L’intellectuel ouvert sur l’universel
Abderrahmane Benhamida dit Selim-Khayyam 

Par Leïla Boukli
Publié le 01 aoû 2012
Abderrahmane Benhamida dit Selim-Khayyam 
Abderrahmane Benhamida à gauche à l'époque où il était ministre
Cet amoureux des lettres et d’histoire est né un 21 octobre 1931 à Tizaghouine, village situé à quelques kilomètres de Dellys. C’est dans cette coquette petite ville de bord de mer qu’il fera ses premiers pas d’écolier, entouré de l’affection de ses grands-parents maternels, les Bennaceur, chez qui il réside.Après des études universitaires à Alger où il milite déjà au sein du MTLD, il obtient parallèlement un diplôme d’études secondaires des médersas et un diplôme d’études supérieures islamiques, et active au sein des scouts musulmans algériens. Il sera l’un des membres fondateurs de l’Union générale des étudiants musulmans algériens (Ugema). Militant actif du Front de Libération Nationale, il intégrera, dès février 1955, la Zone autonome d’Alger. Il devient rapidement commissaire politique, mais est arrêté le 15 octobre 1957.Cet ancien médersien fait partie de la génération qui, guidée par sa spontanéité militante, s’engage corps et âme dans les rangs de l’élite révolutionnaire pour libérer la patrie.Abderrahmane Benhamida connaîtra très jeune les affres des prisons coloniales puisqu’il sera détenu dans différentes prisons d’Algérie (Serkadji, El Harrach, Berrouaghia), mais aussi en France aux petites Beaumettes, Grandes Beaumettes de Marseille et de l’île de Ré.Son courage et sa foi suscitent le respect de ses compagnons d’infortune. Solidaires et unis, dans cette prison des Grandes Beaumettes, les militants endurent et supportent l’extrême pénibilité d’une grève de la faim qui durera 13 jours. Ils sont tous habités par une conscience aiguë des enjeux politiques et de dignité ainsi que par l’issue de la confrontation extrême engagée par les militants avec leurs geôliers, pour l’affirmation des idéaux de leur combat et le devenir de leur condition de détenus…Face à cette détermination, l’administration pénitentiaire cède. Désormais, l’ensemble des détenus FLN bénéficie du régime de détenus politiques. Porté par ce contexte de ferveur et de dévouement, Selim-Khayyam, qui aura été condamné à perpétuité, puis par trois fois à mort, intègre, fort d’un volontarisme exceptionnel, le programme d’éducation culturelle et politique élaboré par ses pairs à l’endroit des détenus.Prototype de cette jeunesse en ébullition, son passage dans le couloir de la mort, à un âge où l’on rêve d’oiseaux bleus et d’amour, n’entame en rien son énergie. Loin de pleurer sur son sort, il continuera son action militante au sein de la prison : éducation politique, alphabétisation, éducation religieuse et organisation.Il est par miracle gracié. Et n’est libéré qu’après le cessez-le-feu en avril 1962.Alors que tout est à faire, dans cette société déstructurée, où l’analphabétisme frôle les 90%, où le corps enseignant est réduit à sa simple expression, il préside aux destinées du ministère de l’Education Nationale, fait la première rentrée scolaire et installe le premier recteur de l’Algérie indépendante, en la personne de Ouabdesselam, qui fut son professeur au lycée franco-musulman. Un moudjahid qui a combattu l’ignorance pendant 60 ans et qui forma un grand nombre d’anciens mérdersiens. Parmi, les nombreuses autres charges qu’il assumera, on retiendra celle de P-DG de la Société nationale des matériaux de construction.Dans la mémoire de ses compagnons d’armes et amis, le souvenir de l’homme reste vivace. D’ailleurs, beaucoup d’entre eux témoignent de l’action du médersien, du nationaliste, du condamné à mort, du moudjahid, du ministre, du P-DG, de l’homme de culture, de l’ami sûr, qu’il fut, dans un livre publié aux Editions Le Pôle des Connaissances sous le titre Farissou El djihadeyne (Chevalier des deux combats) : pour son combat libérateur dans la capitale, condamné à mort épargné par le destin et, dès la libération du pays, pour avoir été l’un des artisans de la bataille d’édification de l’Algérie souveraine.Aujourd’hui, il repose près de la tombe de son benjamin, unique garçon, parmi ces cinq enfants. Mohamed El Hadi, archéologue de formation, âgé d’une trentaine d’années, venait de Tamanrasset, où il s’était mis en disponibilité pour entamer des études de post-graduation. Il trouva la mort tragiquement dans l’attentat qui avait ciblé le siège des Nations Unies à Hydra, mitoyen du domicile des Benhamida, totalement détruit. La douleur fut profonde, mais Abderrahmane continua de montrer un visage serein pour soutenir ses proches. Il n’allait pas tarder lui-même à s’éteindre au milieu des siens, la nuit du 27e jour du Ramadan 2010, un 5 septembre. Le temps de remettre sur pied, la demeure, témoin des premiers pas de ses enfants, qui y ont grandi. Il aura été l’un des symboles de cette Algérie en marche qui reconnaît en lui l’un de ses dignes fils.L.B.
DOSSIER

Un duo improbable

Adjel Adjoul - Mostefa Benboulaïd

GUERRE DE LIBERATION

L'héroïne oubliée

La Moudjahida condamnée à mort Mme Ghomrani Zohra dite Houria

GRANDES DATES

Les massacres du 8 Mai 1945

Le visage horrible de la France coloniale

UNE VILLE, UNE HISTOIRE