De Gaulle veut une victoire militaire
1958-1960

Par Boualem TOUARIGT
Publié le 23 fév 2013

En 1958, après l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle, il y eut deux émissaires désignés: Jean Amrouche et Abderrahmane Farés. Les contacts qu’ils initièrent restèrent sans suite. Abderrahmane Farés, déjà en liaison avec le FLN, refuse d’entrer au gouvernement du général de Gaulle et accepte une mission de contacts.
Ce fut aussi le cas de Jean Amrouche. Les deux sont séduits par le projet que leur dessine de Gaulle : l’Algérie deviendrait un état autonome au sein d’une communauté franco-africaine, qui serait associé aux deux autres pays maghrébins et aussi à la France. Elle pourrait plus tard demander son indépendance. A la conférence maghrébine de Tunis (17 au 20 juin 1958), Ferhat Abbas exprime une position dure : « Pour nous, la position de de Gaulle signifie la guerre. Le mot intégration signifie guerre. » Le 5 juillet, il annonce la poursuite de la lutte armée. Devant la situation militaire extrêmement difficile, le CCE prend une série de mesures : il porte la guerre sur le territoire de la métropole, adapte sa tactique militaire et redéploye son action diplomatique (à la fois vers les Etats-Unis et les pays communistes). De Gaulle cherche toujours le contact. Il transmet ses messages par le biais de ses deux émissaires. Mais il ne se déclare prêt à discuter que de la cessation des combats. En août, Abdelhafid Boussouf s’exprime dans France Observateur : « Jusqu’à présent, les Français n’ont fait aucune ouverture sérieuse. On veut nous pousser à tomber dans un piège. » En septembre, Abderrahmane Farés rencontre Ferhat Abbas à qui de Gaulle fait parvenir le fameux « document Pompidou » qui n’est qu’une offre de garantie pour le déplacement en France d’une délégation du FLN pour négocier le cessez-le-feu. Abbas rejette le document sans couper les ponts. Il propose une rencontre officielle de haut niveau sur un terrain neutre. Il n’aura pas de réponse.


La constitution du GPRA et surtout la nomination à sa tête de Ferhat Abbas, connu pour sa modération et sa volonté de dialogue expriment la volonté du FLN d’aller vers des négociations véritables. Mais de Gaulle n’est pas encore prêt. Il doit trouver sa voie, mettre au point sa stratégie. Surtout, il est conscient de la difficulté de faire accepter ses choix par la hiérarchie militaire presque dans une rébellion déclarée. Il veut une solution politique qui à la fois préserve les intérêts stratégiques et militaires de la France et aussi qui soit acceptée par la minorité européenne d’Algérie. Il veut gagner du temps, en entretenant volontairement le flou sur ses intentions. Il joue la carte militaire à fond, espérant profiter des difficultés de l’ALN et des rivalités internes du mouvement de libération. Avec le plan de Constantine, il espère améliorer les conditions d’existence des Algériens et les détacher du FLN, en accélérant l’émergence d’une « troisième force » composée d’élus algériens favorables au maintien de la présence française sous de nouvelles formes. Le 23 octobre 1958, il confirme sa stratégie en proposant « la paix des braves », appelant à la reddition des combattants. Dans sa réponse du 25 octobre, Ferhat Abbas, président d’un GPRA constitué le 19 septembre, répond avec fermeté : « Le problème du cessez-le-feu en Algérie, n’est pas simplement un problème militaire. Il est essentiellement politique. La négociation doit porter sur l’ensemble du problème de l’Algérie. Notre but est l’indépendance. » Il a compris que de Gaulle se sentait en position de force. Pour le FLN, il fallait tenir sur le terrain en empêchant une victoire militaire et rendant impossible le dégagement d’une troisième force, tout en accentuant l’isolement diplomatique de la France.


Pourtant en octobre, le GPRA à peine constitué, avait fait des concessions sérieuses pour montrer sa volonté de paix à ses alliés. Il décide d’arrêter la guerre en métropole et dans un entretien avec le journaliste autrichien Arthur Rosenberg, Ferhat Abbas informe que le GPRA est prêt à une discussion sans aucun préalable. Cette nouvelle position où Abbas exprimait à coup sûr sa vérité était tactique pour le GPRA qui cherchait à prouver sa volonté de paix et à dévoiler les intentions du général de Gaulle.
L’année 1959 fut une année de point-mort pour les négociations. D’une part, la France semblait miser sur l’option militaire en lançant les offensives Challe. Le FLN fut en proie dès la fin de l’année 1958 à de graves dissensions internes difficilement surmontées. Les combattants de l’intérieur subirent de nombreuses pertes et se retrouvèrent isolés, coupés de leurs sources d’approvisionnements en armes et munitions. Mais la résistance armée ne s’arrêta pas.
Lamine Debaghine fut le plus perspicace : selon lui, la position française était en train d’évoluer et elle évoluerait encore rapidement dans le sens attendu par les Algériens.
   
Boualem Touarigt

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