Le roi Idris Es-Sennouci et la lutte de libération algérienne

Par Fateh Adli
Publié le 22 Jan 2018
Descendant d’une famille algérienne de l’ouest du pays, fondatrice de la célèbre confrérie religieuse «Essenoussiya», Mohamed-Idris Es-Sennouci est le petit-fils Mohamed Ben Ali Sennouci auquel il succède comme chef de la confrérie en 1916 avant d'être contraint de s'exiler en Egypte en 1923. Reconnu comme émir de Cyrénaïque par le Royaume-Uni en 1946, il est proclamé roi de Libye le 24 décembre 1951, lors de l'accession du pays à l'indépendance.
Ahmed  Ben Bella
Général De Gaulle
Les cinq dirigeants du FLN détenus en France suite à leur arrestation lors du détournement d’un avion de la compagnie aérienne marocaine à destination de Tunis, le 22 octobre 1956

Le 1er septembre 1969, alors qu'il est en traitement médical en Turquie, il est déposé par le jeune officier Mouammar Kadhafi. En 1972, il est condamné à mort par contumace. Il dut ensuite s’exiler en Egypte, où il meurt le 25 mai 1983, à l'âge de 94 ans.
 Cet homme s’est distingué durant son règne qui dura dix-huit ans par un soutien indéfectible, quasi mystique, à la cause algérienne. Dans ses Mémoires parues dans les années 1990, le diplomate Mustapha Ahmed Ben Halim, qui fut aussi ancien Premier ministre, relate avec force détails les formes de soutien et les différentes positions honorables adoptées par le souverain libyen vis-à-vis de la Révolution algérienne.
Dans le chapitre consacré à cet épisode, Ben Halim raconte qu’au lendemain du déclenchement de l’insurrection en Algérie, il a été reçu par le président égyptien Gamal Abdennacer, au Caire, pour lui soumettre un plan d’aide prévu pour approvisionner les révolutionnaires algériens en armes et en munitions. Ce plan devait se dérouler comme suit : les Saoudiens financeront les armes et autres équipements de combat, que les services secrets égyptiens se chargeront d’acheter et d’acheminer ensuite jusqu’en terre libyenne, et de là, les responsables libyens prendront le relais pour les transporter jusqu’aux frontières avec l’Algérie et les remettre directement aux combattants algériens.
Le roi Idris donna aussitôt son accord et enjoignit à tous les responsables de prendre les dispositions nécessaires pour réussir cette opération. Le jour « J », un détachement de l’armée libyenne dans la province de Barka, sous la conduite du général Mahmoud Bougouitine, se chargea d’escorter cette première caravane d’armement le long du littoral. A Tripoli, un groupe d’officiers, sous le commandement du colonel Abdelhamid Darna (voir article par ailleurs), prit en charge l’opération, avec l’aide de militants algériens dépêchés sur les lieux (on pense notamment à Ahmed Ben Bella). Des opérations similaires se suivront pendant près d’une année.
Le diplomate libyen tient à rappeler que les autorités de son pays, pour éviter d’attirer le moindre soupçon sur ces mouvements secrets, continuait à simuler une « parfaite neutralité » dans le conflit franco-algérien. Dans les discours officiels, Tripoli prônait, en effet, le dialogue et une solution pacifique et négocié entre les révolutionnaires algériens et les autorités françaises. Alors qu’au même moment, le gouvernement libyen autorisait la création de comités populaire pour la collecte de fonds à destination des maquisards algériens, dans toutes les villes du pays, tout en s’en disculpant devant les diplomates français et les représentants des chancelleries européennes, en disant ne rien pouvoir faire face à cet élan de solidarité « populaire et de nature spontanée ». Cela dit, les dirigeants libyens ne manquaient pas une occasion pour rappeler à leurs interlocuteurs français les malheurs vécus par le peuple algérien sous l’occupation, et le devoir de cesser la politique répressive pratiquée par l’armée coloniale contre les populations civiles.
Autre geste diplomatique fort à l’actif des Libyens, il faut savoir aussi que le roi Idris a officiellement écrit au général Charles de Gaulle pour lui demander la libération des cinq dirigeants du FLN détenus en France, à la suite de leur arrestation spectaculaire lors du détournement d’un avion de la compagnie aérienne marocaine à destination de Tunis, le 22 octobre 1956, ou tout au moins, de transformer la peine de prison à une assignation à résidence surveillée. Mustapha Ben Halim affirme que le président français a répondu au roi Idris par voie de lettre remise à l’ambassadeur de Libye à Paris, dans laquelle il promettait au souverain libyen d’exaucer son vœu. Quelques jours plus tard, les « cinq » seront, en effet, transférés dans une villa à Charente-Maritime.
 En janvier 1961, le chef du gouvernement libyen de l’époque, Mohamed-Othmane Essayed, reçoit un émissaire du général de Gaulle, Comte de Paris, qui portait un message au roi Idris. Dans ce message, le chef d’Etat français tenait à assurer que la France « était en quête d’une solution viable à la question algérienne qui puisse à la fois garantir les intérêts des Algériens et satisfaire les attentes arabes ». De Gaulle souhaitait, néanmoins, des dirigeants arabes, et notamment du roi Idris, de comprendre «les circonstances intérieures» de son pays, et de l’aider à concrétiser ce projet. En effet, quatre mois plus tard, les négociations d’autodétermination commencèrent à Evian.
 Dans le même sillage, l’auteur des Mémoires rappelle aussi, pour illustrer cette fraternité inébranlable entre les deux peuples algérien et libyen, la visite effectuée à leur libération par les cinq détenus en Libye, où ils ont été accueillis en héros. Reçus par le roi Idris, celui-ci les exhorta, d’après Mustapha Ben Halim, à faire montre d’un esprit d’abnégation et à transcender « leurs divergences qui risquent, éventuellement, de nuire à l’Algérie et à son indépendance ». Il leur conseilla de suivre le célèbre hadith qui dit : « Nous sommes revenus du petit djihad au grand djihad ». Le grand djihad, c’est la construction du pays.

Adel Fathi

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