en France, sa jeune sœur Meriem rejoint, elle aussi, les rangs du FLN. Arrêtée et torturée à mort, son corps mutilé sera jeté le 22 juin 1958, avec ceux de 52 autres militants constantinois dont Tewfik Khaznadar dans une grotte de Djebel Boughareb. Très éprouvée par la perte de sa jeune sœur, Fadila décide, dès son retour en Algérie, de rejoindre un commando de fédayïne, puis finira par être désignée membre de la logistique de l’OPA, en compagnie de Malika Bencheikh El Hocine, une autre fidaïa. Avec cette dernière, elle est affectée à la nahia 2, dirigée par Saïd Rouag dit Si Amar.
Les deux jeunes femmes, qui sont des agents de liaisons très actives, sont chargées de constituer les cellules féminines, selon les directives du colonel Salah Boubnider et de Messaoud Boudjeriou. Et du fait de son niveau universitaire, Fadila sera l’une des rares femmes à prendre part aux réunions des chefs de zone de la Wilaya II, dirigées provisoirement par Salah Boubnider dit « Sawt El Arab ». Sur le chemin de ces réunions, il lui arrivait de livrer bataille lors d’accrochages avec l’armée française, aux côtés de ses frères moudjahidine. Dans la nuit du 26 au 27 avril 1960 (le 17 août selon, d’autres sources), alors qu’elle se trouvait dans une maison sise rue Vieux, Fadila et ses trois compagnons Amar Rouag, Amar Kikaya et Malika Bencheikh-El-Hocine seront repérés par l’armée coloniale. Encerclés, ils se livrent à des échange de tirs. Ne voulant pas être prise vivante, Fadila monte la première sur le toit, continuant à affronter les soldats français. C’est là qu’elle tombera sous leurs balles assassines. Elle avait 22 ans. Malika sera la seule rescapée du groupe. Au lendemain de l’indépendance, le nom de cette vaillante martyre a été donné à plusieurs établissements scolaires et cités notamment à Constantine, par ailleurs, un ouvrage, paru en 1976 et intitulé Souvenirs de Fadila Saâdane lui a été consacré par Anissa Zemmouchi.

Mériem Saâdane, le même idéal que Fadila

Née à Mérouana (Batna) en juillet 1932, Mériem obtient le brevet d’enseignement moyen.  Tout comme sa sœur Fadila, elle est initiée au militantisme au sein de son entourage familial. Devenue infirmière en 1951, elle rejoint, dès le déclenchement de la guerre de libération, les cellules secrètes de la ville de Constantine. Soignant les moudjahidine blessés et se chargeant de leur approvisionnement, elle est arrêtée en janvier 1958. Relâchée, elle est à nouveau arrêtée en mai 1958 et conduite au Centre de renseignement et d’action de la cité Ameziane. Là-bas, elle subit les pires sévices et est torturée jusqu’à la mort. Le 22 juin 1958, les soldats français se débarrassent de son corps atrocement mutilé et de ceux de 52 autres militants constantinois parmi lesquels Tewfik Khaznadar qu’ils jettent dans la grotte de Djebel Boughareb. Mériem avait tout juste 26 ans. L’Algérie indépendante honorera sa mémoire à travers la sortie d’une promotion de femmes policières baptisées Mériem Saâdane de l’Ecole de police de Aïn Bénian ou encore en donnant son nom à des édifices constantinois.


Hassina Amrouni

GUERRE DE LIBERATION

Repère et Symbole

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Ain Temouchent (206) AV J.C