Slimane Dehilès
l’héroïsme au sens pur

Par Mussa ACHERCHOUR
Publié le 01 juin 2012
Krim Belkacem chef de la Wilaya III, Mohammedi Said , Ahmed Bouguerra, chef de la Wilaya IV, Slimane Dehiles et à l'extrème droite Amar Ouamrane...
Slimane Dehiles (colonel Sadek) en 2006
... au sortir de la guerre
... avec Abane Ramdane en 1956.

De son vrai nom, Slimane Dehilès, le colonel Sadek est né le 14 novembre 1920 à Ouadhia (wilaya de Tizi Ouzou). Il perd son père, alors qu’il n’a que 15 ans et est contraint de quitter l’école pour subvenir aux besoins de sa famille. Il fut l’un des premiers maquisards de Kabylie, avec Amar Ouamarane, Krim Belkacem et Salah Zaâmoum, tous réunis dans un même destin et dans un même élan révolutionnaire inédit, pour l’organisation des maquis, en Kabylie d’abord (zone 3 qui deviendra par la suite Wilaya III), puis dans l’Algérois (zone 4, ancêtre de la Wilaya IV), dont il prit les destinées et où il mit en œuvre son sens de l’organisation et se rendit célèbre par ses hauts faits d’armes.

Sadek Dehilès s’engage dès son jeune âge dans l’armée française et participe à la Seconde Guerre mondiale, dès novembre 1943, aux côtés des forces françaises et des alliés, avant de militer au PPA durant son séjour en France. Après les massacres du 8 mai 1945, Slimane Dehilès est démobilisé au même titre que les autres Algériens pour avoir refusé d’aller combattre en Indochine. Il retourne en France pour travailler et là, il est subjugué par le discours nationaliste de Messali El Hadj. Il rejoint les rangs du MTLD où il militera jusqu’à son arrestation, en 1953, par les autorités coloniales. Il retourne en Algérie, dans son village natal, Aït-Djabral, dans les Ouadhias, après le déclenchement de la lutte armée, le 1er novembre 1954.

Il fait la connaissance de deux hommes de la première heure, Krim Belkacem et Amar Ouamrane en zone 3, où il participe à sensibiliser, à mobiliser les populations et à expliquer les objectifs de la révolution. Ce qui n’est pas chose aisée, aux premières années de la guerre. Il accompagne Ouamrane lors de sa désignation en zone 4, devenue Wilaya IV, et après la mort de Souidani Boudjemaa.

Il est nommé responsable militaire de cette zone, comme adjoint au colonel Ouamrane, après les décisions du congrès de la Soummam où il est désigné, pour ses compétences avérées, membre suppléant du Conseil national de la révolution algérienne (CNRA). A cette réunion historique du 20 août 1956, la délégation de la zone 4 est composée de Ouamrane, Si Saddek (Slimane Dehilès) et Si M’hammed (Ahmed Bougara). Si Sadek, qui connaissait bien Abane Ramdane et Larbi Ben M’hidi, est désigné membre suppléant du CNRA.

Fin 1956, après le départ de Ouamrane vers l’extérieur, Si Sadek le remplace et devient responsable politico-militaire de la Wilaya IV, avec le grade de colonel. Sous sa responsabilité, et en application des résolutions de la Soummam, la Wilaya IV connaît un grand essor notamment dans le domaine militaire avec la création d’unités d’élites appelées commando, parmi lesquelles on peut citer le mythique commando Ali Khodja, de la zone 1, qui a mené la vie dure aux troupes coloniales dans les montagnes de l’Algérois, notamment.

Sous son commandement, la Wilaya IV connaît aussi un rayonnement politique incontestable, avec l’avènement de jeunes recrues instruits, à la faveur de la grève des étudiants et des lycéens d’octobre 1956, qu’il a aidé à intégrer les rangs de l’ALN, et aussi l’intégration d’éléments issus du Parti communiste algérien au sein de la Révolution. D’où la complexité qu’il eurent, lui et l’encadrement, antérieur et futur, de la wilaya IV à gérer la psychose de la « bleuïte », qui provoqua des ravages dans certaines wilayas, notamment dans la III.

Le commandant Bousmaha de la Wilaya III ayant connu le colonel Si Sadek affirme, dans son témoignage, que l’ancien chef de wilaya IV « privilégiait la formation et encourageait ceux ayant suivi un cursus scolaire ». Ainsi, selon Bousmaha, Si Sadek a pu transformer la wilaya IV en « pépinière de cadres révolutionnaires instruits ».

Pour le problème de l’armement, le colonel Sadek part en mission à l’extérieur vers le mois d’avril 1957 et ne revient, comme on le sait, en Algérie qu’au cessez-le-feu. Son compagnon Salah Zamoum, dit Si Salah, qui lui succède, continue sur sa ligée et marqua, à sa façon, le caractère « distingué » du commandement de la Wilaya IV, en poussant son audace jusqu’à accepter des négociations séparées – ce qui est appelé, du côté français, « la paix des braves » – avec les plus hautes autorités françaises de l’époque, croyant bien faire pour la révolution et pour son pays.

Ses compagnons de lutte retiendront de lui ses qualités humaines, sa simplicité avec les djounoud, mais aussi sa rigueur et sa témérité dans les combats. On lui doit notamment des exploits, comme celui du démantèlement de maquis messalistes dans la région de Guenzet (Petite-Kabylie), avant même son arrivée au commandement. Pour Yaha Abdelhafidh, ancien officier de la Wilaya III, Si Sadek était «le combattant éternel». «Il était entier. Il répugnait à faire des compromissions», raconte Si Abdelhafidh, ajoutant qu'il appréciait chez lui «son franc parler». Cet ancien cadre de l'ALN de la Wilaya III se souvient également qu'il avait eu à rencontrer, à plusieurs reprises, le colonel Si Sadek à Ighil Imoula –haut lieu de la révolution où fut tiré la première fois l’historique appel du 1er novembre – où «il venait souvent pour rencontrer le chahid Amar Ath Cheikh, un maquisard de 1947, dont il appréciait la compagnie». Les deux hommes se retrouveront, à partir de 1963, aux maquis du FFS.

Autres signe distinctif des chefs historiques de la Wilaya IV, à l’image du colonel Youcef El-Khatib ou du commandant Lakhdar Bouragaa, le colonel Si Sadek connut lui aussi les déboires de la politique, et prit tôt ses distances vis-à-vis du pouvoir politique. Ainsi, après un bref passage en tant que député de Tizi-Ouzou, il s’engage avec la rébellion du FFS, de 1963 à 1965, avant d’abandonner définitivement la politique la même année. Désabusé, il vécut en retrait de la société jusqu'à son décès, dans son village natal Aït-Bardjal, dans les Ouadhias, le 8 novembre 2011, un jour de l'Aid El Adha.

Pour seuls témoignages de guerre, il accorda quelques entretiens à la presse, préférant se tenir à l’écart des polémiques, parfois ravageuses, sur certains épisodes troubles de la révolution.

 

DOSSIER

Le monde progressiste aux côtés des Algériens

Soutien des pays asiatiques et européens à la Révolution algérienne

GUERRE DE LIBERATION

L’engagement et le sacrifice intégral pour la patrie

Mourad BOUKECHOURA - Membre de L’Organisation Spéciale O.S

MOUVEMENT NATIONAL
FIGURES HISTORIQUES

LA PLUME ET LE FUSIL AU MAQUIS

Mohamed LEMKAMI alias Si ABBAS

UNE VILLE, UNE HISTOIRE
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