Le vaillant guerrier et charismatique chef
Le chahid Ali Souaihi, chef de la wilaya 1 historique (Aurès-Nememchas)

Par La Rédaction
Publié le 26 juin 2013
Les chefs historiques de la Wilaya I
Opération "Otan" de l'armée française dans les Aurès
Surveillance accrue le long de la ligne Morice
Opération héliportée dans les Aurès
Un bombardier français

Le martyr Ali Souaihi est né le 16 mars 1932 à Tébessa, d’une famille de 16 frères et sœurs. Son père est Zine El-Abidine Ben Mohamed, sa mère Ibrahimi El-Atra Bent Ahmed. Sa famille était plutôt de condition moyenne, comparée aux autres familles algériennes de cette époque. Elle vivait de la couture et de broderie.
Le chahid a commencé ses études dans la mosquée de Sidi Ben-Saïd, à Tébessa, où il a appris le Coran. Puis, il rejoint l’école de « Tahdhib » dirigée par l’autre martyr, Cheikh Larbi Tebessi, de l’association des Oulémas, où Ali Souaihi a appris les rudiments de la langue arabe. Ensuite, il intègre l’école française, où il obtint son certificat d’étude, qui lui permit de rejoindre le collège. Mais, il a vite été contraint de rompre ses études, en mars 1950, suite à l’arrestation de son frère aîné, Noureddine, dans le sillage du démantèlement de l’OS, après l’incident dit de « Tébessa » ou incident de Khiari Rahim. Ancien militant du mouvement national et de l’OS, celui-ci avait été sanctionné par la direction de l’organisation pour ses accointances avec Lamine Debaghine, exclu alors du mouvement, et d’avoir divulgué les secrets de l’organisation à la police. Noureddine Souaihi était membre de l’OS, structuré dans une cellule dirigée par le chahid Fares Yahia. Arrêté, il a été jugé et condamné à deux ans de prison, à 100 000 francs d’amende, cinq ans d’exil et à cinq ans de privation de droits civiques. Ali Souaihi avait très tôt adhéré aux Scouts musulmans algériens, activant au sein d’un groupe dirigé par Ahmed Chaouch Chérif. A cette époque, il prit conscience des souffrances du peuple algérien et naquit chez lui l’esprit nationaliste, et c’est là aussi qu’il s’est imprégné des valeurs et des vertus comme l’altruisme, l’honnêteté et le dévouement. Le jeune Ali était toujours à l’avant-garde, grâce à son intelligence et à sa perspicacité, des qualités qu’il avait acquises dès son jeune âge. Aussi, a-t-il joué dans les rangs des cadets du club sportif local dénommé « Jeunesse musulmane sportive de la ville de Tébessa ». Ali Souaihi a été amené à prendre en charge sa famille, alors qu’il n’avait pas encore vingt ans, la situation sociale de la famille s’étant détériorée depuis l’arrestation de son frère Noureddine. Sous la pression du besoin, il a été contraint de vendre l’atelier familial de couture, avec son matériel, et partit à Annaba pour chercher du travail. Après un bref séjour à Annaba où il exerça le métier de couturier, il se rendit à Souk-Ahras, où il retrouva son ami Hachani Ahcène, qu’il avait connu à Tébessa, où il travaillait comme menuisier. C’est par l’entremise de son ami Ahcène qu’il rejoignit la Révolution au cours de la deuxième semaine de septembre 1955, à Souk-Ahras. Sa première activité consistait à collecter des armes, et à sensibiliser la population de la ville et de ses environs sur l’insurrection nationale. Recherché, il rejoint le maquis, et devient membre de l’ALN aux côtés d’Ahcène Hachani, Tayeb Bouras, Rabah Nouar et bien d’autres. Il participa à des caravanes d’acheminement d’armes et de munitions de Tunisie, et s’acquittera toujours si bien de ses missions. Ses responsables ont décelé en lui des qualités ancrées comme le dynamisme, la vivacité et le dévouement. Lors de la grève des étudiants, son frère Chérif Souaihi adhéra à l’ALN, ce qui ne manquera pas d’attirer sur sa famille les pires représailles de la part de l’ennemi. En 1958, Ali partit dans le Sud-est du pays dans une mission, avec un bataillon constitué sur ordre de Krim Belkacem, et dont le commandement a été confié au Commandent Idir. Suite à quoi, la mission s’est étendue jusqu’aux fins fond du Sahara, dans le Hoggar. Elle reviendra par Fezzane. Après le succès de cette mission, Ali Souaihi a été promu au grade de lieutenant. Pris de nostalgie pour sa famille, il se rendit à Tameghza, sur la frontière algéro-tunisienne, pour chercher des nouvelles de son frère El-Madani, qui avait, lui aussi rejoint l’ALN, et dont il n’avait plus de nouvelless depuis longtemps.  Le chahid devient membre du commandement de la wilaya I, chargé du ravitaillement, sous la conduite du colonel Mohamed Lamouri, puis du colonel Ahmed Nouaoura. Aussi, a-t-il pris, pour une courte période, la responsabilité du centre d’approvisionnement de l’ALN, à Tajrouine, sur les frontières tunisiennes. Promu au grade de commandant par l’état-major de l’ALN, il devint de fait membre du CNRA. Lors de la session qui s’est tenue à Tripoli, il fut parmi ceux qui appelaient au retour de la direction de la Révolution au pays, pour partager avec le peuple ses peines et sa résistance. En juin 1960, il fut désigné à la tête de la wilaya I, dans une conjoncture extrêmement difficile. Il rentra de Tunisie à la tête d’un bataillon, secondé par Messani Laâdjal. Il brava le danger de la ligne électrifié et miné de Morice, et continua sa route jusqu’à Ras Fourar, dans la forêt de Lebradja et Béni Melloul, où se trouvait le PC de la wilaya I.
Sa première action fut de visiter les zones pour s’enquérir des capacités de combativité des unités, et écouter les doléances des moudjahidine. Il était très touché par le témoignage de certains moudjahidine sur les pratiques de certains anciens responsables qui, par ignorance, avaient nui au moral des hommes. Il était aussi consterné de constater l’état de certaines régions où l’ennemi avait décimé les djounoud, dont il ne restait plus que quelques rescapés. Après une évaluation de la situation, il convoque les responsables pour une réunion où un état des lieux de toutes les zones de la wilaya devait être dressé. Puis, il leur donne des instructions de mobiliser tous leurs moyens, pour faire face à la situation. Il nomme aussitôt des contrôleurs de l’armée, et des instructeurs d’armement au niveau des compagnies et des sections. Il ordonna aux compagnie de se scinder en petits groupes ne devant pas dépasser 10 hommes, pour affronter l’opération dévastatrice de l’armée française, et donne notamment des instructions pour l’organisation du ravitaillement des djounoud et la prise en charge des blessés et des malades. Deux semaines après cette réunion, il convoqua une réunion générale ayant regroupé les chefs de zones et tous les cadres de la wilaya pour examiner la situation face à l’opération militaire baptisée « Otan » qui a été lancée par l’ennemi sur la région. Y ont assisté le commandant Tahar Z’biri, Mohamed-Salah Benabbas, Mohamed-Salah Yahiaoui, Athmane Djellali, Abdelouahed et d’autres responsables. Il fut décidé la restructuration des zones et la nomination de nouveaux chefs. Les moudjahidine de l’intérieur qui avaient tant souffert commençaient alors à reprendre espoir et la wilaya à retrouver son éclat et sa vigueur d’antan. Mais cet espoir ne dura pas longtemps, puisque l’ennemi lança une gigantesque armada sur les maquis de Lebradja et Béni Melloul, pour abattre le chef de wilaya et ses compagnons.
Cette célèbre bataille connue sous le nom de la bataille de « Amane Ahmed Ounçer », a eu lieu le 7 février 1961. Les chasseurs bombardiers commençaient à larguer ses bombes sur le PC de wilaya, le centre de communication et la clonique de wilaya. Durant cette bataille inégale, les hommes de l’ALN, au nombre de 300, ont riposté pour défendre leurs positions. Les hélicoptères viendront alors déposer des parachutistes dans la forêt, suivie des fantassins, couverts par l’artillerie. Les chefs de l’ALN, après s’être aperçus que leurs positions étaient encerclés par des milliers de soldats, lancèrent des accrochages violents qui durèrent jusqu’à 22 heures, et parvient enfin à briser le siège. Le chahid Ali Souaihi réunit alors en pleine nuit ses collaborateurs, notamment Chérif Djellali, Ahmed Bakroune et Ferhati Mohamed. Ils décidèrent de dévaler la montagne, vers l’ouest, jusqu’à Oued-Elma, pour éviter une confrontation avec l’armada française. Le 8 février au matin, l’armée ennemie lança une offensive sur les trois postes de commandement de la wilaya que les moudjahidine avaient déserté la veille, et se sont positionné sur les lieux dit Tinmer et Amane Ahmed Ounçer, à l’ouest d’Oued-Elma. A la tombée de la nuit, les moudjahidine se sont encore aperçus qu’ils n’avaient d’autres choix que d’affronter l’ennemi. Les sections de djounoud se sont alors déployées entre Oued Sidi Feth-Allah et Oued-Elma, guettant l’arrivée des djounoud. Le lendemain matin, une première section envoyée pour prospecter les lieux s’est de nouveau accrochée avec les troupes françaises. S’ensuivit une bataille rangée dans laquelle tous les moudjahidine se sont jetés. Ali Souaihi fut grièvement blessé au genou, qui l’empêcha de marcher. Il fut contraint de se rétracter dans un ravin où il succomba quelques temps plus tard, alors que sa mitraillette était pointée vers l’aviation ennemie qui n’avait pas arrêté de bombarder. Les djounoud ont poursuivi le combat jusqu’à la tombée de la nuit. Les rescapés ont réussi à se retirer à Kimel et vers d’autres directions. Le bilan était très lourd : 98 chahids, dont le chef de wilaya et Ferhati Mohamed Ben Derradji, Miloud Goudjil, Said Ababsa, Brahim Kabrine, Gouaref Lakhdar, Abdelaziz Achi, Ahmed Khoucha, Lazher Goudjil, Chérif Djellali et Ahmed Chekrit, et une trentaine de blessés, dont le colonel Tahar Zbiri, Mohamed-Salah Derradji, Tayeb Bellali, Moussa Nouasri, Miloud Saraoui et bien d’autres. S’agissant des pertes ennemies, la radio Monté Carlo a parlé de 275 morts et un grand nombre de blessés. Or des témoins ont rapporté que les pertes dans les rangs de l’armée française dépassaient 500 morts, et que les hélicoptères transféraient les dépouilles et les blessés pendant plusieurs jours après la bataille.  
L’armée de l’occupation transféra la dépouille sainte du chahid à Tébessa, sa ville natale, et l’exposa à la population, dans le dessein d’impressionner et de dissuader les gens de poursuivre la lutte contre l’occupation, mais en vain. C’est ainsi que le ciel des Aurès-Nememchas est resté embrumé durant sept ans et demies de la fumée des combats violents, menés par des hommes déterminés de la trempe des vaillants héros et martyrs Mostefa Benboulaid, Grine Belgacem, Lazhar Cheriet ou Abbas Laghrour. Le nom d’Ali Souaihi a été choisi pour baptiser la maison de la culture de Khenchela, en hommage à ce chef de wilaya. 

Zoubir Khélaifia

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