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Par Leïla Boukli, Jan 2013.

Authentique soldat de l’ombre

Abdelkrim Hassani

Abdelkrim Hassani

Abdelkrim Hassani dit Si El Ghaouti est le quatrième d’une fratrie de 8 enfants, 5 garçons et 3 filles. Son cadet Chérif, instituteur à Biskra, mourra à Guelma d’où est originaire sa belle-famille, à la suite des événements du 8 Mai 1945.
Issue d’une famille de Chorfa, le père Hassani Ben Rabah exerce le métier de cadi à Biskra, ville où Abdelkrim voit le jour, le 23 février 1931. Il y entame ses études primaires, qu’il poursuivra à Batna avant de rejoindre le lycée Albertini de Sétif où il obtient son baccalauréat avec mention bien.
Devenu en 1948, membre du Parti du peuple algérien (PPA) alors qu’il était encore au lycée, il s’engage véritablement dans la lutte armée contre le colonialisme français en 1955 en tant que membre de l’organisation politique FLN. Il sera appréhendé cette même année 1955 par la police à Biskra et en 1956 à Tizi Ouzou. Son amour du pays le poussera à abandonner ses études à l’université d’Alger lors de la grève des étudiants du 19 Mai 1956 où il était membre actif de l’UGEMA. Il rejoindra ensuite la Wilaya V pour devenir officier et être l’un des principaux collaborateurs de Abdelhafid Boussouf, responsable du MALG.
Nommé lieutenant vers la fin des années 1956, il est chargé de l’instruction du corps des transmissions. Après avoir dirigé les écoles des transmissions de l’ALN, il reçoit l’ordre en 1959 de rejoindre le ministère de l’Armement et des Liaisons générales du GPRA à Tunis pour la formation d’opérateurs en transmissions. Il supervise la formation de la 5e promotion des transmissions de l’Est. Il est chargé du commandement de la base nationale de la documentation et de la recherche, dite « base Didouche-Mourad », fonction qu’il assumera jusqu’à l’indépendance.
Après l’indépendance, il deviendra directeur des Transmissions nationales à la Présidence puis directeur de cabinet au ministère de l’Intérieur et directeur général de la Fonction publique en 1976, député puis membre du Comité central du FLN et enfin retraité. Président dans les années 1990 de la Confédération des industriels et des producteurs algériens (CIPA).
Abdelkrim Hassani a obtenu un doctorat en droit comparé en arabe et un doctorat de physique. Il occupera d’autres responsabilités toutes aussi importantes, notamment directeur général de la Caisse des retraites (GCRA), directeur général de l’Entreprise nationale des systèmes informatiques (ENSI); président et membre actif du Patronat algérien, rapporteur du CNES, président d’honneur de l’Association d’amitié algéro-vietnamienne et membre fondateur de l’Association nationale des moudjahidine de l’Armement et des Liaisons générales.
A la fin des années 1980, Abdelkrim Hassani a écrit Guérilla sans visage qui relate la naissance du corps des transmissions pendant la guerre de libération. Le livre contient des documents de l’époque et de nombreuses photos et se veut un autre témoignage sur la guerre de l’ombre. Le regretté Hassani n’a pas cessé ces dernières années d’apporter ses témoignages sur la guerre de libération nationale en prenant part à tous les débats et tables rondes sur l’histoire de la Révolution algérienne, notamment la mise en place des réseaux de transmissions radio. Nos lecteurs le découvraient dans notre magazine aussi à travers ses écrits et contributions sur le thème.
Très proche de la famille Ben M’hidi, notamment du chahid Mohamed-Tahar, son futur beau-frère, Abdelkrim est l’époux de Drifa Ben M’hidi, sœur également de Larbi, qui nous révèle que Si El Ghaouti a laissé un livre inachevé sur Mohamed-Tahar. Ils ont ensemble fréquenté la zaouïa Ben M’hidi à Ain M’ila, reconstruite après qu’elle fût totalement détruite par l’armée française, en 1830, ce qui provoqua l’exil vers Tunis de l’aïeul Ben M’hidi ; ensemble, ils fréquentent l’université d’Alger, rejoignent la lutte armée le même jour, l’un vers l’Est, Wilaya II, et l’autre vers l’Ouest, Wilaya V.  Ces amis qui, fait du hasard, naîtront le même mois, février, se sépareront en se faisant la promesse solennelle qu’en cas de malheur de l’un ou de l’autre, le survivant s’occuperait des mamans et des sœurs respectives.
Mohamed-Larbi tombera au champ d’honneur en 1957. Abdelkrim Hassani dit El Ghaouti respecta le pacte passé entre les deux, jusqu’au vendredi 5 novembre 2010 où il quitta ce monde à l’âge de 79 ans, à la suite d’un accident cérébral, survenu à l’hôpital militaire de Ain Naâdja (Alger). Il est inhumé au cimetière d’El Alia d’Alger.

Leila Boukli

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