Mohamed Larbi Ben M’hidi
Au-delà de cette image immortalisée devant des journalistes

Par Zoheir MEZIANE
Publié le 01 juin 2012
Larbi Ben M'hidi lors de son arrestation
De g à dr: Ammar benaouda ben Mostefai, Larbi Ben M'Hidi et BentobBal Lakhdar
Larbi Ben M'hidi debout au centre
Egypte 1955 : Larbi Ben M'Hidi, à droite au premier plan, devant Mohamed Boudiaf, Hocine Aït-Ahmed, Ahmed Ben Bella, Fathi Dib, avec des responsables égyptiens

L’image commune la plus marquante de l’histoire de Mohamed Larbi Ben M’hidi est sans aucun doute celle où l’on voit l’un des fondateurs historiques du Comité révolutionnaire d'unité et d’action, le chef de la Wilaya V (l'Oranie), menottes aux poignets, afficher aux photographes et aux caméramans français un grand sourire comme un défi à ses ennemis. Derrière ce sourire déstabilisateur se cachait la personnalité d’un homme dont les valeurs de courage, de dignité et de grandeur d’âme furent portées à leur haut niveau. Outre, son rang de colonel et de chef politique, nous nous proposons de revenir également sur le terreau familial et nationaliste de cet homme qui a fait trembler toute la France coloniale au point que ses bourreaux se sont résignés à l’assassiner lâchement. Sans procès, ni jugement ni condamnation.

Ayant été plus grand que la misérable sauvagerie de ses assassins, Larbi Ben M’hidi lègue aujourd’hui aux Algériens l’histoire non seulement d’un combattant de la première heure et un des chefs historiques de la glorieuse Révolution de Novembre, mais aussi celle d’une personnalité qui mérite d’être un référent pour les générations montantes. Avant de le confier aux Services spéciaux, le général Bigeard lui avait rendu hommage. Il regretta… trente ans plus tard… son exécution

Outre l’itinéraire politique et révolutionnaire, Larbi Ben M’hidi fut d’abord, tout enfant, un taleb de zaouïa du douar El-Kouahi (50 km environ de Constantine) où il est né. Ce sera donc la zaouïa, où il apprendra les soixante chapitres du Coran par cœur, qui marquera ses premiers pas. Comme les centaines – ou milliers – de zaouïas qui parsemaient l'Algérie, celle des Ben M'hidi dispensait un enseignement arabe, l'étude du Coran et donnait une formation morale adéquate. L’on sait que toutes ces zaouïas étaient des centres de résistance à l'envahissement culturel de l'occupant, aux essais d'évangélisation entrepris par l'Eglise et aux tentatives d'assimilation que la France menait systématiquement dans tous les domaines, afin de faire de l'Algérie une «province française» et de la dépouiller de ses valeurs séculaires arabo-islamiques.

Le facteur religieux eut ainsi un effet structurant sur la personne de Ben M’hidi qui était réputé pour être un homme pieux, nourri des principes coraniques et qui pratiquait assidûment sa prière partout où il allait. Aussi, son père Abderrahmane était-il le gardien et protecteur d’un mausolée dédié à un ancêtre marabout portant le nom de Si Larbi. Cela n’empêché pas Larbi, sur orientation du père, de fréquenter l’école française et d’obtenir un certificat d’étude primaire.

L’engagement de Mohamed Larbi Ben M’hidi en 1939 dans les rangs des scouts musulmans algériens où il devint après quelques mois un chef de groupe ne saurait être une parenthèse dans sa vie. Cet engagement eut lieu quatre années après la création de cette association qui fut encouragée par des oulémas réformistes. Il est important de souligner à cet effet que le mouvement du scout, guidé par des chefs nationalistes, propageait des idées patriotiques et avait même mené de nombreuses manifestations, comme celle du 8 mai 1945 pendant laquelle Bouzid Chaâl, un jeune scout, fut abattu. Les ressources morales puisées de la ligne de conduite du scout furent d’un grand apport pour l’homme, d’autant qu’elles se référaient aux principes de l'Islam, au patriotisme et aux valeurs universelles de la paix et de la fraternité humaine.

Après avoir fait un passage à une autre école qui nourrira son patriotisme, plus précisément au club football de l’US Biskra où il fut aussi joueur et dirigeant de l'équipe de football locale, Larbi Ben M’hidi se découvrit une autre vocation, les planches du quatrième art. Il aimait le théâtre et avait adapté à l'arabe la pièce célèbre Pour la Couronne de François Coppée. Il y tenait le rôle de Constantin défenseur de la patrie contre son père, le roi Michel qui, pour conserver son trône, acceptait toutes les compromissions et se soumettait aux pires diktats de l'occupant.

Il y a lieu de retenir que le choix que l’enfant d’El-Kouahi pour cette pièce n’était nullement fortuit, en ce sens que son auteur n’est autre que le peintre prosaïque de la vie du petit peuple (les Humbles et les Paroles sincères). Aussi, Pour la couronne avait-elle fait l’objet d’un grand intérêt auprès du romancier, nouvelliste et essayiste arabe Mustafa Lutfi al-Manfaluti qui la traduisit avec un style utilisant un important potentiel de la langue arabe. Le penchant de Larbi Ben M’hidi pour le traducteur de l’œuvre française s’explique fort bien : les nouvelles d’El Manfaluti sont réputées pour les dénonciations des disparités sociales et de l'injustice. Ce célèbre auteur égyptien fut l’un des partisans du mouvement de libération des peuples conduit par Saâd Zeghloul dont il n'était pas rare de trouver le portrait au milieu des portraits de famille en Algérie. Il est vrai que durant cette période (1939-1945), l'occupation coloniale était désormais ressentie par les citoyens arabes et musulmans comme une destruction de leur personnalité.

Cette modeste approche sur ce prestigieux repère de la guerre de libération nationale nous renvoie à une simple idée sur la pesanteur des fondements culturels et idéologiques de sa personnalité. Un de ses amis, Hamid, a raconté cette anecdote : «Un jour, je servais de la limonade aux cinq membres du CCE réunis autour de la grande table du salon. Mon père était assis parmi eux. Arrivé au tour de Ben M'hidi, celui-ci me fit signe de stopper : «Arrête, me dit-il, apporte un verre.» Ce que je fis immédiatement. Il plaça les deux verres vides devant lui, les remplit et offrit, l'un à mon père, l'autre à moi-même et me dit : « Bois! C'est la génération de ton père et ta génération, Hamid, qui ensemble, libéreront l'Algérie. »

DOSSIER

Le monde progressiste aux côtés des Algériens

Soutien des pays asiatiques et européens à la Révolution algérienne

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L’engagement et le sacrifice intégral pour la patrie

Mourad BOUKECHOURA - Membre de L’Organisation Spéciale O.S

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UNE VILLE, UNE HISTOIRE
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