Village de martyrs, villages oubliés
Agouni Uzidhudh et à Timeri

Par Hassina AMROUNI
Publié le 09 juin 2019
En juillet 1959, l’armée française a lancé à travers tous les maquis de la Wilaya III historique, la tristement célèbre « Opération jumelle » pour venir à bout de la résistance dans les maquis de Kabylie.

Mais selon de nombreux acteurs de la révolution de l’époque, les forces d’occupation ont, bien avant cette date, commencé à préparer le terrain pour cette action d’envergure et c’est à Azeffoun qu’ont eu lieu les premiers ratissages.
9 octobre 1956. Les troupes coloniales investissent le village d’Agouni Uzidhudh, près du village Ihnouchene, dans la commune d’Azeffoun pour y opérer un ratissage. Durant trois jours – jusqu’au 11 octobre –, ils utilisent les gros moyens pour venir à bout des maquisards retranchés dans les maquis environnants. Alors qu’un groupe de moudjahidine se retrouve encerclé au milieu des forêts, les forces coloniales abattent sur eux un déluge de bombes. Les combattants de l’ALN n’ont aucune échappatoire et se retrouvent pris dans un piège de flammes. Une fois leur crime abject accompli, les hélicoptères évacuent des dizaines de cadavres carbonisés.
Au terme de trois jours de bombardements et de tirs nourris, l’ALN déplore la perte de 114 martyrs et un nombre important de blessés dont certains dans un état grave. Du côté des troupes françaises, on ne donnera pas de bilan mais les témoins, rescapés de ces trois jours d’horreur, révèlent que l’armée coloniale a, elle aussi, enregistré de grandes pertes.
Le petit village d’Agouni Uzidhudh connaîtra lui aussi une descente punitive. Les masures seront toutes perquisitionnées et les pauvres villageois soumis à d’atroces humiliations et à des traitements d’une rare atrocité.
Trois années plus tard, le 11 janvier 1959, c’est non loin de là, dans le petit village de Timéri qu’une autre bataille sanglante éclatera entre les membres de l’ALN et l’armée française. En ce jour et aux alentours de midi, une centaine de combattants est encerclée suite à des informations fournies par un « bleu » (traître à la cause algérienne). L’échange nourri entre les deux camps durera plus de 24 heures et se soldera par la perte de 86 moudjahidine. Selon un rescapé de cette bataille, Mohamed Taiati, connu sous le nom de guerre de Saïd Ouamar : « Les armes des chouhada restaient sur place, les survivants ne pouvaient les ramasser car il fallait évacuer les blessés rapidement par la seule brèche ouverte dans la ceinture des soldats français ».
Aujourd’hui, plus de 60 ans après ces faits historiques qui ont coûté la vie à plus de 200 valeureux enfants du pays, morts pour l’indépendance, les habitants de la région n’oublient rien de leur sacrifice et honorent leur mémoire à chaque date anniversaire.

Hassina Amrouni

Source :
http://azeffoun.over-blog.net/article-6759339.html

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