Ville minière et de pêche
Histoire de Beni Saf

Par Hassina AMROUNI
Publié le 16 Jan 2018
Située à une trentaine de kilomètres d’Aïn-Témouchent, le chef-lieu de wilaya, Beni-Saf est une charmante ville côtière, très prisée pour ses belles plages mais aussi connue pour ses ressources halieutiques.

Bâtie sur des collines de 90 à 150 mètres d’altitude, Beni Saf n’a pourtant pas toujours été cette ville accueillante que l’on connaît aujourd’hui.
Si les côtes oranaises et l’île de Rachgoun ont connu, depuis des millénaires, la présence de plusieurs peuples, à l’image des Acheuléens, Crétois, Mycéniens, Phéniciens, Numides, Carthaginois, Masaesyles ou Massyles, les côtes beni-safiennes, en revanche, resteront longtemps inhabitées. En effet, nul ne voulait se hasarder sur ces terres hostiles, sans surface plane pour pouvoir y construire des bâtisses et tombant en ravins profonds aux pentes raides.
Quant à la baie, elle n’offrait, elle aussi, guère de possibilité à l’établissement d’un port ou d’un comptoir. Même les Romains ne se sont pas résolus à s’y installer, eux qui ont conquis presque toutes les côtes de notre vaste pays. Ils lui préfèreront Siga (à l’embouchure du fleuve de la Tafna) et Camerata (actuellement Sidi Djelloul), dotées d’une nature plus accueillante.
On raconte donc qu’à cette époque, seules les bêtes sauvages – hyènes, panthères…– y erraient, en quête de proie facile.
Les occupants se succèderont ainsi sur les terres environnantes, mais Beni-Saf restera inoccupée jusqu’à l’arrivée des Français.
Après leur débarquement à Sidi Fredj le 5 juillet 1830, les Français se lancent progressivement à la conquête des autres contrées d’El Djazaïr. Ainsi, le 20 octobre 1835, une garnison militaire s’installe sur l’île de Rachgoun afin d’empêcher les Anglais d’amener leurs armes. Mais très vite, les eaux poissonneuses de cette région attirent des dizaines de pêcheurs, arrivés par les premiers bateaux français. Toutefois, la découverte, en 1850, de gisements de minerai de fer hématite (oxyde de fer hydraté à 60 % environ), attire encore plus les nouveaux occupants.
Pêcheurs, paysans et colons, en quête d’un bon filon, convergent alors en masse vers la côte beni-safienne et se lancent dans l’extraction du minerai. Dans un premier temps, ils creusent des cavernes dans la falaise, avant de se regrouper à Sidi-Boucif où le bas du ravin est aplani afin que les premières petites baraques en planches y soient érigées.
Le minerai est donc extrait au pic de la falaise puis transporté à dos d’ânes vers « la plage des mouches », située à l’Est. Là, il est chargé dans de petits bateaux ralliant des voiliers stationnés en mer.
Cinq ans plus tard, en 1855, une compagnie anglaise obtient une concession pour l’exploitation du minerai. Elle rachète donc les mines, établit une voie de chemin de fer et investit la baie de Camerata (Sidi Djelloul) pour l’embarquement du minerai.
En 1867, une société dénommée
« Soumah et Tafna », entreprend ses explosions minières à ciel ouvert au niveau de Ghar El Baroud et à Dar Er Rih. Recrutant une importante main d’œuvre, la société investit alors la plaine pour y installer bureaux et baraquements, jetant ainsi les jalons de ce qui allait devenir la ville de Beni Saf. Toutefois, c’est la société minière « Mokta El Hadid » qui obtient en 1875 une concession de plus de 400 ha pour une durée de 99 ans.
Le village de Beni Saf commence à voir le jour dans la partie basse de Sidi Boucif. Il faut, cependant, noter que Beni Saf a connu différentes étapes charnières dans sa construction. La première, s’étalant entre 1875 et 1900 a vu l’arrivée des premières familles européennes, surtout espagnoles. Aux maisons construites au fur et à mesure dans la partie basse de Sidi Boucif, s’ajouteront les écoles, l’église, les structures sanitaires, les bâtiments culturels (théâtre, cinéma…), vers le sud. Quant au siège social de la société minière « Mokta El Hadid » qui emploie à cette époque 1050 ouvriers, il était implanté dans la zone portuaire. Pour ce qui est de la population autochtone, elle était contrainte à vivre à proximité des galeries de la mine mais surtout loin des quartiers résidentiels, réservés aux colons.
Se situant entre 1900 et 1930, la seconde période verra l’agrandissement de la ville vu que le site initial était arrivé à saturation. Mais les mines et la pêche attirant, toujours, de nouveaux chercheurs d’emploi (ils seront 5000 en 1912 à travailler sur le site), de nouvelles constructions verront le jour d’abord sur la berge orientale de Oued Sid Ahmed (actuel centre-ville) puis, dans la zone du port.
Entre 1930 et 1958, une zone d’activités économiques s’est développée, de même que la Plage des Puits s’est urbanisée durant cette période.  
Le développement urbanistique de Beni Saf s’est poursuivi, au lendemain de l’indépendance, encore et ce, en dépit de nombreuses contraintes (site accidenté…).

Hassina Amrouni

Sources :
www.lavoixdeloranie.com (08/07/2006)
P.J Letellieux Le littoral de l'Oranie occidentale 1974
http://www.vitaminedz.org/histoire-de-la-ville-de-beni/Articles_344_5645...
https://bel-abbes.info/apercu-historique-ethnographique-de-beni-saf/

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