Base militaire hautement stratégique
Mers el kebir

Par La Rédaction
Publié le 30 jui 2018
La base navale de Mers El Kebir est passée à compter du 1er janvier 1968 sous la souveraineté de l’Algérie. C’était une base française, européenne même, dont la flotte comptait 2 dragueurs, 3 escorteurs côtiers et 8 vedettes lance-torpilles. Les accords d’Evian prévoyaient que la restitution à l’Algérie de la base s’effectue en 1977.
L’inventeur de la base, l’amiral DarlanDès le début du XVIe siècle (en 1505 précisément), les musulmans d’Espagne chassés de ce pays, par la Reconquista, sont rapatriés de Malaga, de Grenade et de Murcie, ils débarquent à Mers El Kebir, fuyant la persécution des rois catholiques d’Espagne.Le Roi Ferdinand d’Aragon et de Castille, conseillé par un marchand Vénitien, décide de débarquer à Mers El Kebir : 10 000 soldats à bord de 134 navires procèdent à l’expédition et débarquent le 15 septembre 1505. Immédiatement, la mosquée est transformée en église. La citadelle restera espagnole durant 192 ans.La Casbah d’Oran est prise à son tour le 19 mai 1509.Pour consolider ses positions, le Roi Ferdinand occupe Bougie (Bejaia) et Tripoli.Toutes les places fortes du Maghreb deviennent vassales du Roi catholique (Ténès, Dellys, Cherchell, Mostaganem) ; la guerre devient impitoyable entre l’Espagne et la Turquie, c’est-à-dire entre l’Islam et l’Europe, entre Charles Quint et Soulimane le magnifique, où le conflit débordera jusqu’en HongrieLe 17 octobre 1541, Charles Quint débarque lui-même à Mers El Kebir, commandant des milliers de soldats italiens, espagnols, allemands, volontaires de tous pays excepté les Français qui ne voulaient pas s’aligner sur les Espagnols, à cause des bons rapports du Roi Français avec les dirigeants turcs de cette époque.Les Espagnols tentent de prendre Alger mais ils échouent et perdront environ 15 000 hommes. La dernière croisade sera donc un échec. Des navires britanniques et hollandais mouillent en Méditerranée, les espagnols ayant perdu des places fortes qu’ils occupaient en Afrique du Nord. Les musulmans s’étaient révoltés, ce qui entraine la capitulation espagnole. Mais l’endroit est convoité par Philippe V de Bourbon qui décide de le reconquérir : 30 000 hommes y débarquent le 28 juin 1732.Mais se produit un tremblement de terre dans la nuit du 8 au 9 octobre 1790 détruisant les constructions. Les musulmans attaquent les soldats qui montent la garde dans une région en ruine. Les Espagnols décident de restituer les places d’Oran et de Mers El KebirPendant une quarantaine d’années de présence ottomane, les désordres et les rivalités entre Deys d’Oran et d’Alger se multiplient. Se produit alors l’incident du « coup d’éventail » du 30 avril 1727, prétexte pour les Français pour attaquer Alger et l’occuper le 14 juin 1830.Ce sera la guerre dans toute l’Algérie ; dans la région oranaise, la ville est rapidement occupée en 1831 par le général Damremont.Pendant un siècle, il n’y aura pas de changement. Mers El Kebir est occupée et le demeurera jusqu’après l’indépendance Elle était sous souveraineté française.1830-1930, le centenaire de l’Algérie est célébré avec faste. Le président de la République française effectue une tournée officielle en même temps qu’inspection stratégique pour tenir la Méditerranée. Mers El Kebir est alors choisie dans ce but par le contre-amiral Darlan. Pour effectuer des grands travaux on décrète qu’ils sont d’ « utilité publique ».Le coût des travaux s’élèvent alors à 20 milliards d’anciens francs. Darlan devient Amiral.Il décrète la place « comme place de guerre de la première série » et fait monter les enchères à une centaine de milliards.Des cuirassiers ultramodernes comme le « Dunkerque » et le « Strasbourg » ainsi que des contretorpilleurs les plus rapides du monde de même que des escorteurs et des sous-marins s’installent dans la Zone de Mers El Kebir dès avril 1940 pour participer à la Seconde Guerre mondiale. Malgré l’Armistice, les militaires affirment que « les navires de guerre démobilisés doivent rester français sous pavillon français, métropolitain ou colonial ».Cette affirmation déplait au Premier ministre anglais W. Churchill qui veut que la flotte française rejoigne l’Angleterre. Il est décidé à attaquer la marine française par mer ou par voie aérienne. 1300 marins français sont tués et 350 blessés dans les affrontements anglo-français.Mers El Kebir entrait « douloureusement dans l’histoire », dira un responsable français.A leur tour, les Américains sont de la partie. Le 7 novembre 1942, ils débarquent sur la plage des Andalouses et occupent Bou Sfer et Ain El Turk.600 hommes anglo-Américains de type commandos attaquent les navires français à l’intérieur du port d’Oran. Les morts se comptent par centaines dans les deux camps.En août 1944 la marine française, une fois réorganisée, quitte Mers El Kebir pour participer au débarquement de Provence.« Mers El Kebir dont le nom symbolisait depuis quatre ans un épouvantable massacre fratricide est redevenu un port de guerre », dira un officiel francaisLes Américains participent financièrement aux travaux de réparation, d’agrandissement et de fortification de Mers El Kebir. Il fallait fortifier à la fois Mers El Kebir pour la Méditerranée et Brest pour l’Atlantique.Les travaux interrompus jusqu’en 1951 vont se poursuivre jusqu’en 1961 et même après, malgré la conjoncture politique et stratégique nouvelle créée par l’indépendance de l’AlgérieLe but invoqué était de contrer une éventuelle agression soviétique en Europe en se servant de la base de Mers El Kebir comme base de départ militaire de la flotte conjointe franco-américaine.La méditerranée était donc au premier plan des préoccupations de l’OTAN, ce qui revalorise politiquement l’Afrique du Nord en général et Mers El Kebir en particulier.On agrandit les jetées nord et est ou deux mille hommes s’affairent à arracher d’immenses blocs de pierres en vue de creuser la plus grande base navale souterraine du monde. La marine française voyait grand ou toute idée d’abandon de la base était exclue et où elle devait servir au « monde libre » tout entier. En plus d’une base portuaire il était prévu une partie souterraine et une « zone industrielle » creusée dans le Djebel Murdjadjo avec une zone opérationnelle et un poste de commandement de type OTAN où se trouvait le centre nerveux de la base stratégique avec des bureaux et des logements militaires, de « véritables » installations-pilotes avec climatisation appropriée. Il y avait 15 km de tunnel déjà creusés avec des réservoirs de ravitaillement pour le mazout et l’essence.C’était là un gigantesque abri atomique le moins vulnérable du monde de prévu mais dont les travaux ne seront jamais terminés vu l’énormité de la dépense, d’une part, et l’incertitude du lendemain sur le plan politique pour le gouvernement français.Le gros œuvre fut terminé en 1956, année où l’échec de l’expédition de Suez avec la menace de l’URSS d’entrer dans le conflit avait fait réfléchir le gouvernement français, d’autant qu’à Paris on était persuadé que l’Egypte aidait la « rébellion » algérienne. Les dirigeant du FLN jubilaient de satisfaction devant la reculade de la France et étaient ainsi encouragés dans leur lutte contre le colonialisme.La France craignait aussi qu’après avoir abandonné ses bases au Maroc et Bizerte en Tunisie, elle serait un jour contrainte d’abandonner Mers El Kebir.L’avenir immédiat va anéantir tous les espoirs français de vouloir garder cette base si importante.En effet en 1962, se produisirent les émeutes où des milliers de Français sont pris de panique se réfugient à Mers El Kebir dans la base même, mais c’était un abri provisoire pour eux sans plus.En mars 1962 sont signés les accords d’Evian qui prévoient que l’armée française pouvait y demeurer pendant quinze ans renouvelables. Cet accord encouragea la France à créer « une base stratégique interarmes » avec une garnison de 20 000 hommes, ce qui inquiéta les dirigeants algériens. Avec un investissement de 5 milliards. Mais la France sentait que sa présence était précaire se basant sur la situation politique conflictuelle entre Ben Bella et l’EMG d’un côté et le GPRA de l’autre.Les unités de l’ALN des frontières de l’ouest, rentrées du Maroc, prennent position au-dessus de la base de Mers El Kebir et surveillent tout mouvement des troupes françaises. Malgré cela l’armée française prend possession de deux aérodromes nouvellement construits mais qui seront repris par le gouvernement algérien dès l’indépendance.Avant l’expiration du délai de quinze ans, le gouvernement algérien exige l’évacuation définitive de la base de Mers El Kebir, manifestant sa volonté d’exercer pleinement sa souveraineté sur tout son territoire, un bail étant toujours susceptible de dénonciation à tout moment si les motifs invoqués étaient légitimes.Le gouvernement français alors fait droit à la demande algérienne et l’ordre est donné le 1er février 1968 aux troupes de se retirer progressivement et de passer la main à l’armée algérienne. Ce fut une gigantesque entreprise de déménagement. Tout ce qui pouvait flotter se rendit à Toulon en France. Le ministre français des Armées dira en substance que « ce départ a lieu pour des raisons exclusivement militaires, compte tenu de la modernisation de nos armements et parce que nous avons modernisé ceux-ci. Mers El Kebir n’est plus nécessaire aujourd’hui à la sécurité de la France. » La France estimait aussi que la base de Mers El Kebir n’était plus utile, vu la fin de la guerre froide et que la menace d’un conflit nucléaire avec l’URSS était devenu improbable, voire impossible vu la politique de coexistence pacifique, l’arrêt des essais nucléaires et la politique de détente internationale entre les dirigeants du pacte atlantique (spécialement les Etats-Unis) et ceux du pacte de Varsovie (Bloc de l’Est) ceci d’autant qu’elle coutait beaucoup d’argent d’autre part, pour son entretien.C’était là beaucoup d’arguments convaincants, mais on peut aussi considérer que la guerre de demain n’est pas forcément nucléaire d’une part, et que d’autre part quand il s’agit de défendre une base militaire classique, la vraie sécurité ne se paye jamais assez cher, disaient d’autres.Les français avaient remplacé les Espagnols à Mers El Kebir gardant cette forteresse comme clé de la Méditerranée dans l’orbite européenne.Les Algériens ont remplacé les Français mais en récupérant ce qui leur était dû, c’est-à-dire exercer leur souveraineté entière et sans limites sur tout leur territoire. Le Président Français aurait souhaité conserver cette base au nom de la sécurité du « Monde libre », comme il aurait souhaité conserver le Sahara pour les intérêts économiques de la France : les Algériens ont exigé le contraire.Aussi, dans un article du Figaro on pouvait lire : « Il ne faudrait évidemment pas que, tôt ou tard une autre puissance, les Etats-Unis ou l’URSS par exemple, puisse nous relever. »Les Algériens redoutaient de tomber dans le même piège que le Maroc qui avait perdu les deux enclaves de Ceuta et Mellila, demeurées villes espagnoles en territoire marocain acceptant une indépendance mutilée.Les dirigeants algériens ont toujours répondu, et sans jamais varier dans leurs positions que l’Algérie ne sera jamais communiste ; que sa politique sera une politique de neutralité vis-à-vis des blocs comme elle l’a toujours été durant la lutte armée.En recouvrant la souveraineté de Mers El Kebir, l’Algérie honorait la mémoire de ses martyrs.Le drapeau algérien a remplacé le drapeau français.Signé SKENDER MAHMOUD TEWFIKMembre de l’ALN Avocat à la Cour -MEDEA
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