La Hongrie, une voix algérienne

Par Fateh Adli
Publié le 30 jui 2018
Peu connu du public algérien, car si peu médiatisé, le soutien apporté par la Hongrie et le peuple hongrois à l’insurrection algérienne contre l’occupation française n’en était pas moins emblématique.
GPRA au Caire

Ainsi, la lutte du peuple algérien a été soutenue dès le départ par les Hongrois, moralement, diplomatiquement, mais aussi par l’envoi d’armes. Aussi, les hôpitaux hongrois, à l’instar des établissements yougoslaves, recevaient des maquisards algériens blessés dans les combats. Mais, l’apport le plus important fut sans doute la diffusion 24 h/24 de la radio Algérie libre en français et en arabe depuis la Hongrie. Une histoire fabuleuse qui mérite d’être connue.
L’impact des émissions de cette radio fut tel que le gouvernement français fit pression sur le parti communiste soviétique pour adresser un ultimatum et exiger l’arrêt « immédiat » de la diffusion de ces émissions. Mais, les dirigeants hongrois, d’après le témoignage de l’ancien ambassadeur Csaba Mohi, refusèrent de se soumettre aux injonctions soviétiques. La radio a continué à émettre jusqu’à l’Indépendance.
Il faut savoir que la radio nationale hongroise fut l’un des premiers médias dans le monde à annoncer les premiers accrochages entre les moudjahidine algériens et les forces armées coloniales. Suivie, le lendemain, par la presse écrite qui relata avec enthousiasme l’éclatement de l’insurrection en Algérie, tout en condamnant la répression coloniale. L’année 1954 connut un tournant dans les relations entre la Hongrie et l’Algérie combattante, en se positionnant d’abord politiquement, puis en autorisant la diffusion en langue arabe des informations sur l’Algérie et le Maghreb à partir de la Radio-Budapest.
Dès le 8 novembre 1954, les Français, au cours des débats à l’Assemblé nationale, s’en prenaient publiquement à La voix des Arabes du Caire et à Radio-Budapest. Dix jours plus tard, Pierre Mendès-France, président du Conseil, déclara dans un discours: « Le fait est, et vous ne l’ignorez sans doute pas, qu’une propagande systématique émanant des radios de Budapest et du Caire, c’est-à-dire des deux villes qui appartiennent l’une au monde communiste, l’autre au monde arabe, incitent jour après jour les populations d’Afrique du Nord à la violence. »
En fait, un poste-émetteur diffusant en langue arabe de Radio-Budapest La voix de l’indépendance nationale et de la paix (Sawt El Istiqlal) fonctionnait déjà depuis le mois de mai 1954. Elle informait le public des révolutions dans les trois pays du Maghreb et des grandes manifestations de masse qui se déroulaient à l’époque au Maghreb. Sa durée d’émission était d’une heure et demie par jour (le matin de 7h à 7h30, le soir de 18h à 18h30 et la nuit de 23h30 à 24h).
Tout ce qu’on sait de l’histoire de cette radio est que l’idée de sa création venait des communistes maghrébins. Son rédacteur en chef était William Sportisse, un dirigeant du Parti communiste algérien, assisté par l’Association des journalistes hongrois. La première diffusion eut lieu le 28 mai 1954.
Cette initiative fut la réponse aux tentatives de brouillage de la « Voix des Arabes » effectuées à partir de la France depuis quelques mois. Ce redéploiement à partir de Budapest a été interprété par le résident général à Alger, Robert Lacoste, comme « une nouvelle offensive de guerre psychologique contre l’Afrique du Nord ».
On sait aussi que la direction de l’émission recevait de nombreuses lettres des auditeurs, entre autres celle de Hocine Ait Ahmed, alors représentant du FLN au Caire, où il la félicitait et demandait de diffuser l’Appel du 1er novembre, ce qui avait été était fait avant même la réception de sa lettre.
Le gouvernement français protesta officiellement auprès des autorités hongroises pour la diffusion de cette radio qualifiée de «subversive » et d’« immixtion inadmissible » dans les affaires intérieures de la France. Le 4 février 1955, il dépêcha son envoyé spécial, Jean Delalaude, qui fut reçu par le vice-ministre hongrois des Affaires étrangères, Endre Sik. L’émissaire français a dit à son interlocuteur hongrois qu’« il serait souhaitable dans l’intérêt des bonnes relations entre nos deux pays que ses émissions prennent fin ».
Les dirigeants hongrois nièrent l’existence d’une telle émission, et depuis cette rencontre, l’émission baissait quelque peu le ton, mais tout est revenu à la normale au bout de quelques semaines.
Les autorités françaises ne désespéraient pas d’atteindre leur objectif, à savoir l’arrêt de l’émission pro-algérienne de Radio-Budapest. Ils ont essayé de faire pression sur le gouvernement hongrois par l’intermédiaire de Moscou, et ont encore envoyé, pour la deuxième fois le ministre Jean Delalaude pour discuter du même problème avec les responsables hongrois.
Malheureusement, le 6 octobre, le Bureau politique du PC hongrois décide, après consultation du PC français, d’arrêter définitivement la diffusion de l’émission de langue arabe.

Adel Fethi

GUERRE DE LIBERATION

Repère et Symbole

Le 1er novembre 1954

FIGURES HISTORIQUES
GRANDES DATES
MEMOIRE
UNE VILLE, UNE HISTOIRE
CONTRIBUTION

Syphax et la rencontre de Siga

Ain Temouchent (206) AV J.C