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Par Hassina AMROUNI, jui 2012.

Ville-patrimoine, ville-mémoire

La Casbah d’Alger

La Casbah d' Alger a été inscrite sur la Liste du patrimoine mondial, en décembre 1992, lors de la 16e session du Comité. Ce site historique d’El Djazaïr a constitué le premier noyau urbain qui a donné naissance à la ville d’Alger depuis la plus haute antiquité.
La Casbah d’Alger

Il faut savoir que la physionomie d’El Djazaïr sera largement modelée par la régence ottomane, maîtresse des lieux depuis le début du XVIe siècle (1516). Epousant parfaitement le terrain accidenté, la ville sera édifiée en amphithéâtre, descendant ainsi en dédales jusqu’à la mer. S’étendant sur 45 hectares, La Casbah était entourée d’une muraille défensive. Elle était aussi dotée de cinq portes imposantes qui permettaient aux habitants de la citadelle d’aller et de venir librement et de vaquer à leurs occupations. Elles étaient refermées à la nuit tombée. Au lendemain de l’occupation française, la ville connaîtra des transformations brutales et une défiguration irrémédiable. Le territoire de l’ancienne ville sera, en effet, partagé en trois arrondissements administratifs. Au premier arrondissement est attribué le quartier de la Marine (17,4 ha), dit aussi de l’ancienne préfecture. Dans ce quartier, au tissu ancien, les voies sont élargies et bordées de hauts immeubles européens. Sa population est européenne jusqu’au début du siècle dernier, puis remplacée petit à petit par des ruraux demandeurs d’emploi. Au second arrondissement dit de «La Casbah» est attribué le «Djebel», soit la ville haute. Là, le tissu urbain et l’architecture ne connaîtront pas de grandes modifications. D’ailleurs, la population musulmane se le réappropriera progressivement avant de s’y replier jusqu’à l’indépendance. Au troisième arrondissement était attribué le reste de la médina, la zone commerciale par excellence. Malgré les grandes percées de la rue de la Marine, Bab-Azzoun, de Chartres, de la Lyre, Randon, de la place de Chartres et du Gouvernement, cette zone garde son empreinte d’origine. En 1926, près d’un siècle après le début de l’occupation française, ces trois arrondissements sont les plus surpeuplés d’Alger. Et les seuls investissements qui y seront faits à partir du début du siècle dernier seront uniquement des investissements municipaux avec la réalisation d’écoles, d’habitations bon marché... Vers 1926-1930, le «plan d’embellissement de la ville d’Alger», élaboré pour la commémoration du centenaire de la colonisation, est lancé. D’éminents architectes européens sont sollicités, à l’image du célèbre Le Corbusier. Dans ce plan d’embellissement, il était question d’une démolition massive allant du quartier de la Marine jusqu’à l’actuelle Place des Martyrs. Aujourd’hui, la plupart des immeubles bâtis dans cet espace, à l’image du Trésor public, de la Casoral, des P et T, trouvent leur conception dans ce plan qui remonte au début du siècle dernier. Seulement, en raison de la vision jugée trop futuriste pour l’époque, ce plan ne sera pas mis en œuvre dans sa totalité. A noter que Le Corbusier n’a pas achevé la réalisation du plan d’embellissement de la ville d’Alger du fait de son engagement anticolonialiste. Un autre plan d’urbanisme et d’aménagement de la ville d’Alger est initié en 1948 par l’architecte Fernand Pouillon. Dans ce cadre, plusieurs cités sont réalisées, parmi lesquelles la cité Diar El Mahçoul, Diar Essaâda, la cité Concorde de Bir Mourad Raïs ou le quartier Climat-de-France à Bab-el-Oued. Avec le retour du général de Gaulle au pouvoir en 1958, ce plan urbanistique est reporté sine die, car le général avait ses propres projets, comme le fameux Plan de Constantine de 1958 qui avait prévu pour Alger la réalisation de grandes cités d’habitation destinées aux «indigènes». Le Plan de Constantine réalisé dans l’urgence donnera naissance à plusieurs cités telles que Diar El Afia (les Annassers), Diar Echems, El Bahia (Kouba). L’objectif de de Gaulle, à travers ce plan, est d’affaiblir le FLN en donnant l’illusion qu’il compte lancer des actions économiques et sociales en faveur de la population «indigène».

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