Mohamed Seddik Benyahia

Par Alyssa Moncef
Publié le 01 juin 2012
Mohamed Seddik Benyahia et le secrétaire d'État adjoint Warren Christopher a l’issue de la signature de l'accord d'Alger , le 19 janvier 1981, mettant un terme à la crise des otages américains en Iran
Le groupe des Algériens négociateurs des Accords d'Evian
de g. à d.: Hocine Ait Ahmed, Mohamed Khider, Mohamed Seddik Benyahia, Ahmed Ben Bella, Rabah Bitat et Mohamed Boudiaf.
Feu Seddik Benyahia
Il y a trente ans, disparaissait tragiquement le militant, homme politique et diplomate, Mohamed Seddik Benyahia. C’était le 3 mai 1982. Alors ministre des Affaires étrangères, Mohamed Seddik Benyahia se rendait, en compagnie de treize autres cadres, en Iran pour une tentative de médiation dans le conflit frontalier qui opposait Téhéran à Baghdad. L’avion qui les transportait explose en plein vol, à la frontière turco-iranienne. Il n’y aura aucun rescapé.Originaire de Jijel, Mohamed Seddik Benyahia est né le 30 janvier 1932. Après des études primaires dans sa ville natale, il s'inscrit au collège de Sétif où il étudie pendant quatre ans avant de retrouver la capitale pour s’inscrire au lycée Emir-Abdelkader et poursuivre ses études de droit. Diplômé de l'Université d'Alger, il est jeune avocat, lorsqu’il décide de prendre une part active dans la lutte pour l'indépendance de l’Algérie. Pour ce nationaliste convaincu, la prise de conscience et l’engagement politiques significatifs remontent à l’époque universitaire où il militait au sein du mouvement estudiantin. Mais aussitôt diplômé, il s’inscrit en 1953 au barreau d’Alger, avant d’assurer, deux années plus tard, la défense de Rabah Bitat, détenu à la prison de Barberousse. Il en profitera pour établir des liens avec Abane Ramdane qui venait d’être élargi.Mohamed Seddik Benyahia rejoint, dès lors, les rangs du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) dont il se détache après le conflit ayant opposé les centralistes avec Messali Hadj. Poursuivi sans relâche par les forces coloniales, il rejoint les instances du FLN et participe à la création de l’UGEMA en 1955 avec Ahmed Taleb El Ibrahimi, Lamine Khene, et est parmi les organisateurs de la grève des étudiants algériens, le 19 mai 1956. Il participe également, avec la délégation algérienne, à la première Conférence afro-asiatique, à Bandoeng. Mohamed Seddik Benyahia devient, par ailleurs, membre du Conseil national de la révolution algérienne (CNRA), désigné par le Congrès de la Soummam, en août 1956 et, deux ans plus tard, il accède au poste de secrétaire général du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) de 1958 à 1962. Représentant le Front de libération national (FLN) au Caire, il est présent à l’Assemblée générale de l’ONU en 1957 puis à Accra (Ghana) et à Monrovia (Liberia), respectivement, en 1958 et 1959, lors des deux premières conférences des Etats africains.Collaborateur du président du GPRA, Ferhat Abbas en 1958, il fait partie des négociateurs du FLN à Melun en 1960 et à Evian en 1961 et 1962, en faveur de la signature des accords d’Evian. Surnommé «le renard du désert», en raison de ses capacités de persuasion et de sa maturité d’esprit, Mohamed Seddik Benyahia n’hésite pas, tel que le soulignera l’historien Gilbert Meynier, lors des négociations des accords d’Evian, à rendre visite aux prisonniers d’Aulnay dont il obtient l’assurance qu’ils n’entraveront aucunement les négociations menées par le GPRA. Au lendemain de l’indépendance, l’homme au verbe caustique, comme aime à le décrire Mohammed Harbi, est nommé ambassadeur à Moscou puis à Londres. Mohamed Seddik Benyahia était un homme de grande culture, séduisant facilement son auditoire et forçant l’admiration de son entourage. Passionné de Jacques Prévert, mélomane, admirateur de Hadj El-Anka et Mohamed Abdelwahab, il avait animé les toutes premières revues culturelles spécialisées Amal et Promesses. C’est donc, logiquement que le défunt président Houari Boumediene le nomme à la tête du ministère de l’Information en 1967 à 1970, succédant ainsi à Bachir Boumaza.C’est lui qui est chargé d’organiser, en 1968, le Festival panafricain, un rendez-vous réussi, qui voit la participation légendaire de Mama Africa, la regrettée Miriam Makeba, entonnant sa mémorable chanson Africa et sa toute aussi légendaire Ana Houra fi El Djazair. Benyahia aura, par la suite, la charge d’autres portefeuilles ministériels, à savoir celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique de 1970 jusqu’en avril 1977, des Finances de 1977 jusqu’en 1979, et celui des Affaires étrangères de 1979 jusqu’à sa mort tragique en 1982. Artisan de la libération, en janvier 1981, des 52 otages américains, détenus en Iran, Mohamed Seddik Benyahia obtiendra, pour ce coup de maître, le respect des uns mais hélas aussi, une certaine inimitié. Mohamed Seddik Benyahia est victime en 1981, au Mali, d’un accident d’avion qui lui occasionne des blessures l’obligeant à un repos de plusieurs mois. Il était accompagné de son collaborateur Abdelwahab Abada, directeur des affaires africaines au Ministère des affaires étrangères (MAE), sorti vivant lui aussi de l'accident. Malheureusement, pour ce «routier de la diplomatie», cet autre accident d’avion survenu le 3 mai 1982 sera fatal. Un départ tragique qui mettra fin à toute une vie vouée à la patrie.
GUERRE DE LIBERATION

L'héroïne oubliée

La Moudjahida condamnée à mort Mme Ghomrani Zohra dite Houria

FIGURES HISTORIQUES

Le Moudjahid Benmaouche Ali

Évocation de l’un des héros de la wilaya III historique

GRANDES DATES

Les massacres du 8 Mai 1945

Le visage horrible de la France coloniale

UNE VILLE, UNE HISTOIRE